Inter Press Service (Johannesburg)

Niger: De petites ombres exposées à l'exploitation

Les autorités du Niger et des organisations non gouvernementales (ONG) multiplient des initiatives pour éradiquer le travail des enfants. Des progrès ont été enregistrés, mais de nombreux enfants travaillent encore dans les abattoirs et les mines pour venir en aide à leur famille pauvre.

"Je travaille à l'abattoir comme aide boucher depuis deux ans", raconte Salifou Abdou, 16 ans. Le visage émacié, ce jeune du quartier Aéroport, dans la périphérie de Niamey, la capitale nigérienne, parcourt chaque jour cinq kilomètres à pied pour se rendre à l'abattoir situé dans la corniche de Niamey.

"Nous aidons nos patrons dans leurs activités, le travail commence à 23 heures pour se terminer au petit matin. Je rentre à la maison avec plus de 1.000 francs CFA (environ deux dollars), de quoi aider ma famille", confie à IPS, son ami Lawali Sani, âgé de 17 ans.

L'amélioration des conditions de vie et de la situation des enfants au Niger ces dernières années n'a pas empêché l'exposition de plusieurs enfants à l'exploitation, au rude labeur et au mauvais traitement, alors que la communauté internationale célèbre actuellement le 20ème anniversaire de la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant.

Ils sont nombreux, les jeunes garçons, comme Salifou et Lawali qui travaillent à l'intérieur ou dans la périphérie de l'abattoir de Niamey. La plupart de ces adolescents affirment avoir commencé à travailler beaucoup plus jeunes.

"C'est pour des raisons économiques car ici, ils sont tous sont à l'abri des contraintes sociales. C'est mieux que d'aller mendier ou voler dans la rue", explique Moussa Atto, un boucher favorable à ce que les garçons apprennent un métier dès leur jeune âge. "Le travail de la viande est un métier, il s'apprend dès l'enfance et se transmet de père en fils", a-t-il soutenu.

Toutefois, a reconnu Saley Moussa, un autre boucher, "il y a vraiment des travaux qui ne sont pas à la portée des plus jeunes". Ces garçons travaillent pendant des heures et sont soumis à des tâches très dures physiquement et pour une très maigre rétribution, ajoute-t-il à IPS.

"Dans leur grande majorité, ils deviennent de grands bandits. Ils sont habitués aux petites drogues et la violence est omniprésente chez eux", a affirmé Moussa Aliou, un revendeur de café et pain de 41 ans devant l'abattoir depuis une quinzaine d'années.

"Même si on les chasse, ils reviennent car c'est leur source de revenus. Ils sont issus des familles pauvres. D'autres veulent apprendre un métier", raconte Amadou Idi, un sexagénaire dont les deux enfants aujourd'hui âgés de 25 et 31 ans, ont travaillé à l'abattoir pendant leur enfance.

Ces enfants, pour supporter les charges difficiles, se droguent à base des amphétamines qui sont vendues dans les pharmacies de rue, indique à IPS, un boucher qui se fait appeler seulement Zabeirou.

Mais, le cas des enfants travaillant dans les petites exploitations minières est plus préoccupant. "Mon patron me paye en nature, il faut que l'on trouve le minerai pour que je gagne quelque chose. C'est moi qui entre dans le trou pour creuser", a témoigné Assoumana, 17 ans, aujourd'hui vendeur d'eau fraîche. Il a travaillé pendant trois ans à Komabangou, un site aurifère à l'ouest de Niamey.

Selon Abdou Moussa, un marchand d'or, les enfants, qui travaillent dans les exploitations traditionnelles de Komabangou, sont mal payés. "Leur utilisation se fait de façon clandestine car la loi interdit le travail des enfants", a-t-il expliqué à IPS.

Selon l'Association de lutte contre le travail des enfants au Niger, une ONG basée à Niamey, les enfants qui travaillent dans les mines sont exposés au risque de recevoir des blocs de roche se détachant des parures et des déblais en surface. Et quand la corde ou le piquet se trouvant au bord du trou se casse, l'enfant peut tomber au fond.

Par ailleurs, on trouve également à Komabangou de petites filles de 16 ans qui vendent de l'eau et de la nourriture aux orpailleurs. En fait, ces fillettes sont exposées à la prostitution et à plusieurs autres formes de violences. "Cela fait déjà trois mois que je ne vends plus de nourriture sur le site de Komabangou. Des gens mangent et ne payent pas, et quand tu refuses de les servir, les insultes et les coups de poing surgissent", raconte à IPS, Hadiza, une fille âgée de 16 ans.

Pourtant, le Niger a toujours prévu des mesures constitutionnelles, statutaires nécessaires pour éliminer le travail des enfants. "La constitution nigérienne inclut... des dispositions significatives pour assurer une éducation élémentaire universelle et obligatoire. Cette constitution protège les enfants du travail forcé", a déclaré Saidou Oumarou, un juriste basé à Niamey.

"La politique du gouvernement du Niger consiste à bannir l'emploi des enfants âgés de moins de 18 ans dans les usines, les mines, et les emplois dangereux", a souligné un agent de la direction de la protection des enfants, qui a requis l'anonymat.

"Nous oeuvrons chaque jour pour la sensibilisation des populations en ce qui concerne le travail des enfants. De temps en temps, nous faisons des visites surprises sur ces lieux. Dès que nous constatons une anomalie, nous lançons l'alerte", a expliqué Aziz Sékou de l'ONG 'Sapta' (qui signifie 'hygiène' en haoussa) qui lutte contre le travail des enfants.

Le gouvernement du Niger a fait également des efforts pour interdire le travail des enfants en promulguant des lois. La loi de 2000 stipule que les enfants ne peuvent être engagés pour des emplois à risque au Niger. Cette loi a régulé les conditions de travail des enfants et mis l'accent sur les normes de sécurité et de santé.

Cependant, à cause des facteurs culturels et économiques, ces objectifs restent difficiles à réaliser. Dans presque toutes les industries d'exploitation traditionnelles, les enfants ne sont pas reconnus comme travailleurs, ils sont plutôt considérés beaucoup plus comme des aides que des ouvriers.

Mais, la loi n'a rien prévu pour protéger ces enfants qui accomplissent déjà des tâches difficiles.

Dans son rapport 2009 sur le travail des enfants au Niger, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a exhorté les différents acteurs à redoubler d'efforts pour combler les lacunes constatées dans la collecte des données sur les formes de violences contre les enfants.

A cet égard, cinq axes prioritaires sont définis pour cela : l'amélioration des systèmes de protection des enfants, la promotion du changement social, le renforcement de la protection de l'enfance en situation d'urgence, la consolidation des partenariats pour rehausser l'impact et la collecte des données fiables relatives aux enfants.


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