Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Hervé Yamguen - Ramener le cinéma dans les quartiers

interview

Le coordonnateur du cercle Kapsiki présente le nouveau concept de son association, «Cinéma du Kwatt».

Que signifie ce nouveau concept, «Cinéma du Kwatt» ?

«Cinéma du Kwatt» signifie ramener le cinéma à l'intérieur des quartiers. Mais ce n'est pas le cinéma populaire, ni ce qu'on voit à la télé ou bien le cinéma de haut niveau, ou le cinéma indien que les gens connaissent. Il s'agit tout simplement de ramener le cinéma d'auteur et le cinéma camerounais en particulier, également celui d'Afrique, et celui d'autres continents qui ne sont pas suffisamment diffusés dans notre pays.

Depuis mardi dernier, vous projetez gratuitement les dernières sorties des réalisateurs camerounais. Quels sont les arrangements que vous avez avec ces derniers?

Nous sommes en partenariat avec l'Institut Goethe. Cet institut a certainement acquis les films des réalisateurs. Je pense qu'ils se sont arrangés pour que les projections soient diffusées. C'est ce partenariat qui nous permet actuellement de pouvoir faire le «Cinéma du Kwatt» ; parce que nous souhaitons que les gens dans nos quartiers puissent voir les films qui on été plus ou moins programmés dans les salles de cinéma au Cameroun. Les salles qui sont fermées aujourd'hui. Nous voulons ramener un type de cinéma fait par les camerounais dans nos quartiers.

Quels sont les films qui ont été sélectionnés dans le cadre de ce projet?

Il y a «Les Saignantes» de Jean Pierre Bekolo qui a déjà été diffusé. Je pense que la particularité de ce film est non seulement la manière dont il raconte les crimes ; la fiction sur l'environnement africain à partir de la situation locale politique. Mais ce qui nous a beaucoup intéressé dans ce film, c'est essentiellement la manière de l'auteur de faire que la beauté de l'image, la manière de filmer les scènes. Il y a également le documentaire de Franc Hameni Bieleu intitulé, «Quel espoir pour la jeunesse africaine». C'est un documentaire qui parle des questions d'immigration. Il donne un éclairage dans ce documentaire sur la manière dont nos états sont gérés. L'autre film que nous allons projeter, c'est «Mah-Saah-Sah». Un film de Daniel Kamwa en langue bamoun qui dévoile le quotidien. Nous avons un deuxième documentaire qui est celui de Jean Marie Téno, «Afrique je te plumerai». Nous l'avons choisi pour sa critique. La dernière projection, c'est «Paris a tout prix» de Joséphine Ndagnou. C'est une femme qui a réalisée ce film et que tout le monde connaît son parcours. Etre cinéaste femme au Cameroun, ce n'est pas quelque chose qu'on rencontre en route.

Pourquoi avoir choisi New Bell pour le lancement de ce projet à Douala ?

Nous avons choisi ce quartier parce que ça fait plus de huit ans que nous travaillons dans cet environnement. Nous estimons qu'aujourd'hui pour faire la culture, il faut partir d'un lieu qu'on maîtrise. New Bell pour moi, est le lieu de mon enfance. C'est l'endroit où je vis.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans la réalisation de votre projet?

Les plus grandes difficultés quand on réalise un tel projet dans un quartier, c'est d'arriver à fusionner les énergies. C'est-à-dire mettre en connexion les différentes personnes. Pour faire ces projections au «Kwatt», il faut tirer la lumière chez un particulier. On a besoin de 200 chaises et pour cela, il faut aller voir la dame qui les loue et discuter avec elle. Il faut aller voir la directrice de l'école pour qu'elle intègre le concept dans son esprit afin qu'elle consente à nous louer la salle. Si les gens n'ont pas une bonne conception d'un projet qu'on lance dans les quartiers, on ne peut pas avancer. Il y a aussi la question de la sécurité.


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