Classé patrimoine mondial de l'Unesco, le parc national de Niokolokoba est en proie à des difficultés qui menacent sérieusement sa survie. Elles vont de la disparition de certaines espèces au braconnage, en passant par l'envahissement des mares, les difficultés d'aménagement des pistes intérieures et les dures conditions de travail des agents en charge de sa conservation.
Les risques sont innombrables et doivent appeler à une meilleure prise de conscience pour sauver ce patrimoine mondial. C'est le constat fait sur place à l'occasion d'une visite de presse organisée du 19 au 22 novembre dernier par le Groupe de recherche environnement et presse (Grep) qui attire l'attention sur les menaces qui pèsent sur ce parc national.
Ce n'est pas pour rien qu'il a été classé patrimoine mondial en péril par l'Unesco en 2007. Les menaces qui pèsent sur le parc national de Niokolo Koba sont plus que jamais préoccupantes. Les braconniers contribuent à l'extermination de certaines espèces, les mares sont envahies par certaines plantes, notamment le Mimosa pigra et le Mitragyna inermis qui risquent de provoquer leur tarissement et, par ricochet, créer des difficultés d'abreuvement des animaux alors que l'accès à certaines zones est impossible à cause de l'impraticabilité des pistes. A cela s'ajoutent les difficiles conditions de travail des agents en charge de sa surveillance qui manquent presque de tout, pour accomplir de grosses tâches. Une kyrielle de menaces qui a poussé le Groupe de recherche environnement et presse à initier une visite de presse sur le site pour tirer la sonnette d'alarme et développer un plaidoyer pour attirer l'attention des forces vives de la nation sur l'impérieuse nécessité de sauvegarder ce parc.
L'occasion faisant le larron, le conservateur de ce parc national, le commandant Samuel Diémé, a profité de cette visite de presse organisée par le groupe de recherche presse et environnement (Grep) du 19 au 22 novembre dernier, pour exposer les difficultés qui menacent sérieusement l'existence de ce poumon naturel et économique de 913 000 hectares. Pour lui, les maux du parc ont pour noms : manque d'effectifs dans les différents camps de garde, insuffisance du budget de fonctionnement, problèmes d'aménagement des pistes à l'intérieur du parc pour faciliter la mobilité des patrouilles de surveillance dans la lutte contre le braconnage et sous-exploitation des potentialités touristiques du parc. En effet, pour le commandant Diémé, avec un effectif de 120 agents, il est difficile d'assurer une surveillance efficace du parc dans sa totalité. C'est pourquoi, treize des trente postes de garde que compte le parc ont été fermés. En outre, des moyens financiers très limités ne favorisent pas certains investissements, notamment dans l'aménagement des pistes. 'Il est très difficile d'assurer une bonne surveillance du parc dans ces conditions. Certaines zones sont inaccessibles durant la saison des pluies. Une situation qui fait l'affaire des braconniers', déplore Samuel Diémé.
La mare de Simenti gravement menacée par les plantes envahissantes
Première étape de la visite de la délégation du Groupe de recherche environnement et presse, la mare de Simenti offre un spectacle ahurissant. Le plan d'eau très joli à regarder dans les années 80 est désormais occupé par des plantes qui risquent de provoquer son tarissement au détriment des animaux qui s'y abreuvent. En effet, avec l'ensablement, sa surface s'est rétrécie. De plus, deux espèces végétales, le Mimosa pigra et le Mitragyna inermis ont envahi ce plan d'eau. Néanmoins, Moussa Ndour, chef de la zone centre du parc, informe que des recherches sont en train d'être menées par la communauté scientifique pour trouver les voies et moyens de réhabiliter cette mare au profit de la faune du parc et de toutes les espèces vivant dans ce milieu.
Mais le plus grave, c'est que très peu de mares qui traversent le parc, sont indemnes de cette situation, selon le commandant Diémé. Et avec le système de vase communicant des mares qui sont alimentées par le fleuve Gambie, le conservateur du parc craint que les mares non encore infestées soient contaminées.
Le braconnage
Ceinturé par neuf communautés rurales, avec trois cent quatre villages et hameaux, le parc national de Niokolo Koba attire souvent des invités bien particuliers qui viennent chasser certains animaux, couper du bois ou faire de la cueillette. Des actes proscrits qui menacent gravement l'existence du parc. Les menaces sont énormes dans la mesure où ces braconniers qui exercent leurs sales besognes dans ce poumon naturel et économique ne sont pas sélectifs. Ils tirent sur tout ce qui bouge, et ne distinguent point les mâles des femelles.
Et pour le lieutenant Alioune Badara Guèye, chargé de la lutte anti-braconnage dans le parc, le braconnage contribue à la disparition de certaines espèces animales qu'ils exterminent. 'Il y a un braconnage de subsistance auquel s'adonnent des populations environnantes du parc et un braconnage commercial exercé par des étrangers qui alimentent les marchés hebdomadaires en viande de brousse, notamment le louma de Youkounkoung', soutient le 'Monsieur Lutte anti-braconnage' du parc qui estime que le braconnage est à l'origine de la non visibilité du lion, de l'éléphant, de la panthère ou encore du lycaon dans le Niokolo.
A cela, s'ajoute la destruction des habitats des animaux qui pousse ces derniers à migrer vers d'autres zones où il est plus confortable de vivre pour eux. Ce qui porte un sacré coup au parc qui se dépeuple. Et ce sont ceux qui coupent le rônier et le bois de ven qui contribuent à cette déstructuration des habitats des animaux. Malgré l'important dispositif mis en place pour éradiquer ce fléau, les efforts du lieutenant Guèye et de ses hommes sont freinés par le manque de moyens et les difficultés d'accès à certaines zones à cause du non-aménagement du parc.
Les gardes en fonction au parc national de Niokolo Koba vivent et travaillent dans des conditions très défavorables. Quatre véhicules pour surveiller 913 mille hectares que compte le parc, manque d'eau potable, pas de téléphone mobile, encore moins de talky walky. Ils sont presque coupés du reste du pays et du monde durant tout leur séjour dans le parc. Le seul système de communication qui existe dans le parc est fixe et ne leur permet pas de communiquer en cas de déplacement pour demander du renfort ou alerter en cas de problèmes. A cela s'ajoutent les dangers qu'ils encourent face à des braconniers souvent armés jusqu'aux dents et qui n'hésitent pas à tirer sur eux. Des actes qui, par le passé, ont coûté la vie à certains d'entre eux.
Ils manquent de tout. C'est pourquoi, le conservateur du parc national de Niokolo Koba, le commandant Samuel Diémé, renouvelle son appel à l'endroit des autorités étatiques pour que les conditions de vie de ses hommes soient améliorées. 'Il faut que l'Etat accepte de sortir des fonds pour construire des postes de garde bien équipés et doter également les agents de moyens adéquats pour faire convenablement leur travail', soutient le commandant Samuel Diémé.
Le potentiel touristique peu exploité
Regorgeant d'une immense réserve de biosphère, le potentiel touristique du parc national de Niokolo Koba reste encore peu exploité. Très peu sont les touristes qui s'y rendent à cause des difficultés évoquées et des rares probabilités d'y apercevoir certaines espèces. Pourtant, le site dispose d'un aérodrome qui permet à de petits aéronefs de s'y poser. Mais, lors d'une visite à l'aérodrome de Simenti, Bakary Sagna, le responsable du site, informe que le trafic a considérablement baissé ces dernières années. 'L'année dernière, nous avons accueilli un rallye d'avions ici. Mais en dehors de cela, il n'y a presque pas de touristes qui débarquent à l'aérodrome pour visiter le parc. La piste est jugée très bonne par certains pilotes, mais il y a un problème de dépôt de carburant qui empêche de pouvoir ravitailler les avions à leur retour', souligne M. Sagna. De son côté, le conservateur du parc estime que l'aéroport de Simenti est sous-utilisé. 'La piste, longue de deux kilomètres, est bonne et l'aérodrome entièrement clôturé. Il offre des opportunités qui ne demandent qu'à être valorisées', déclare le commandant Samulel Diémé. Il précise également que, durant la saison des pluies, la piste qui est en latérite n'est pas recommandée parce qu'elle est mouillée. Mais, un pilote qui prend ses responsabilités peut s'y poser.
Ce manque de fréquentation du parc par les touristes affecte également les guides touristiques qui vivaient des retombées du tourisme de Niokolo Koba.
Rencontrés au village de DarSalam, ils estiment en choeur que l'accessibilité du parc est un grand handicap pour le développement du tourisme. Président de l'Association des guides de Tambacounda, Mady Ndiaye, qui magnifie les relations existant entre ses confrères et l'administration du parc, ne se réjouit néanmoins pas de la fermeture du site durant l'hivernage où les risques sont grands. Pour lui, avec cette décision, les guides touristiques ne travaillent que six mois, le reste de l'année, ils sont dans la misère.
Ainsi donc, ce parc créé en 1954 et qui est le plus important du pays par sa superficie et par ses richesses fauniques et forestières, symbole touristique pour notre pays, constitue un enjeu national et doit en appeler à un sursaut citoyen pour essayer de sauver le site. Et c'est dans cette logique que s'inscrit cette démarche du Grep qui, soucieux de la préservation de l'environnement, fait un plaidoyer pour attirer l'attention des autorités nationales, locales, les organisations non gouvernementales (Ong) et les populations pour la sauvegarde de ce poumon naturel et économique afin de placer le parc national de Niokolo Koba dans le cercle restreint des grandes réserves fauniques du monde et pourquoi pas lui redonner sa place d'antan au sein de l'Unesco.

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