Kinshasa — Le Conseil de sécurité de l'Onu s'est réuni le mercredi 25 novembre 2009 à huis clos pour évoquer l'embargo sur les armes à destination de la RDC pour examiner le rapport des enquêteurs des Nations unies sur les opérations militaires contre les FDLR dans les deux Kivu.
Cette réunion fait suite au dernier rapport du groupe d'experts de l'Onu chargé de surveiller cet embargo, rapport consacré essentiellement au Nord et au Sud-Kivu. D'après les enquêteurs des Nations unies, les opérations militaires contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) n'ont pas permis de démanteler cette rébellion.
Bien au contraire, les rebelles ont multiplié les crimes contre les populations ces derniers mois à l'Est de la RDC. Selon ce rapport encore confidentiel, mais dont l'Agence France Presse (AFP) a obtenu une copie, les rebelles hutu rwandais ont bâti un réseau de financement et de soutien international, qui fait échec à toute tentative de leur neutralisation.
Dans ce rapport détaillé transmis début novembre au Conseil de sécurité de l'Onu, les experts affirment que ces rebelles des FDLR ont notamment reçu le soutien des membres d'organisations caritatives étrangères et parviennent à exporter des minerais, en passant par des intermédiaires.
Le groupe d'experts cite des compagnies britannique, malaisienne ou thaïlandaise, qui achèteraient des pierres issues de mines contrôlées par des rebelles.
Cette équipe d'expert des Nations unies affirme que «les opérations militaires menées contre les FDLR ont échoué à démanteler les structures politiques et militaires de l'organisation». Les FDLR continuent à recruter et se réinstallent dans de nombreuses zones d'où ils avaient été chassés lors des opérations militaires Kimia 2. Ils ont depuis fait jouer leurs «réseaux de soutien régionaux et internationaux» pour se procurer des armes et parvenir à exporter des minerais jusqu'en Europe ou dans les Emirats, ajoute ce le rapport.
Concernant le rôle des leaders en exil des FDLR récemment arrêtés, le panel démontre qu'Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni sont impliqués dans des transferts d'armes et le blanchiment d'argent issus des ventes illégales de minerais.
Enfin, ce groupe d'experts déplore le manque de coopération des pays occidentaux où sont installés des cadres des FDLR en liaison régulière avec les combattants en RDC.
AMNESTY INTERNATIONAL ET L'EMBARGO
En décembre 2008, une coalition des organisations de défenseurs des droits de l'homme a demandé à l'Onu de renforcer l'embargo sur les armes à destination des groupes armés actifs en RDC. De même, ces associations ont dénoncé à ce temps la prolifération et le détournement d'armes et de munitions utilisées par l'armée régulière et par la police. Les défenseurs des droits humains ont souhaité en outre une sanction envers les gouvernements de pays tiers à partir desquels des armes ont été expédiées ou transitées en violation de l'embargo de l'Onu.
En effet, en début d'année 2008 le Conseil de sécurité des Nations unies envisageait un assouplissement de l'embargo sur les armes à destination de la RDC. Amnesty International avait alors insisté sur le fait qu'un tel assouplissement serait prématuré et pourrait se révéler contre-productif pour la protection des droits humains.
Une nouvelle fois, Amnesty International appelle au renforcement de l'embargo alors que le groupe d'experts des Nations unies sur la RDC a rendu public son rapport témoignant des violations de l'embargo sur les armes imposé au pays. Aussi à l'heure où le Conseil de sécurité a abordé mercredi la question de l'embargo, Amnesty International a écrit à ce dernier pour demander le renforcement de l'embargo.
Au-delà du renforcement de l'embargo, la situation en RDC témoigne de la nécessité d'un traité international sur le commerce des armes classiques. Un tel traité s'impose pour empêcher tout transfert d'armes pouvant contribuer à des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Il permettrait de prévenir des crises, comme celle que connaît la RDC. RO/LP

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