L'élection présidentielle qui se tient dimanche prochain en Guinée Equatoriale est courue d'avance. Aucun suspense, aucun enjeu véritable, puisqu'il n'y a pas l'ombre d'un doute que le candidat du parti au pouvoir, Teodoro Obiang Nguema, se succèdera à lui-même. Le scrutin du dimanche 29 novembre 2009 n'est donc qu'une formalité pour cet homme, arrivé au pouvoir en 1979, à l'issue d'un coup d'Etat. Et quitte à se faire réélire, autant y arriver avec la manière, et Teodoro Obiang Nguema ne compte pas cristalliser moins de 97% des voix - c'est-à-dire autant qu'en 2002, lors de la précédente élection - sur son nom, à la sortie des urnes.
De quoi conclure que le vote est plié, le candidat sortant plébiscité, le bail de sept ans renouvelé. De quoi aussi se demander à quoi servent les élections présidentielles en Afrique, et notamment dans ce petit pays de 28 051 kmÂ', mi-continental, mi-insulaire, niché en Afrique centrale. Le théâtre politique africain est assez suggestif de ce que le jeu des élections devient, de plus en plus, une farce, parfois grotesque, où tout le monde proclame, la main sur le cÅ"ur, son authenticité démocratique, tout en se refusant à quitter les choses du pouvoir en temps et en heure constitutionnels.
Partir tranquillement, sans tapage ni bouleversement, lorsque le sablier aura fini de compter les jours du mandat présidentiel inscrit dans la Constitution, est devenu une épreuve de force dans nos palais feutrés, où l'on ruse avec mille et une stratégies de tripatouillages, ainsi que des arguties juridiques, pour faire passer la pilule de la perpétuation présidentielle. C'est malheureusement devenu la mode par ici, et chaque pays, du Niger à la Mauritanie, en passant par la Tunisie et l'Algérie, secrète ses propres règles démocratiques, au grand dam des chantres de l'alternance et d'une bonne frange de la population.
Déjà, on ne sait pas encore quelles tournures prendra le raccommodage politico-militaire en cours en Guinée, alors même qu'en Côte d'Ivoire, où on attend toujours la nouvelle date de l'élection présidentielle de sortie de crise, on est empêtrée dans de bien délicats réglages sur les listes électorales. Et que dire du Togo, où l'on prépare fiévreusement, là aussi, le prochain scrutin présidentiel, prévu pour le 28 février 2010, avec, en plein dans le rétroviseur, les atrocités postélectorales de la houleuse élection de Faure Gnassingbé, fils de son père, à la tête du pays? Et, pendant ce temps, le débat sur un reformatage de l'Etat burkinabè, qui prend en compte le remisage, forcé ou non, du verrou sur la limitation du mandat présidentiel, fait, à nouveau, la «Une» de l'actualité.
Sans doute qu'en guinée Equatoriale, où l'opposition est encore moins représentative, moins présente, moins agressive qu'ailleurs, la machine électorale du parti au pouvoir sait encore mieux écraser tout sur son passage et ramasser les voix à la pelleteuse. Mais à quoi bon, au prix que coûtent les élections, organiser un scrutin dont le résultat est connu d'avance? En tout cas, et toutes choses n'étant pas égales par ailleurs en politique, ces schémas constituent les morceaux d'un même puzzle institutionnel, brisé à l'envi, traumatisé à dessein, manipulé à souhait...
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