Inter Press Service (Johannesburg)

Mali: Les communautés du Nord pays veulent oublier la violence

Les différentes communautés des régions nord du Mali tentent d'oublier les violences dont elles ont été victimes ou actrices, en multipliant des rencontres de retrouvailles dans l'attente d'importants projets de développement dans la zone.

Mais, dans un contexte d'insécurité transnationale entretenue ou compliquée depuis quelques années par des groupes islamistes, entre autres, sur les frontières du Mali avec ses voisins, les importants financements et investissement futurs attendus s'annoncent compromis, selon des analystes.

«Pour éteindre un autre conflit en cours entre Peuls et Touaregs, nous envisageons d'envoyer bientôt une mission dans la région de Gao (nord du Mali)», a expliqué à IPS, Mohamed Ag Mahmoud, membre de la communauté touarègue de Kidal, dans le nord du pays. «Nous avons déjà envoyé au début de novembre des émissaires pour demander à ces deux communautés d'arrêter les assassinats et vols de bétails auxquels elles se livrent», a-t-il ajouté.

Ag Mahmoud, qui est également le directeur de l'Agence de développement du Nord- Mali (ADN), estime que ces violences sont liées à la dernière rébellion touarègue. Depuis 2006, la zone était secouée par une crise armée entre l'Etat malien et une partie de la communauté touarègue. Cette crise a pris fin en 2008 lorsque toutes les parties se sont engagées à respecter les accords d'Alger du 4 juillet 2006.

Le gouvernement malien s'est engagé dès lors pour réaliser plus de projets de développement dans les trois régions nord du pays : Tombouctou, Gao et Kidal. Pourtant, «malgré tout ça, il y a de petits problèmes entre les communautés, parce que tout le monde ne voulait pas de la violence. Ceux qui n'en voulaient pas ont mal accepté que leurs activités aient été entravées», a indiqué à IPS, Assikadaye Ag Waazagane, animateur à la radio 'Tisdas' de Kidal.

Pendant la rébellion, les attaques se sont multipliées contre des civils qui ne pouvaient plus vaquer à leurs occupations à cause du climat d'insécurité qui régnait dans la région. Les commerçants majoritairement arabes et les Peuls éleveurs, dont le bétail était volé, en veulent encore aux meneurs de la rébellion.

Néanmoins, à l'initiative des communautés Kounta (Arabes) et Ifogas (Touaregs), plus de 300 groupes et tribus se sont rencontrés à Kidal le 30 octobre dernier, pour prendre l'engagement d'oeuvrer désormais en faveur de la paix et du développement. «Toutes les communautés ont reconnu que la paix est la seule voie de développement qu'il nous faut», a souligné Ag Waazagane.

Les rencontres intercommunautaires sont soutenues par le gouvernement malien, soucieux de montrer aux bailleurs de fonds que les régions du nord du pays sont stables maintenant. C'est ainsi que des diplomates ont été invités à Kidal du 24 au 25 octobre, pour «rassurer les partenaires du Mali, qui ont eu un contact direct avec les populations locales», a expliqué à IPS, Assarid Ag Inbarcaouane, deuxième vice-président de l'Assemblée nationale du Mali.

Pour accélérer la mise en oeuvre des accords d'Alger, l'Assemblée nationale a voté le 5 novembre une loi approuvant l'ouverture d'un fonds d'investissement. Selon cette loi, 773,3 milliards de FCFA (environ 1,7 milliard de dollars) seront investis dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal pendant les dix prochaines années. Ce fonds servira à la réinsertion socioprofessionnelle de 10.000 jeunes de la zone et au financement de 39 projets de développement dont la construction de routes, de petits barrages, des forages, des périmètres irrigués, des écoles et centres de santé.

Mais, c'est avec beaucoup de réserves que certains accueillent ce fonds d'investissement. Chahana Takiou, journaliste à Bamako, la capitale malienne, et originaire de Tombouctou, affirme que les investissements attendus risquent d'être une grosse déception. «Les bailleurs de fonds qui ont promis leur aide ne se bousculent pas pour débourser de l'argent, et le gouvernement malien lui-même n'a pas les moyens», a-t-il indiqué à IPS.

Par ailleurs, selon un rapport présenté aux parlementaires des régions du nord du Mali la semaine dernière par l'ADN, le pays n'a encore pu recueillir que 46 pour cent de la somme nécessaire, depuis l'annonce du programme d'investissement en 2007.

Néanmoins, les optimistes sont nombreux au sein des différentes communautés de la zone, qui voient enfin le signe d'une paix durable. Ainsi, Ibrahim Ag Bahanga, le principal meneur de la dernière rébellion touarègue, qui avait refusé la paix jusqu'au forum du 30 octobre dernier à Kidal. «Tout comme mes frères qui m'ont précédé, je m'inscris résolument dans le processus de paix et renonce à l'usage de la violence comme moyen de revendication», a-t-il déclaré dans un communiqué rendu public lors de la rencontre.

Même si ces communautés veulent vivre en paix, elles agissent dans le contexte d'une insécurité transnationale sur laquelle elles n'ont aucune prise. «Cette zone est très sensible; elle est devenue le transit des trafiquants de drogue, d'êtres humains et le repère de fondamentalistes religieux qui s'y organisent pour attaquer les Etats limitrophes du Mali», a expliqué Ag Mahmoud à IPS.

Pour sécuriser ces projets de développement, le Mali appelle ses voisins à oeuvrer pour la stabilité de la bande sahélo-saharienne. De l'avis de certains observateurs, c'est la meilleure manière de soutenir le développement de ces régions de nomades. «Les Touaregs se déplacent entre plusieurs Etats pour des raisons économiques. Il est parfois même difficile de savoir à quel pays ils appartiennent», a indiqué à IPS, Bouréhima Téréta, sociologue à la Croix-Rouge malienne.

Afin d'avoir des projets de développement communs, depuis près d'un an, les chefs d'Etat des pays riverains de la bande sahélo-saharienne envisagent de se réunir à Bamako, à l'initiative du président malien, Amadou Toumani Touré. «Cette conférence est encore attendue, mais aucune date n'est fixée pour l'instant. C'est simplement dû à des rivalités entre la Libye, l'Algérie et le Maroc», a affirmé Takiou.

Les femmes de la région de Kidal, qui oeuvrent pour la paix depuis longtemps, accueillent bien les initiatives locales en cours pour consolider le processus. «On se rappelle que la rébellion de 1990 n'a pris fin qu'avec des rencontres intercommunautaires. Ces initiatives sont donc l'espoir d'une paix durable», a déclaré à IPS, Assori Aïcha Belco, membre de l'Association des femmes de Kidal.


Copyright © 2009 Inter Press Service. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment