La Presse (Tunis)

Tunisie: Une fête totale

éditorial

L'Aïd El Idha que nous fêtons aujourd'hui avec l'ensemble de la communauté musulmane est en fait une journée très spéciale. Une journée chargée de sens où le religieux s'associe harmonieusement au social et à l'économique pour en faire une composante de notre identité.

Cette journée, qui correspond à l'épilogue du pèlerinage à La Mecque, fait partie, on le sait, d'un processus rituel religieux à haute valeur symbolique. Elle se réfère à l'épreuve endurée par le Prophète Ibrahim et son fils Ismaïl (paix sur eux) et reste l'exemple jamais inégalé de l'obéissance à Dieu (islam), une vertu bien récompensée après la délivrance, entre autres par la félicité qui s'ensuit. D'où son instauration comme fête suprême.

Fête, elle l'est. Fête totale aussi, car c'est la société entière qui y participe. Ce qui plonge l'ensemble du pays dans une ambiance inhabituelle et sympathique ayant pour entre autres avantages de resserrer les liens entre les membres des différentes catégories de la population et de réunir la société autour d'un même événement heureux.

Elle est aussi la fête de la solidarité. Le partage étant l'essence même de ce rite.

Si la solidarité peut se manifester sous plusieurs formes, elle a évolué chez nous depuis ces deux dernières décennies pour devenir plus subtile. Avec le net recul de la pauvreté, qui ne concerne plus que 3,8% de la population, le partage ne se fait plus en aval, mais en amont. Les mécanismes mis en place font en sorte que les familles nécessiteuses bénéficient chacune de son mouton et ne sont plus obligées de recevoir des quartiers de viande après le sacrifice directement de familles aisées.

Grâce à d'autres mécanismes mis en place, au sein des entreprises par exemple, les familles à revenu moyen ont pu acheter chacune son mouton sans trop de soucis, notamment en bénéficiant d'avances et autres dons.

Tout a été mis en oeuvre aussi pour que l'offre reste supérieure à la demande et pour que le marché ne soit pas sous l'emprise des spéculateurs. Ceux qui se sont approvisionnés aux points de vente de moutons au poids y ont, eux aussi, trouvé leur compte. Une mesure qui a eu pour effet de baisser la pression ayant parfois pesé sur les marchés spontanés.

Mais pour que la fête soit totale et le reste, nous sommes tous appelés à être un peu plus vigilants vis-à-vis des risques. Ceux de la route, d'abord, qui guettent les mauvais conducteurs, ceux du matériel de découpe de la viande ensuite, ceux liés à la négligence des règles les plus élémentaires de l'hygiène, ainsi que les règles usuelles de l'alimentation équilibrée, enfin.

Cette année, avec la propagation du virus de la grippe A(H1N1), plus prompt à contaminer qu'à nuire, les familles doivent rester vigilantes, car avec la promiscuité propre à nos fêtes, la contagion peut s'intensifier. C'est d'ailleurs pour éviter que celle-ci ne prenne des proportions inhabituelles que nos pèlerins ont été invités cette année à reporter l'observance de ce rite. Une mesure très sage directement inspirée des préceptes de notre sublime religion qui impose le principe de précaution.

Elle doit rester totale, la fête, mais elle ne doit pas nous détourner, au demeurant, des défis qui nous attendent. Défis qui nécessitent abnégation, sacrifices et perspicacité.


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