C'est au moment où le Mali cherchait encore, officiellement du moins, à élucider l'affaire de l'avion à la cocaïne, que Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a décidé d'enlever un Français à Ménaka, localité située à plus de 1 500 km au nord-est du pays. Il n'en fallait pas plus pour que Paris déconseille cette région, devenue dangereuse, à ses ressortissants, intimant en même temps cet ordre à ceux qui résident dans les régions de Kidal, Gao et Tombouctou. «En raison d'une nouvelle aggravation de la menace terroriste dans la région», précise-t-on du côté du Quai d'Orsay.
Mais finalement, est-ce seulement cette partie du Mali qui est désormais dangereuse pour les Occidentaux? Probablement pas, après la chasse à Al Qaida, lancée par les Européens, et surtout Washington, qui vient de doter l'armée malienne de logistique et de matériels sophistiqués pour combattre les terroristes. La meilleure défense étant l'attaque, l'aile dure des islamistes n'a pas manqué de passer à l'offensive avant que les hostilités soient déclenchées contre l'Aqmi. Ainsi, les otages occidentaux qui étaient jusque-là généralement libérés contre rançon pourraient bien servir de boucliers humains.
Au fait, pourquoi s'attaquer maintenant aux Français qui, avant l'enlèvement de Pierre Camatte, étaient plus ou moins épargnés dans les rapts de touristes et autres employés d'ONG occidentales? Le durcissement de la politique française en matière d'immigration, notamment à l'encontre du Mali, pourrait bien expliquer la nouvelle option de l'Aqmi, surtout qu'une source aurait avancé que M. Camatte constitue une «commande», avec des «intermédiaires», dont certains sont à rechercher dans l'entourage de l'otage. Si aucune hypothèse n'est à écarter pour l'instant dans le listing des causes de l'enlèvement du Français, de façon générale, le Mali est sans doute en train de payer le prix de son rapprochement avec les Occidentaux, dans la lutte contre Al-Qaida.
De ce fait, le Mali, réputé terre de tourisme naturel, activité dont il tire énormément de ressources, pourrait bien perdre cette manne financière s'il est affublé du funeste qualificatif de pays à risque pour les expatriés. A ce rythme, la liste des pays qui s'engagent aux côtés des Occidentaux dans le combat contre la nébuleuse Al-Qaïda, risque de se ratatiner, à la longue, comme peau de chagrin.
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