Accusé par les Forces vives de Guinée, d'avoir fait la part trop belle à la junte au pouvoir, le facilitateur burkinabè, Blaise Compaoré, aura un certain temps, vu se cristalliser sur sa personne, un lourd faisceau de critiques acérées. Des moments difficiles qui firent d'ailleurs dire à certains qu'il en aurait fallu de peu pour que sa médiation capotât.
Mais, le plus dur semble à présent passé, même si le camp opposé à la junte guinéenne continue à exiger de celle-ci, son départ immédiat du pouvoir, et l'impossibilité pour son chef, de se porter candidat aux prochaines élections. Un jusqu'au-boutisme propre à mettre mal à l'aise tout médiateur soucieux de concilier des positions antagonistes.
En exposant récemment ses propositions, Blaise Compaoré n'ignorait pas qu'elles susciteraient immanquablement le courroux des Forces vives. Mais sans doute, cela procédait-il d'une stratégie visant à placer d'abord la barre très haut, en espérant ensuite que celles-ci reviendraient à de meilleurs sentiments et ramèneraient leurs exigences à un niveau raisonnable.
De telles propositions, ce n'est pas la junte au pouvoir qui s'en plaindrait. Et pourtant, l'Union africaine, on s'en souvient, avait réclamé du président guinéen qu'il s'engageât par écrit, à ne pas se lancer dans la course pour la future élection présidentielle. La junte ne saurait donc dire de Blaise Compaoré, qu'il roule pour les plus faibles, en l'occurrence les partis d'opposition, même si dans le cas d'espèce, certains des "plus faibles" sont en réalité de vieux crocodiles aujourd'hui en mal de marre pour patauger dans les eaux glauques de la compromission.
Blaise Compaoré est-il pour autant favorable à la junte et à son chef ? Rien n'est moins sûr. Il faut plutôt croire qu'il tente d'utiliser le charme du serpent. S'il laisse croire qu'il penche pour le camp de Dadis Camara, Blaise Compaoré n'ignore pas qu'il est soumis à un impératif de résultats : parvenir à l'application de la feuille de route fixée par ses mandants. Une feuille de route qui veut que la Guinée aille aux élections, mais pour lesquelles l'unanimité est quasi-faite que Dadis Camara et ses compagnons ne doivent pas y prendre part pour les raisons que l'on sait. Et Blaise Compaoré ne voudrait certainement pas se mettre en porte-à-faux avec la communauté internationale.
De fait, le facilitateur sait que ce n'est pas le rôle de l'Union africaine de chasser du pouvoir Dadis Camara. Elle n'en a pas les moyens légaux. Tout comme il sait que l'instance panafricaine ne peut juridiquement interdire à l'homme fort de Guinée de compétir à l'élection présidentielle. La méthode douce, telle paraît donc être l'arme du facilitateur.

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