La semaine dernière, une importante délégation du Medef, conduite par Mme Parisot, est finalement repartie en ayant toutes les données relatives aux remous causés par la LFC 2009. A travers des échanges «cartes sur table» au niveau des attentes de part et d'autre, les entrepreneurs français ont été informés à la source, loin des groupes de pression, nostalgiques ou mal informés. Les responsables algériens, dont le Premier ministre, ont balayé bien des nuages, en mettant en évidence des paramètres qui ont force de loi dans tous les pays.
Tout d'abord, les intérêts nationaux ne sont pas négociables comme le sont ceux des Etats-Unis ou de pays européens qui ont renfloué, sinon «nationalisé», des banques et remis en état de marche des industries automobiles, aéronautiques, tout en soutenant l'agriculture et les secteurs de l'élevage. Par ailleurs, l'Algérie est un grand et gros marché, avec du potentiel humain, de l'espace et une jeunesse dynamique et inventive qui peut tout faire. Les éventuels investisseurs et les industriels de France ne s'y sont pas trompés, en ces temps de crise où le chômage, la baisse de la consommation, la grippe porcine et les conflits sociaux assombrissent l'horizon.
La France est un grand pays industrialisé, suivi, sinon dépassé, par des géants qui émergent. Un partenariat entre l'Algérie et la France, respectueux des intérêts mutuels et complémentaires, peut faire des deux pays une puissante locomotive en Méditerranée, sur la rive sud et, essentiellement, au Maghreb, dans une stratégie «gagnant-gagnant», dans laquelle la souveraineté de chaque pays et l'avenir sont au-dessus des contingences. Celles-ci, hélas, peuvent se vêtir d'un alibi footballistique pour entendre des voix égyptiennes menacer de retirer leurs investissements d'Algérie.
La disproportion des propos, qui jurent avec la pratique économique entre des investisseurs et un pays essayant de faire diversion par rapport à des difficultés propres à l'Egypte officielle, ne diminue en rien de l'attractivité du marché et des potentialités nationaux. Un de perdu (si des parties égyptiennes le souhaitent), dix de retrouvés ! Le respect et la sauvegarde des intérêts nationaux sont la matrice de la démarche algérienne dans sa relation avec les autres.
Dans la même semaine, le ministre de la Petite et de la Moyenne Entreprise et de l'Artisanat (avec peu de médiatisation et d'explications sur les objectifs lointains) et le président du CNES, ont installé un comité ad hoc pour la PME-PMI.
Si le projet est louable et intéressant, comment et avec qui va-t-il s'inscrire dans la fameuse stratégie industrielle qui a fini par se confondre avec l'horizon ? Un tissu performant dans la diversité des biens et services de PME-PMI reste la solution indépassable pour revenir à un fondamental basique : ce n'est pas l'Etat qui crée les richesses, les emplois et le bien-être, mais ce sont les entreprises et les salariés qui les produisent. A ce jour, dans les entreprises privées, hormis de notables et exemplaires réussites qui restent minoritaires mais cependant emblématiques, le reste est du tout-venant. L'informel à grande échelle, la malformation, le refus d'être en règle avec le fisc et des transactions par chèque, l'entretien organisé de réseaux de la corruption et le non-respect des normes caractérisent de larges secteurs privés qui régentent de nombreux domaines avec la complicité de certains commis de l'Etat à divers étages. Le privé, qui a grandi et grossi à l'ombre de l'Etat, de ses commandes, à part les exceptions connues et reconnues, n'a pas renvoyé l'ascenseur en moralisant un minimum le commerce intérieur, bien au contraire, il a barboté goulûment dans l'import-import de tout et n'importe quoi.
Les PME-PMI ont, certes, un besoin pressant de l'aide des pouvoirs publics aux plans institutionnel, législatif et, d'une manière ou une autre, financier. La date est donc prise pour que la fin de l'année coïncide avec la remise des travaux et des propositions qui seront finalisées par des commissions interministérielles. Si les entreprises privées, quels que soient leur taille et leur domaine d'activité, à part les exceptions, ne sont pas à la hauteur pour résister à la concurrence (le veulent-elles ?) et produire des services et des biens de qualité, le secteur public n'est pas non plus, loin de là, à l'abri de sérieuses interrogations et critiques. Une bureaucratie routinière, des nominations inadéquates, l'esprit rentier «siesteur», la mauvaise qualité des produits et services rendent les entreprises publiques très fragiles, peu compétitives. Ce qui plombe toute possibilité de croissance, d'exportations vers un marché international protégé, pays par pays, à l'ombre de la crise qui a vu les inventeurs du capitalisme agir comme des comités d'entreprises de l'époque de Staline.
Il y a dans ce pays des entreprises réputées commerçantes et des services publics (des milliers de postes) qui ferment entre midi et 14 heures alors que le revendeur privé à côté ne ferme pas à la mi-journée et reste ouvert la nuit. Ce qui est paradoxal et incohérent.
Le troisième événement s'est déroulé à Venise où le ministre algérien de l'Intérieur participait à la conférence des 5+5 qui traitait de l'émigration clandestine et de la sécurité. La liberté de circulation, la dignité humaine ont été, à juste raison, défendues par M. Zerhouni, au moment où la France, par exemple, s'empêtre dans un pseudo-débat sur l'identité nationale dans un pays construit par le métissage, l'altérité et par les trois religions monothéistes. Il y a en France, encore, des «noms difficiles à prononcer», comme écrivait Louis Aragon.
M. Zerhouni a ouvert une brèche qui peut générer des ruptures à même d'attirer les investisseurs et de donner un coup de fouet à la PME-PMI en Algérie.
«La lutte antiterroriste ne peut se résumer uniquement aux seules solutions sécuritaires mais elle doit englober aussi le traitement de la matrice idéologique de ce phénomène», a-t-il déclaré. Et là il va falloir balayer avec encore plus de vigueur devant sa porte pour justement éradiquer cette «matrix», nom latin pour désigner une matrice, qui gangrène des secteurs entiers de la société (école, mosquée, médias, économie hors la loi qui finance le terrorisme...), fait fuir les touristes, marginalisé la femme et formate les esprits. C'est cette matrice qui handicape l'économie, la création et les libertés dans le pays. Et là M. Zerhouni a repris le concept qu'il faut au moment opportun : la matrix.

Comments Post a comment