A plus d'un titre, de diverses manières et dans des proportions variables, l'Etat prend en charge la production et la diffusion d'une grande partie de la culture. C'est un choix heureux, opportun et, quelque part, inévitable, vu qu'on ne discute plus l'importance du culturel dans l'évolution des sociétés et dans leur développement intégral.
Il est toutefois encore plus heureux que les «faiseurs» de la culture ne se contentent pas de l'aide de l'Etat et essayent de se produire ou de se faire produire autrement et surtout de se diffuser par leurs propres moyens.
Dans le domaine du livre, plusieurs auteurs et poètes éditent leurs écrits à compte d'auteur, espérant quand même un achat conséquent d'exemplaires par le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine mais c'est surtout dans le secteur du théâtre où l'on remarque une plus grande dynamique de l'initiative individuelle. Ne parlons pas des créateurs qui disposent d'espaces loués ou cédés et qui peuvent, bon vent mal vent, s'autoprogrammer, mais de ceux qui prennent le risque, avec ou sans sponsor, de louer des théâtres et de donner des représentations en plus de celles subventionnées par le ministère de tutelle.
L'expérience la plus importante est certes celle de Fadhel Jaïbi, qui, depuis la fin des années 70, a pu grâce à son nom, son talent et ses compagnons de route, monter des cycles «privés» mais elle a été suivie par d'autres initiatives «fugitives», intermittentes ou continues de quelques troupes indépendantes, ce qui a permis au théâtre tunisien d'être toujours à l'avant-garde, au niveau arabe, africain, et même au-delà.
Cette «prise de risque» individuelle qu'on retrouve un peu même dans le secteur du cinéma, autrement plus lourd, est quasi absente dans la musique, malgré tout mieux servie par les médias notamment audiovisuels.
Pourquoi nos chanteurs se limitent-ils aux concerts et aux galas que les «autres» (festivals, associations, amicales ) organisent pour eux?
Pourquoi n'inversent-ils pas la vapeur en prenant en charge eux-mêmes des galas uniques ou des cycles, individuels au moins hors saison estivale?
Nous sommes certains qu'un Lotfi Bouchnaq ou une Amina Fakhet - et pas seulement eux - feraient le plein pendant toute une année et plus à la cadence d'un concert mensuel à condition de varier les thèmes (adwar, chansons du répertoire, nouvelles créations ), d'oublier les cachets qu'ils ont l'habitude de percevoir et de se contenter du guichet. Ils établiraient une tradition qui ne pourrait que profiter à la musique tunisienne, à ses actants et au public dont le goût évoluerait.
Les espaces sont limités, nous en convenons, mais il ne s'agit pas de se limiter au Théâtre municipal, il y a ceux de Sousse, de Sfax où des mercredis, jeudis, vendredis ou samedis de la musique pourraient petit à petit se discuter et s'organiser ce qui comblerait ce vide musical qu'on relève en cette période et empêcher nos voix «d'hiberner» neuf mois sur douze.
A creuser.

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