La Presse (Tunis)

Tunisie: Festival international du Caire - Le sursaut de Badrakhân

On espérait que non : hélas, le Festival international du cinéma du Caire s'est, lui aussi, laissé entraîner dans la malheureuse polémique autour du match Egypte-Algérie.

Pas besoin de revenir sur le détail, juste un rappel sidéré : l'hommage supprimé au cinéma algérien tout d'abord («acte» sans nom!) et puis le défilé «dénonceur» des stars : Ahmed Bidir (insultes après insultes?!) Youssra (quelle dégringolade du propos!) Heifa Wahbi, surtout, présente sur tous les plateaux, («plus royaliste que le roi même»!) et bien d'autres illustrissimes vedettes de l'écran dont le fiel et la hargne faisaient tristement contraste avec leur statut d'artistes emblèmes du monde arabe. Une observation pour commencer : la cabale vient des médias.

Nos confrères de la presse et des satellitaires cairotes, manipulés ou de leur propre choix, ont orchestré une véritable campagne dans le but, visible, de «compenser» une profonde déception populaire après la défaite à Khartoum.

Ça faisait diversion au regard des «problèmes de l'heure», mais cela tendait, par là-même, un sacré «piège-chantage» aux personnes publiques et aux gens du showbiz qui devaient ou s'associer à la campagne ou être accusées de «trahir la patrie».

Contre le diktat des médias

Le diktat a fonctionné une petite semaine. C'était quand même long, lassant, révoltant. D'autant plus révoltant que les quelques voix discordantes qui se sont manifestées au début ont été violemment rabrouées. Farouk Fichaoui, par exemple, qui conseilla aux «incendiaires d'éteindre leurs feux» et à ses collègues «de ne pas confondre cause arabe et péripéties de foot» et dont l'intervention fut quasiment interrompue.

Ou encore, le pauvre rédacteur en chef de la revue Octobre, pris à partie par tout le personnel pour avoir osé titrer en couverture Mabrouk l'Algérie (!?).

Fort heureusement, il y a eu Ali Badrakhân pour ramener les esprits au calme. Le célèbre réalisateur, ex-époux de Souad Hosny, a sorti avec un rare courage, les paroles dont ses compatriotes avaient sans doute le plus besoin :

«De même, a-t-il déclaré qu'un Egyptien ne doit pas être agressé hors de son pays, un Algérien a droit à la sécurité au Caire. L'important, l'essentiel, malgré tout, est que ces petits litiges du ballon rond soient corrigés et non point amplifiés ou dramatisés. Mais parler, en l'espèce, de rompre ses relations avec l'Algérie, savez-vous ce que l'on en dit là-bas ? Que ce sont des moeurs de sous- développés ?» (fin de citation).

A la hauteur de l'Egypte

Une gifle aux ultras ? Peut-être bien, et elle aura été réellement méritée. Plus juste est de dire que Ali Badrakhân a déclenché le sursaut attendu. Il fallait, en effet, qu'une voix autorisée vienne mettre fin aux excès et à la démesure ambiante. Il fallait «se remettre à la hauteur de la grande Egypte, enchaînait hier soir sur Dream» un responsable du syndicat des écrivains égyptiens, et non pas substituer Amr Zaki à Saâd Zaghloul et l'Algérie-soeur à l'Etat sioniste »

A la bonne heure. Le pire est évité.


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