Kinshasa — « Il est temps de participer à la construction et à l'édification du grand Maroc. C'est le message que nous essayons de véhiculer à l'endroit des Sarahaouis qui sont encore installés à Tindouf ». Celui qui le dit, c'est M. Mohamed Lardof, Sarahraoui et directeur de la Télévision régionale à Laayoune.
En tant que Sarahaoui, qu'est-ce que vous faites pour que le discours que vous tenez soit porté à l'extérieur ?
Je suis Sarahaoui. Je me sens concerné par le problème du Sahara. J'ai démissionné de l'Afp pour diriger cette petite entreprise (la télévision de Laayoune). J'adresse le message suivant aux Sarahaouis qui sont encore installés à Tindouf. Ils doivent savoir que le Maroc a beaucoup changé depuis l'avènement du jeune Roi qui tient à démocratiser ce pays. Il n'y a plus de prisonniers politiques ni d'arrestations arbitraires. Il y a un changement radical. Nous organisons des débats politiques où les gens s'expriment librement. Ils disent ce qu'ils pensent ou ce qu'ils veulent sur notre antenne alors qu'ils n'y croyaient pas au départ. Mais cela est vrai. C'est le message que nous essayons de véhiculer. C'est une façon de leur dire qu'il est temps de participer à la construction, à l'édification de ce grand Maroc.
Le Maroc n'abandonnera jamais le Sahara pour la simple et bonne raison qu'il y a un consensus extraordinaire que le pays a connu depuis la Marche verte. Ce consensus est que la position du Maroc est très solide. Les Algériens savent que les terrains que l'on se dispute maintenant c'est la Mauritanie. Ce n'est plus le Sahara puisque le Sahara est un acquis. C'est donc pour cela que les Algériens ont présenté une proposition de partition pour stopper l'influence du Maroc au-delà de la Mauritanie. Si le Maroc avait accepté de leur donner ne fut-ce qu'un km, ils resteraient tranquilles.
Si les gens qui quittent le Tindouf viennent, est-ce que vous le recevez à la télévision ? Peuvent-ils faire leurs déclarations librement ?
Evidemment. Ils ont la latitude de dire ce qu'ils pensent ou ce qu'ils veulent dire, mais il faut respecter la devise du pays. Et la devise du pays, c'est l'Islam, le Roi et la Patrie. Donc, hormis cela, ils peuvent dire tout ce qu'ils veulent. Ils peuvent critiquer celui qu'ils veulent. Je crois que c'est ce ton de liberté qui commence à influencer beaucoup de gens et à pousser les autorités algériennes à créer une chaîne de Polisario. Malheureusement, cette chaîne est la voix de son maître, qui n'arrête pas de faire des éloges comme beaucoup de chaînes arabes et africaines.
Nous étions en conflit avec l'Etat qui nous avait reproché d'avoir filmé et rapporté les violations des domiciles commises par la police à l'époque. Les gens de Tindouf nous traitaient de traître à la patrie parce que nous étions tous des Sarahaouis et que nous disions la vérité. Les autres ne veulent pas qu'on leur dise la vérité.
Cela fait trente ans qu'ils campent dans les camps de Tindouf. Ils ont encore espoir qu'il y aura un Etat utopique. Et finalement, ils sont tous dans la misère. Une misère qui ne s'arrête pas.
Dans tous les cas, en ce qui nous concerne, nous sommes pour l'organisation d'un référendum. Mais un référendum tel que cela été décrit par les Nations unies. De toute façon, il n'y aura pas de référendum sans liste électorale.
Est-ce que vous êtes traité de la même façon que les autres Marocains ?
Nous sommes là. Nous bénéficions d'un intérêt particulier de la part du gouvernement marocain. Il y a des projets d'investissement qui accélèrent le développement de la région. Ici, ce n'est un secret pour personne, il n'y a pas de ressources. Même le phosphate ne représente qu'un pour cent de la production nationale. Le Maroc dépense beaucoup d'argent pour développer la région et pour le bien-être de la population parce qu'il défend un principe historique du Royaume. Un Royaume qui était divisé par les forces coloniales.
Nous avons acquis notre indépendance progressivement. Voilà que la lutte continue de la part du Maroc pour récupérer pacifiquement le Sahara marocain. Et si on est obligé de faire la guerre, on va la faire. Et très bien. Dans tous les cas, l'on ne peut pas comprendre la réalité des choses sans comprendre la mentalité des Marocains et surtout la chronologie des événements depuis l'indépendance. Pourquoi ce mouvement qui se dit mouvement de libération n'a pas été créé jusqu'en 1975 ? En tant que mouvement de libération, il aurait dû combattre la colonisation espagnole.
Pensez-vous qu'un jour le conflit finira par trouver une issue?
C'est un conflit qui, je l'espère, va connaître un dénouement, peut-être avec une nouvelle génération de jeunes généraux ou de jeunes colonels en Algérie parce que ceux qui sont là sont de la vieille classe. Mais toujours est-il que nous sommes patients. Malgré que nous n'ayons pas de pétrole, nous continuons tout de même à nous développer, à vivre mieux que les Algériens. Nous avons de l'eau potable même à Tarfaya.
Les Algériens ont toujours, malheureusement, une jalousie maladive vis-à-vis du Maroc et des Marocains. Une jalousie d'un Etat qui a été fortement marqué par les conséquences de la colonisation, d'un Etat qui n'a pas encore retrouvé son identité, qui n'a pas encore retrouvé sa vraie réalité arabo-musulmane. Et pourtant, nous sommes un seul pays, un seul peuple. Nous sommes une population qui parle le même dialecte, qui a les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Nous devons affronter beaucoup de problèmes de notre peuple. Il est donc temps que les hostilités cessent. Personne n'aime la guerre.
Par quoi comptez-vous conclure ?
Nous devons réfléchir peut-être avec des amis africains ou arabes dans l'espoir de trouver une solution pacifique au conflit. Et comme disait le Roi Hassan II, « il n'y a ni vainqueurs ni vaincus ». Donc, sans solution politique entre l'Algérie et le Maroc, il n'y aura pas d'issue à ce conflit ». Mais, moi, j'ai consacré ma vie et je consacrerai le reste de ma vie à défendre les principes démocratiques. Je ne suis pas formé pour faire la guerre, mais pour défendre la cause nationale à travers une solution politique et pacifique.

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