La Presse (Tunis)

Tunisie: Les monstres sacrés de l'orient - Kamel Chénaoui, symbole de la polyvalence et de l'innovation

La polyvalence a un nom dans le cinéma arabe : Kamel Chénaoui qui a incarné pratiquement tous les rôles possibles. A partir des personnages romantiques jusqu'aux truands les plus insensibles et cruels.

Toute sa vie durant, jamais il ne chercha à imiter autrui, imposant son style, sa personnalité et son art d'improviser dans un torrent de films, téléfilms, feuilletons et pièces de théâtre qui en font un artiste prolixe.

Qui est Kamel Chénaoui?

Né le 26 décembre 1922, il a vécu dans le célèbre quartier chanté par Mohamed Abdelmottaleb, Haï Essaïda.

Après avoir obtenu le baccalauréat, Kamel fit la connaissance d'un groupe d'amateurs de théâtre qui vont percer: Férid Chawky, Abdelmoneem Madbouli et Salah Mansour. Rassemblés au sein de la troupe de Ali Kaddour, ils effectuaient leurs répétitions dans un théâtre du quartier Essakakini.

En 1943, Kamel Chénaoui fait ses premiers pas à la radio dans une émission s'adressant aux agriculteurs intitulé Alah Mestaba. Déjà, Férid Chawki et Abdelmoneem Madbouli, ses futurs compagnons de route, le complétaient dans l'interprétation.

Quatre ans plus tard, notre bonhomme s'engageait au cinéma. Le réalisateur Niazi Mostapha l'a retenu dans le long métrage Ghani harb. Après quelques mois, c'est Helmy Rafla qui en fait autant dans Hamamatou essalem.

Son flair aigu amena le même réalisateur, Rafla, à mettre sur pied un duo qui allait jouir d'un joli succès, interprétant la bagatelle de neuf films : Kamel Chénaoui et Chadia. De Hamamatou essalem en 1947, donc, jusqu'à Ala difaf Ennil en 1962, le tandem se révèle complémentaire et tout à fait dans son élément.

Il change de profil comme on change de chemise!

Kamel Chénaoui a su diversifier les rôles et multiplier les profils en sorte d'échapper aux clichés et aux cloisonnements qui firent, par exemple, de son compagnon de route Férid Chawki la bête et la brute par excellence. Et rien que cela! Mais cette émancipation a exigé de lui beaucoup d'efforts et de sacrifices, d'autant qu'il lui fallut à chaque fois changer de peau et s'adapter à une nouvelle psychologie parfois à l'opposé de celle du film précédent.

Les rôles les plus célèbres que retient la mémoire cinématographique vont de Khaled Safouène, le chef des renseignements trop sûr de lui, impitoyable sous couvert de la sauvegarde des intérêts de la «Révolution» dans le film Al karnak, au personnage du ministre de l'Intérieur dans Al irhab wal kabab. Ils vont aussi du journaliste opportuniste à souhait et élégant, Raouf Alouane, dans Aliss wal kileb. A Mabrouk qui propose des appartements à louer et des visas de voyage contre des sommes rondelettes dans le film Laham rakhiss. Dans Al Mostahil, il se transforme en un jeune dominé par la volonté paternelle, qui lui dicte ses habits, ses occupations et jusqu'au choix de son épouse. Le genre de personnes auxquelles on a confisqué leur volonté et leur liberté de choisir dans la vie.

Quant au rôle du méchant, Kamel Chénaoui va le rénover en révélant un personnage en apparence doux, sensible et poli mais au fond prêt à enlever le masque et à laisser libre cours à sa nature maléfique dès que le besoin s'en fait sentir. De l'aveu unanime de la critique, il a su dessiner le portrait convaincant et naturel de ce genre de méchants calculateurs et à carapace.

Dans Al maraa al majhoula, le personnage de Baltagi Abbès Aboudhahab le révèle sous un jour nouveau, car, pour la première fois, il compose le rôle du truand sur plusieurs années, accompagnant son évolution de l'adolescence jusqu'à l'âge adulte.

Débuts au théâtre en 1972

Kamel Chénaoui fit son apprentissage du théâtre au sein de la troupe scolaire. Mais il a dû attendre bien longtemps, en 1972, pour effectuer des débuts professionnels dans Masyada lil ijar, mise en scène par Kamel Jis, à ses côtés Leïla Tahar. La pièce traite des premiers éclats qui se produisent entre époux une fois la lune de miel consommée.

A la télévision, l'invité de notre rubrique a été un acteur prolixe, participant à de nouveaux feuilletons et séries : Zeïneb wal arch, Anf wa thalath ouyoun, Hend wa docteur Naâmane, Al aïla wa nass.

La seule fois où il s'est hasardé à réaliser son propre film, c'était en 1965 avec Tanabilatou essoltane. Par contre, il avait produit beaucoup de films pour le cinéma dont El Maâlem Bolbol, Waadaoun fil fajr, Samahni, Och el gharam, Tarik eddoumou, Ayamoun bila hob, Ariss li okhti, Zaoujatou liyawmen wahed, Al Wadiaa, Lousssous ala mawidin, Nissaa ellil.

Des prix à la pelle

Les prix et distinctions reçus par Kamel Chénaoui ne se comptent pas : le prix d'honneur du festival du Centre catholique au Caire en 1960, le prix du meilleur film au festival international de Toronto (Canada) pour Wadiaâ en 1965, le deuxième prix pour sa production du film Nissaâ ellil, le prix du premier acteur dans Al karnak, décerné par l'Association des écrivains et des critiques de cinéma en 1976, le prix du jury au festival de l'Association du film en 1988

Plus d'un demi-siècle de cinéma !

Les principaux films de Kamel Chénaoui sont les suivants : Ghani harb (1947), Hamamatou essalem (1948), Khouloud, Khayalou imrâa (1949), Houda, Bint El Omda, Al Katila (1950), Kéïd Enissa, Ayam Chababi, Moughamarat Khatira (1951), Eddonia helwa (1952), Nisssaa bila rijel (1954), Banat ellil, El habib el majhoul (1956), Lawahedh (1958), Samahni, etc.

En tout et pour tout, le grand comédien Kamel Chénaoui aura joué, entre 1947 et 2002, près de 170 films. Ce qui n'est pas, avouons-le, donné à tout le monde.


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