Nous avons reçu de la part de M. Ali Essaïed, directeur fondateur du musée international du Bélier, une lettre en réponse aux arguments avancés le 12 novembre dans notre journal par M. Habib Ben Younès, directeur à l'Institut national du patrimoine, relatifs au musée du Bélier et à la Fédération tunisienne de béliomachie. Ci-après de larges extraits :
« ( ) l'INP n'a de cesse d'affirmer, stricto-sensu, que notre établissement n'intéresse pas les responsables de la culture et qu'ils ne voient aucune objection à ce qu'il quitte le pays pour l'étranger. Nous lui avons fait parvenir une liste complète des composantes du musée pour valider le transfert à l'étranger.
Nous attendons, depuis des années, un premier mot de réponse par écrit, bien qu'aucune pièce archéologique authentique ne figure parmi les collections du musée.
Par ailleurs, comment y voir clair dans cet imbroglio infernal quand, afin de mieux faire connaître, au plan international, cet important événement culturel et touristique, le ministère des Communications a émis en avril 1990 et septembre 2003, des timbres-poste portant la mention "Premier musée du Bélier". De son côté, le ministère du Tourisme a édité plusieurs documents, prospectus et affiches sur le musée dans le cadre de l'innovation et la diversification du produit touristique.
Si notre institution a un caractère international, c'est grâce à nos relations avec les pays amis. Ils ont fait grandir le musée; son bagage culturel et scientifique s'est enrichi. Il est l'expression de cette collaboration élargie ( ).
Paradoxalement, et heurtant le bon sens, les collections et objets d'art de l'établissement sont, depuis longtemps disséminés à Hammamet, à l'Ariana et à Tunis, dans l'air vicié des garages ( ). Heureusement, les témoignages d'amitié et de soutien de plusieurs personnalités tunisiennes et étrangères ont contrebalancé ces morsures.
M. Ben Younès nous reproche, dans sa déclaration, une analyse ethnologique insuffisante touchant la béliomachie et une conception scientifique manquant de recherches concernant le musée du Bélier.
Nous invitons le directeur à l'INP de compulser la thèse de doctorat d'Etat présenté à Paris par le Français Philippe Biedermann, intitulé : "Béliomachie en Tunisie". Il verrait comment le thème a été abordé, y compris, celui de l'ethnographie culturelle et sociale.
Pour ce qui concerne le musée, qui constitue une somme de pensées et de connaissances depuis l'aube des temps et fondées sur les bases les mieux documentées, l'INP a émis certaines réserves sur la valeur du musée et nos relations suivies avec plusieurs pays frères et amis. En langage clair, il voudrait que je coupe la branche sur laquelle nous sommes assis, depuis septembre 1982, date de l'inauguration du musée du Bélier, par le ministère de la Culture d'antan, en présence justement de plusieurs membres du corps diplomatique ( )
Ces chefs de missions diplomatiques, venant d'horizons différents, en prenant part à l'enrichissement du musée, ont tenu à donner à la Tunisie du Changement, un gage de leur sincère collaboration et attachement à notre établissement. Ils se sentent partie prenante d'une même histoire, se reconnaissent dans les mêmes valeurs, la même culture et les mêmes idéaux. Cette maison commune n'en est pas moins issue des sources ou s'alimente une pensée authentiquement tunisienne.
Le musée du Bélier, faut-il le souligner, a fait l'objet de quatre thèses de doctorat d'Etat soutenues au Caire, à Athènes, à Bruges et à Paris. Il occupe une place énorme dans mon coeur et dans ma vie, où il entre plus de sacrifices que de privilèges, plus d'inquiétudes que de gloriole. Sa création constitue un acte de foi pour mon pays, mais aussi l'occasion de faire culminer à l'échelle planétaire notre culture et nos traditions qui ont entouré ce fabuleux animal, élu de Dieu ( ).
Je demande, pour la énième fois, à l'INP de faire le choix entre condamner le musée du Bélier à poursuivre son existence dans la pénombre humide des garages ou lui permettre de sortir de cette condition et de partir à l'étranger.
Pour terminer, je voudrais citer la belle parole de M. Chedli Klibi, ancien ministre de la Culture et homme de très grande érudition : "Je suis certain que le rayonnement culturel du musée sera grand et que les touristes viendront nombreux à le visiter". Et celle de M. Frédéric Mitterrand, actuel ministre français de la Culture : "Il ne faut pas priver le tourisme tunisien de s'enorgueillir du seul musée au monde dont il puisse vraiment se distinguer".»

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