Racine carrée de U, c'est l'intitulé énigmatique de l'exposition d'Oussema Troudi qui se veut un jeu de mot pour suggérer le terme «vu». Mais, contrairement au titre, les oeuvres du peintre nous ont parlé, interpellé, séduit même.
Une trentaine d'oeuvres en tout entre peinture et dessin, petit et grand format, allant du figuratif à l'abstrait. Les titres évocateurs, cette fois-ci, renvoient à la musique (Concerto, Préludes), à l'Histoire (la série de Carthage) et à la peinture de l'artiste (Effilure, Effrangement)
C'est que ces titres nous renseignent de façon éloquente sur la démarche de Troudi. Influencé et nourri par la musique, l'artiste dresse une équivalence entre peinture et musique. Equivalence érigée en tradition, depuis les artistes romantiques jusqu'à nos jours. Nous citerons volontiers Jackson Pollock, puisque la manière de Troudi s'en inspire aussi, dans ces lacis de lignes entremêlées, ces gouttes, ces coulures qui renvoient à la technique du «dripping» et à «l'action painting».
Diptyques, triptyques et polyptiques imposants, à dominante noir et blanc, rouge pour Concerto, montrent la vigueur du coup de brosse et la fougue du trait de l'artiste, qui le situent dans la lignée de Pierre Soulages, Henri Michaux, Franz Kline et autres. Ces derniers, ainsi que leurs adeptes, se sont inspirés de la calligraphie orientale et japonaise bien qu'ils aient souvent nié ce rapprochement. Et nous retrouvons ces mêmes références dans la peinture d'Oussema Troudi.
Les énergiques calligraphies de faisceaux de traits, tantôt fins, tantôt épais, les hachures, les fines lignes verticales formant presque une grille et ponctuant la plupart des oeuvres, créent une variété de rythmes. Rythmes picturaux, voire poétiques qui se muent en musique, en mélodie, en Préludes.
Souvent construites en registres superposés (Effilure I, Effilure II, Effilure III, Terre d'ombre), les toiles de Troudi privilégient ainsi le geste expressif, le travail sur différentes textures et nuances de couleurs. Les dessins, eux, ne manquent pas d'intérêt, les fusains, découpés-collés, sur papier représentant un éléphant (la série de Carthage), se rapprochent des toiles peintes par ce réseau de lignes verticales. Les pastels plus abstraits (la série de Réserve) sont parmi les plus intéressants. Cette exposition permet ainsi de mesurer le talent de ce jeune artiste. Voilà qui promet.

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