Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Si le Xalam II m'était conté

Ngaïdo Bâ raconte : « Créé dans les années 1972/73, par un groupe d'amis parmi lesquels, on pouvait citer le regretté Abdoulaye Prospère Niang, Dany, le Sénégalais d'origine libanaise et son frère guitariste, Henri Guillabert pour ne citer que ceux-là, le Xalam II avait son premier siège à rue Tolbiac avant de déménager à Liberté VI puis en France en 1983 ». C'était ainsi partie pour revisiter la belle épopée du Xalam.

En août 2008, au Quai des Arts à Saint-Louis du Sénégal, ils étaient revenus autour d'Henri Guillabert, le pionnier, jouer et enflammer le public surtout celui nostalgique des années 70-80. Le temps d'une soirée, revisiter un répertoire qui enchanta plus d'un de générations qui se sont succédées tout en s'imbriquant dans le temps. Le lecteur aura compris qu'il s'agit du Xalam II, le groupe du regretté Abdoulaye Prosper Niang. La bande à Cheikh Tidiane Tall effectuait ainsi un com-back fort réussi après une dizaine d'années de pause. A Dakar, au Just-4 You, elle s'était également produite dans la foulée avec autant de bonheur.

C'est le Festival « Horizonté » de Berlin dans l'Allemagne social-démocrate d'alors de décembre 1979 qui consacra le travail de recherche de près d'une dizaine d'années et de capitalisation des richesses culturelles africaines mitonnées à la sauce « ouverture » ainsi que le préconisait le poète président, Léopold Sédar Senghor. Le groupe sénégalais, le Xalam II né quelques années auparavant dans les abords du quartier lebbou de Kaye Findiw dans le Plateau à Dakar que fréquentèrent deux Abdoulaye, chefs de partis sénégalais, Wade et Bathily et peut-être d'autres encore inconnus du grand public, à la rue Tolbiac précisément, consigne Cheikh Ngaïdo Bâ explosait ainsi. Il remportait la palme du festival en enrichissant le vocabulaire musical d'une époque encore tributaire de mai 1968. La percussion de Prospère Niang, les cuivres rayonnants de Yoro Gueye au trombone, Ansoumana Diatta au saxophone et Moustapha Cissé, l'unisson des voix de Coundoul, Moussa Diongue et Cheikh Cissé emboutissent et fissurent les barrières sociologiques et raciales. Le mur du son abattu, le public berlinois se pâme devant ces africains qui gomment les différences et les emportent dans les dédales d'une musique faite d'un curieux mélange de primitivisme et de modernité. Une musique d'une Afrique en proie à des bouleversements « révolutionnaires », mais qui cherche à se faire entendre, écouter et aimer. La voix du regretté Moussa Diongue, qui précéda celle de Souleymane Faye qui continue, elle, heureusement, de réjouir les fans, se mêlait à celle des autres et subjuguait l'auditoire berlinois.

En 1979, la Gauche prenait le pouvoir en Allemagne non encore réunifiée. La social-démocratie allemande précède celle française au sommet de l'Etat. Mais les vents « porteurs » d'Est sifflaient et emportaient un à un tous les gouvernements « rétrogrades » d'Europe. Dans la lancée de 1971, le congrès d'Epinay et la victoire des à "illets roses et rouges de 1981. La vague déferlante de la social-démocratie arrose l'Europe. Le musicologue et guitariste de jazz rock allemand, Volker Krieger, en tournée en Afrique de l'Ouest, découvre la bande à Prosper qui soutient son spectacle à Dakar. Krieger l'amène prendre part au festival de Berlin de la même année aux côtés de Gilberto Gil. Sur place, Henri Guillabert et potes enflamment le« Berlin Horizonte ». En 1980 de retour au pays, ils participent à un festival de jazz organisé par le Club Med de Dakar. Ils y côtoient ainsi Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, Kenny Charke, Stan Getz et Jimi Owens. Un extraordinaire bà "uf s'en suit.

Lendemain de Tabaski

Dimanche, 29 novembre 2009, lendemain de Tabaski. La fête cette année bien que « conjoncturée » ainsi que diraient nos amis Ivoiriens au parler si succulent, a l'avantage de ne pas trop consacrer nos différences. Seuls les « Ibadous » et les ouailles de l'imam Abasse Sall de Louga ont fait bande à part. Le reste de la communauté a célébré le samedi l'Aïd Kabir. Une exception bien sénégalaise. Mais passons. Quelque part à Dakar, chez Assane : une bande d'amis, un verre à la main, dans l'ambiance feutrée du bar-resto : les souvenirs qui, comme les volutes de fumées des cigarettes que l'on grille les unes après les autres, surgissent et s'emparent de l'assistance.

On questionne le talent indéniable de guitariste de Cheikh Tidiane Tall, on discute du doigté d'un Vieux Mack Faye, on se souvient d'un Adama Faye. De fil en aiguille, on en arrive au Xalam II et à son histoire. Une histoire qui commence, rappelle Cheikh Ngaïdo Bâ dans la ferveur intellectuelle des années post- indépendance du Sénégal, où l'affirmation de soi, le besoin de se prouver et de prouver la fierté noire n'étaient point des moindres. Senghor l'exprima avec son premier Festival Mondial des Arts Nègres de 1966. Festival qui enregistra la présence entre autres de Duke Ellington, d'Aimé Césaire, le défunt parrain du Festival de Wade.

Aminata Fall, la saint-louisienne qui vendait des cacahuètes devant le dancing du Star Jazz avant de rejoindre le groupe jouait son blues d'ambiance. Ibra Kassé et son école du Star Band logée à Miami, faisaient fureur. Précurseur de la salsa-mbalax de James Gadiaga, de Pape Fall et des autres, il introduit le tama, le tambourin d'aisselle dans la rythmique latino-cubaine, musique d'ambiance et de danses. Sortis de l'école d'Ibra Kassé, Pape Seck Dagana et le Number One, Laba Socé et Dexter Johnson avec le Super Star puis « Vedette Band » avant de tenter l'aventure en Côte d'Ivoire. Leur pendant, mais plus classique, plus soft, diraient les mélomanes : le Baobab, Gouy gui de Barthélémy Attiso. La musique soul, le R&B le jazz complétaient le tableau d'une période musicale où des groupes se cherchaient cependant voie et travaillaient d'arrache pied loin souvent du commun, dans d'interminables ateliers pour produire une musique plus engagée, plus expressive, plus ouverte.

C'est ainsi qu'à côté du MJ de Thiaroye, le Xalam I de Aïbe Gaye, Aïbe Dieng, de Madiama Fall, de Mbaye Fall qui s'en alla au Sahel ensuite, de Tidiane Thiam Locanta, de Charles Dieng... travaillait à donner un son nouveau. Le groupe a pour manager un certain professeur d'université, Sakhir Thiam. L'ancien ministre de l'Enseignement supérieur de Diouf, guitariste talentueux présidait ainsi aux soirées de l'orchestre qui se produisait à « Gamma Club », un lieu chic de la rue Ngalandou Diouf que gérait Mamadou Lô Kayafi. Ils étaient là jusqu'en 1972, date de la naissance de l'autre Xalam, celui là qui portait le numéro II. Une partie du groupe de Sakhir Thiam créa en France le West-africain cosmos en 1975 avec Emanuel Gomez plus connu sous le nom d'artiste de Oumbagne, de Wasis Diop, le frère de l'autre et les deux Aïbe de Xalam I.

Prospère Niang prospecte

Le batteur Prosper Niang prospecte. Il débarque à la rue du Faubourg du temple dans le deuxième arrondissement à Paris en 1983, se souvient Ngaïdo Bâ. Après le succès du groupe à Berlin en 1979, la bande veut tenter l'aventure européenne et renforcer le concept de la world music dans le lexique musical mondial qu'ils ont introduit avec d'autres africains de leur époque parmi lesquels, King Sunny Adé, de son vrai nom Sunday Adeniyi chanteur nigérian de musique Jùjú d'origine Yorubas ou encore un certain Fela Kuti. Ils prendront « apparte » après à Mante La jolie.

Henri Guillabert joue de la guitare aux côtés du Baye Baboo, bassiste. Khalifa Cissé Ibrahima Coundoul font les choeurs à Moussa Diongue. Diplômés de l'école des Art de Dakar du regretté Kalidou Sy, Yoro Gueye au trombone, Ansoumana Diatta au saxophone et Moustapha Cissé aux percussions, boostent le tempo et ouvrent des perspectives importantes. Le groupe s'imprègne du folklore sénégalais et africain pour créer un style afro jazz-rock fusion. La world music avant la lettre. Hugh Masekela les invite à se produire à Monrovia lors d'un festival destiné à récolter des fonds pour l'ANC de Nelson Mandela. Ils débarquèrent avec une nouvelle chanson, « Apartheid ». Fela était là, ainsi que Miriam Makeba et son mari Stokely Carmichael, qui après le concert ramenèrent en limousine les garçons du Xalam à la maison, rapporte Cheikh Ngaïdo, le cinéaste historien. En fait, toute la tablée met bout en bout ses souvenirs et retrace avec quelques déperditions inévitables, une fabuleuse saga. Des talents que permirent d'éclore, se remémore Ngaïdo Bâ, aussi bien le desk culture du « Libé » ou trônait Hélène Ly, que des journalistes de talents et engagés que sont Philippe Durue « d'Afrique élite », Fréderic Ploquin de « Mariane », l'appui de Philippe Conrad et de Jean Jacques Mendel qui a soutenu tant Salif Kéïta, qui ont prouvé le mouvement en marchant avec Prosper et sa bande. Mamadou Konté d'Africa-fête était également de la partie, lui qui a aussi tant fait pour l'art et la musique nègre.

Une Saga qui fait que les ayant croisés dans un studio, les Stones de Mike Jagger, subjugués, enregistreront avec leur participation leur LP Undercover of the Night. Prosper Niang, véritable fédérateur et leader incontesté du groupe disparait hélas au lendemain de la réalisation de Xarit, troisième album du groupe qui a vu pourtant l'arrivée d'une voix exceptionnelle qui est celle de Souleymane Faye et d'un guitariste de talent : Cheikh Tidiane Tall. Au sommet de leur art, leur genre musical a rivalisé avec Ossibisa, Fela Kuti et Hugh Masekela. Peut-être avaient-ils subi les influences comme un certain Vieux Mack Faye de Cream, Led Zepplin, James Brown ou Ray Charles. En vérité, la musique, la belle, est intemporelle et ne saurait vieillir, ni mourir.


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