Hyacinthe Sanou
14 Décembre 2009
Entamé depuis le lundi 7 décembre 2009, le marathon climatique qui se court à Copenhague est maintenant engagé dans sa dernière ligne droite.
Après les experts, les diplomates et les ministres, c'est en effet au tour des chefs d'Etat et de gouvernements de rentrer bientôt dans l'arène. A l'image de Blaise Compaoré qui quitte Ouagadougou en principe demain pour la capitale danoise. Mais alors que les grands de ce monde vont déferler pour le vrai sommet, le climat des négociations s'est subitement surchauffé hier.
Amené par l'Algérie, les 53 pays africains ont ainsi suspendu dans la matinée leur participation au groupe de travail pour exiger qu'une séance plénière soit réservée à l'avenir du protocole de Kyoto, le seul traité international contraignant à ce jour contre le réchauffement climatique ; question d'obtenir le renouvellement des engagements au delà de 2012. Les africains ont cependant vite fait après quelques tractations de rentrer dans les rangs et de reprendre les discussions dans l'après-midi.
Si le problème posé est bien réel, on se demande néanmoins si le groupe Afrique n'a pas dramatisé à l'extrême la situation, si le coup d'éclat n'avait pas pour objectif principal de se faire remarquer à un moment où les pourparlers entrent dans leur phase décisive. Ce pourrait donc être une forme de négociation, une pollution utile pour reprendre l'expression d'un conférencier, quand on sait que le plus clair du temps, la voix des pays en développement ne porte pas dans les enceintes internationales.
Reste à voir si leurs complaintes seront entendues par les puissances qui sont en réalité les seuls maîtres à la manoeuvre car c'est bien connu, le problème n'est pas seulement environnemental, il est aussi et surtout économique et financier. Or, si tout ce monde s'entend sur les causes et les effets et sur le fait que nous courrons droit vers l'abîme si rien de vigoureux n'est entrepris à l'échelle mondiale, les solutions, elles, font moins l'unanimité.
C'est d'ailleurs un secret de polichinelle, les pistes pour atteindre le bout du tunnel climatique passent par le développement de sources d'énergie alternatives, changement de nos modes de vie et de notre mode de croissance. Mais c'est là que s'amoncellent les nuages de dissensions.
Surtout quand il s'agit de casser le tiroir-caisse car, se pose alors la question de savoir qui doit payer la note ? Il est vrai que l'Union européenne s'est engagée à verser 7,2 milliards d'euros aux pays pauvres sur trois ans (soit 2,4 milliards d'euros par an de 2010 à 2012) pour financer la lutte contre les changements climatiques dans ces pays.
Ce n'est malheureusement qu'une goutte d'eau dans la mer agitée du réchauffement climatique parce que les pays en développement ont besoin de 100 à 150 milliards de dollar par an pour en venir à bout. Souhaitons en tout cas que ces difficiles négociations débouchent sur des objectifs concrets, réalistes et réalisables notamment pour le continent africain, responsable, rappelons-le, d'à peine 4 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre mais qui, compte parmi les régions les plus vulnérables aux changements climatiques lesquelles se traduiront pour l'Afrique par une extension de la désertification, des sécheresses ainsi que graves pénuries d'eau et de récoltes.
Déjà, il y a de quoi espérer car le sommet de Copenhague engage sa deuxième semaine sur une note d'optimisme avec un éventuel premier projet officiel d'accord qui viserait à limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 1,5°C ou 2°C sans trancher entre les deux options.
Le texte stipule également que, pour atteindre cet objectif, les émissions mondiales devront diminuer très fortement d'ici 2050 par rapport à 1990, en laissant trois options ouvertes : -50%, -85% ou -95%. Même s'il reste à finaliser et à parapher ce document, cela est de bon augure pour une éclaircie dans les discussions.
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