Donat.suffo
15 Décembre 2009
En février 2006, un conflit terrien éclate entre les Bali et les Bawock dans le département de la Mezam. Les dégâts matériels sont importants. Côté Bawock : de dizaines de maisons réduites en cendre, des champs dévastés, des animaux domestiques abattus, des tombeaux profanés... La chefferie Bawock n'échappera pas à la furie des assaillants. Bref, c'est une véritable razzia. C'est la débande. Les Bawock se refugient les uns à Bamenda, les autres à Pyning (Santa). Coté Bali, une case de la chefferie subit les affres de la flamme. Le 12 février 2007, les communautés Mbessa dans le département du Boyo et Oku dans le département du Bui entrent en désaccord pour une portion de terre jugée très fertile et une forêt. Le bilan de cette dispute, de surcroît armée est catastrophique. Côté Mbessa, des maisons sont détruites, des plantations rasées, entraînant plus de 500 déplacés qui trouvent refuge à la mission catholique de Mbessa.
Si on pouvait se réjouir que le conflit Bali/Bawock n'ait fait de mort, on aura déploré dans l'altercation Oku/Mbessa, quatre décès dont un chez les Mbessa et trois chez les Oku. Malgré l'accalmie, c'est un climat d'animosité qui anime les relations des quatre communautés impliquées dans ces deux conflits respectifs. Toutefois, si une lueur de réconciliation est observée entre les Bali et Bawock, la tension reste perceptible entre les Mbessa et les Oku. L'embrassade en public des Fons Théodore Nana Wanda et Dr. Ganyonga III respectivement de Bawock et Bali le 31 octobre dernier lors du retour triomphal du premier cité dans son village, a donné l'impression que ces deux communautés s'étaient engagées dans la voie de la réconciliation. Les autorités administratives locales ont même entrepris des concertations pour la rétrocession des terres cultivables des Bawock confisquées par les Bali.
Paix des braves
Bien plus, pour la première fois depuis cet incident, le Fon de Bawock a mis pied à la chefferie Bali le 6 novembre dernier. Et pour Fon Ganyonga III : « La visite du Fon de Bawock dans ce palais de Bali me donne raison d'espérer qu'ils veulent changer l'approche et embrasser le dialogue. Parce que sans dialogue, on ne peut résoudre aucun problème social». Au Fon de Bawock de rétorquer : « Je continue à prêcher la paix vis-à-vis de mon voisin, même comme la destruction nous a été très défavorable, je sais qu'en vivant en paix avec eux, ils pourront eux même contribuer à la reconstruction de ce village Bawock. Après mon retour le 31 octobre, je me suis retrouvé dans sa chefferie. Nous avons partagé ensemble et en retour, il m'a même offert un sac de riz. C'était un signe de l'harmonie retrouvée. Mon souhait c'est que ces élites là qui enflamment nos relations ne s'infiltrent plus dans nos affaires »
Entre les Mbessa et Oku, ce n'est pas le retour du bel amour. Ils continuent à se regarder en chiens de faïence, malgré l'accalmie et la levée des barricades de part et d'autre, les populations de ces deux villages ne se rendent pas visite. Le préfet Daniel Panjonou du Bui le reconnaît. « Mais il faut reconnaître qu'il existe toujours une sorte de frayeur de part et d'autre malgré le fait que les gens de Oku ont ouvert la route pour que les gens de Mbessa puissent venir au marché de Oku qui était leur marché de ravitaillement avant le conflit, ils ne viennent pas. Nous osons croire que, comme il est de coutume, quand deux personnes se battent, s'il n'y a pas une troisième pour intervenir et essayer de les séparer, on va assister à une sorte de désastre ». Fort de cette situation, une mission des Nations unies conduite par Franklin Kiven, Communication/Advocacy Officer au centre pour les droits de l'homme et la démocratie en Afrique Centrale (CDHDAC) a séjourné les 8 et 9 décembre dernier dans ces deux zones de conflit. En prélude au 61e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'Homme (célébré jeudi 10 décembre 2009) sur le thème « Embrassez la diversité pour mettre fin à la discrimination », Franklin Kiven et sa suite étaient porteurs d'un message de paix, de réconciliation, de tolérance, de retour à l'harmonie entre ces différences communautés.
Que ce soit à Bali, Bawock, Oku ou Mbessa, il a rappelé aux différents protagonistes le bien-fondé du respect de l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'Homme qui stipule : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité». Vu sous ce prisme a-t-il indiqué, on ne vivrait pas les guerres et les discriminations tant observées dans la société. Au bout du compte, il rappelle qu'il y a toujours plus de perte que de gain à l'issue d'un conflit. Raison pour laquelle, il faut faire preuve de tolérance et se plaindre aux lieux indiqués contrairement à se laisser contrôler par son instinct belliqueux. Une approche saluée par les autorités administratives et les trois Fons rencontrés dont Fon Njong Gilbert de Mbessa : « Je suis fier de la venue des émissaires de l'ONU. Je suis convaincu qu'avec leur arrivée, nous allons commencer à envisager la fin des hostilités parce qu'ils sont réputés faire la vérité entre nos deux communautés et solutionner le problème ».
Mme Taiyou Njende, Program Assistant au CDHDAC n'en dira pas moins en citant les différents instruments légaux qui protègent contre la discrimination. Ils ont tendu la perche de la formation en gestion des conflits aux populations de ces quatre communautés. Ils étaient accompagnés de Nelson Ndi de la Commission nationale des droits de l'Homme et de liberté.
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