Les dernières décisions prises par l'homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, finissent de convaincre que le golden boy, en plus d'être un tacticien politique hors pair, a, décidément de la suite dans les idées. Primo, il annonce la tenue de législatives prévues pour le 20 mars 2010, afin d'élire une assemblée constituante, évidemment excluant de facto toute forme d'ouverture envers ses opposants. Secundo, presque dans la foulée, il lève l'interdiction de remettre pied sur le territoire national qui maintenait les trois anciens présidents, les plus farouches de ses adversaires politiques, en exil forcé en Afrique du Sud.
On avait invoqué l'argument pour le moins spécieux du souci manifesté pour leur propre sécurité. La quasi concomitance des deux actes est loin d'être fortuite. En fin calculateur, TGV sait ce qu'il fait, sait où il va et maîtrise le rythme de son allure. Il ne laisse rien au hasard. Si le nain politique qu'il est se permet certaines initiatives que l'on qualifierait au plus bas mot d'osées, c'est qu'il existe un socle fort d'amis et de conseillers qualifiés pour constituer la base solide sur laquelle il repose. En toute sécurité, pense-t-il.
Car, pour refaire la genèse de son histoire, son accession aux commandes de Madagascar, se sera opérée au moyen d'un véritable coup d'Etat constitutionnel. La communauté internationale l'aura boudé un temps, l'UA et la SADC aussi, mais le temps passant, personne n'y a rien pu, et l'armée malgache l'aidant, TGV se sera maintenu au pouvoir. Il y est toujours. Entre temps, il aura donné une impression d'ouverture, en acceptant d'aller à la table des négociations, sans doute, à son corps défendant, mais en cachant savamment son jeu. Car en réalité il n'y croyait pas. Il n'y a jamais cru.
Au final, il se sera livré à une mascarade hypocrite qui aura pris tout le monde de court, aura endormi ses adversaires politiques pour mieux les surprendre. Et pour finir, il aura maintenu ses prédécesseurs au pouvoir, pendant de longues journées en exil forcé en Afrique du Sud, sans doute pour avoir le temps de peaufiner sa toute dernière stratégie. Le résultat en est ce que l'on sait. Il le résume fort brillamment lorsqu'il dénonce l'impossibilité de travailler en cohabitation avec les trois autres mouvances de l'opposition pour la mise en place d'un gouvernement d'union nationale et décrète que « c'est le peuple qui doit décider ».
Et cela est sans doute suffisant à ses yeux pour décider Burkina Fasounilatéralement de la tenue de législatives qu'il fixe tout seul en mars 2010. Autant dire qu'il sonne le glas pour le requiem des accords de Maputo désormais oubliés, effacés, balayés. On fait place nette et on recommence tout. En suivant au doigt et à la lettre sa méthode à lui. Ce faisant, il n'ignore sans doute pas les gros risques qu'il encourt. Car cela relève de l'évidence, Zafy, Ratsiraka et Ravalomanana peuvent décider de faire l'impasse sur tout ce qui, jadis, les séparait, pour s'unir, dans le but de le contrer, lui. En présence d'un ennemi commun, plusieurs adversaires peuvent choisir de ne plus marcher séparément et se mettre d'accord pour frapper ensemble. Les partisans de ces trois anciens chefs d'Etat constituent une immense partie de la population malgache, à l'heure actuelle. Oui, sans doute.
Mais tout porte à faire croire que TGV connaît bien son monde. Il sait avec quelle férocité, ils se sont détruits, de par le passé. Il sait peut-être que ce qui les sépare est bien plus grand que ce qui aujourd'hui est censé les unir. Il surfe là-dessus et pour le reste, compte sans doute sur sa propre baraka. Et qui prédit qu'avec le temps l'un ou l'autre de ces anciens présidents, au regard de la façon dont évoluent les choses aujourd'hui sur la Grande Ile, ne choisira pas de composer avec l'actuel homme fort du pays ? On est en politique, le domaine par excellence du tout possible.
Sans compter que Rajoelina sait que cette communauté internationale qui n'a pas eu suffisamment de poigne pour le contraindre et le ramener à la légalité, n'a peut-être pas plus de pouvoir aujourd'hui qu'elle n'en a eu hier. L'UA ? Presque muette comme une carpe. La SADC ? Usée et fatiguée de ses efforts déployés. Les médiateurs ? Pris de surprise, médusés, désormais, ils restent figés et ne trouvent plus le mot qui convient pour s'exprimer. Rien que du bon pour Rajoelina qui en plus, sait que la Grande Ile constitue un point stratégique, que de nombreuses puissances occidentales paieraient cher pour la voir se ranger dans leur giron. Il sait à merveille qu'il tient une carte maîtresse entre les mains et cela lui donne du tonus au point de lui faire perdre le sens de la prudence la plus élémentaire qui soit.
Car jusqu'à présent, ce qui, après tout, le maintient aux commandes de Madagascar est bel et bien cette armée malgache qui, au demeurant, avait choisi de lui servir d'escorte pour les marches du Palais. Tant que cette armée se confinera dans ses casernes et décidera de garder son mutisme traditionnel, TGV ne risque pratiquement pas grand-chose. Mais sait-on jamais ? Les « bérets rouges » se sont bâti sur le continent une nouvelle réputation d'imprévisibilité qui fait qu'avec eux il ne faudra plus jamais jurer de rien. Et pas plus à Madagascar qu'ailleurs sur le continent africain. Au final, la Grande Ile, plus que jamais, n'a pas encore retrouvé son équilibre. Plus que jamais, elle tangue et de fort dangereuse manière et fort malheureusement, nul ne saurait prédire à l'heure actuelle, et à court terme, quand elle pourra enfin voir le bout du tunnel.

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