Fasozine (Ouagadougou)

Madagascar: Un pas en avant, deux pas en arrière

Comme Sisyphe qui n'en finit pas de rouler son rocher le long de la colline, la Grande Ile ne réussit toujours pas à trouver la bonne note pour mettre un terme à la crise politique dans laquelle elle est plongée depuis un an maintenant. Après de longs mois de tergiversations, de rendez-vous tantôt gagnés, tantôts manqués, l'espoir du renouveau politique vient à nouveau d'être plombé par la décision unilatérale du président de la Haute autorité de transition (HAT), Andry Rajoelina, qui a la... haute main sur les affaires du pays depuis quelque temps, de convoquer des élections législatives pour mars 2010.

Cependant, et je n'ai pas manqué de le souligner, le schéma de gouvernance adopté était des plus abracadabrantesques: un président, deux co-présidents et un Premier ministre, tous issus de clans rivaux pour driver le pays. Un attelage «complexe et millimétré», dont on ne pouvait pas «préjuger de la réussite», ainsi que je l'avais fait remarquer. Aussi, avais-je marqué mon scepticisme quant à «la tenue correcte de sa feuille de route». Nous y voilà, sans même l'avoir expérimenté, Andry Rojoelina vient de jeter la «composition hétéroclite» issue des longues et difficiles palabres de Maputo et d'Addis-Abeba à la poubelle.

En annonçant, hier, mercredi 16 décembre, la tenue de consultations législatives le 20 mars 2010, afin d'élire «une Assemblée constituante», le «TGV» de Madagascar, qui a reçu le pouvoir des mains des militaires, se refuse à toute ouverture envers ses opposants. Pour lui, en effet, il est «impossible de travailler en cohabitation avec les trois autres mouvances (de l'opposition) pour la mise en place d'un gouvernement d'union nationale». Une manière on ne peut plus claire de renier les engagements qu'il a pris avec la médiation internationale chargée de résoudre la crise politique qui paralyse la Grande Ile depuis plusieurs mois. Une manière aussi de reprendre la main, puisqu'il surfe sur une vague qui lui est chère et qui l'a porté jusque-là vers les rivages souhaités: le peuple. «Aujourd'hui, c'est le peuple qui doit décider», a-t-il notamment martelé, préférant mettre la communauté internationale hors-jeu.

Il reste à savoir comment Madagascar se retrouvera dans ces incessants va-et-vient, où chaque pas vers une sortie consensuelle de la crise qui la tenaille et annihilé par un invariable retour à la case départ...

Si on pouvait s'attendre à ce que l'attelage mis en place par l'accord sur le partage du pouvoir, signé le 6 novembre 2009, pour mettre tout le monde dans la danse de la sortie de crise, résisterait difficilement au temps, il est désolant de constater que l'on n'a pas accordé la moindre chance à ce compromis institutionnel. L'équilibre diplomatico-politique arraché de haute lutte par le pool de négociateurs et de médiateurs n'aura finalement pas permis de caresser Madagascar dans le sens de la paix, ainsi que je l'espérais ici même, dans mon éditorial du 8 novembre dernier. Le Premier ministre désigné par le consensus n'aura même pas pu poser ses valises à Antananarivo, et les autres ténors du dialogue politique malgache ne savent toujours pas s'ils pourront passer les fêtes de fin d'année dans leur pays.


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