L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: La France demande des garanties

Si la communauté internationale est en général réservée après l'annonce des élections législatives en mars 2010, la France a tout de suite pris position. Elle demande des garanties de transparence et d'équilibre.

La France ne condamnepas l'initiative de Andry Rajoelina, président de la transition. Elle réclamedes mesures d'accompagnement pour que les législatives annoncées pourle 20 mars soient crédibles.Les autres pays partenairestechniques et finan- ciers s'abstiennent encore de tout commentaire.

«La tenue d'élections rapides dès le mois de mars 2010 ne pourra contribuer à une solution durable que si leur organisation offre des garanties suffisantes de transparence, de contrôle par une commission électorale indépendante et la supervision par des observateurs internationaux», a fait savoir le communiqué du ministère des Affaires étrangères français hier. Celui-ci fait part du souhait du gouvernement français, «invitant l'ensemble desparties malgaches à reprendre le dialogue, afin de renouer avec le consensus indispensable à toute sortie de crise».

L'absence de condamnation de la part du premier partenaire financier de Madagascar pourrait être perçue commeune première victoire du camp Rajoelina. Jusqu'ici, la France, qui s'est toujours alignée sur la position de la communauté internationale, a toujours insisté sur le processusconsensuel et inclusif.

Contours flous

Le communiqué de son ministèredesAffaires étrangères ouvre la voie à une nouvellebase de discussions en faveur du gouvernement en place. De là à établir un lienentre la prise de position rapide de la France et le dernier voyage de Norbert Ratsirahonana, conseiller spécial de Andry Rajoelina, à Paris, il y a un pas à ne pas franchir.

Pour l'instant, les autres pays partenaires et techniques jouent la discrétion. Les quelques diplomates sur place interrogés s'abstiennent de tout commentaire sur l'initiative. Les chancelleries semblent vouloir attendre plus de détails sur le projet présidentiel avant de se positionner.

Les contours de l'initiative du camp Rajoelina de mettre la haute main sur la transition restent encore flous. L'on ne sait jusqu'à quel point le président de la transition compte renierses engagements pris à Maputo I et à Addis-Abeba. La question sepose, entre autres, concernant l'intention du gouvernement en place sur les accords sur l'amnistie des anciens présidents et de leurs compagnons de lutte.

Pour sa part, le gouvernement ne laisse pas passer l'ouverture de la France et le laps de temps de réflexion des autres pays partenaires pour tenter d'enfoncer le clou. Cécile Manorohanta, vice-Premier ministre chargée de l'Intérieur et Premier ministre par intérim, a précisé que le gouvernement ne ferme pas la porte à l'observation internationale des élections. «S'il le faut, nous ferons une demande dans ce sens», a-t-elle indiqué. Elle a également affirmé la volonté du régime de faire appel à la société civile pour prendre une place prépondérante au sein de la Commission électorale indépendante (CENI).

Du côté des trois autres mouvances, c'est encore le silencequi règne. Les quelques individus contactés, bloqués à Prétoria, ont évité des'exprimer, préférant peut-être attendre leur retour au pays pour prendre la mesure de la décision de Andry Rajoelina.

Encadré

Le gouvernement sur le pont

Le gouvernement tente de rassurer l'opinion. «Pour nous, les élections du mois de mars sont faisables. Nous nous y préparons depuis quelques temps», a affirmé Cécile Manorohanta, vice-Premier ministre chargée de l'Intérieur et Premier ministre par intérim, hier à Anosy. Elle est allée jusqu'à indiquer la disponibilité d'un budget à hauteur d'Ar. 25 à Ar. 30 milliards prévu dans la loi de finances pour organiser le scrutin.

Mais la non-utilisation des cartes d'identité nationale biométriques durant les législatives crée une fausse note dans l'organisation. Cécile Manorohanta a été formelle à ce sujet. «D'autres mesures seront prises pour assurer la transparence des élections», a-t-elle insisté. Or, l'idée du renforcement de la sincérité de vote a été évoquée lors du lancement du projet au mois d'octobre, en soulevant l'existence de 30 000 cartes d'identité nationale flottantes à Mahajanga.


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