La Presse (Tunis)

Tunisie: Rétrospective 2009 - Culture de la solidarité

Saïd BEN KRAIEM

24 Décembre 2009


La Tunisie a toujours oeuvré à l'amélioration des conditions de vie des catégories sociales les plus démunies. Loin d'être un acte d'assistance sociale, la solidarité dans notre pays s'est érigée en un comportement civilisationnel qui a vite atteint un niveau institutionnel.

Dans un pays qui compte près de six millions de donateurs, soit plus de la moitié de l'ensemble de la population, ce comportement spontané témoigne que la Tunisie solidaire n'est pas un slogan creux. Bien au contraire, il s'agit là d'un choix politique clair ayant pour fondement le principe de la solidarité intra et intergénérationnelle.

La visite historique du Président Ben Ali dans les zones d'ombre de Zouakra et Barrama dans la région de Siliana, le 4 décembre 1992, a été l'élément décisif et déclencheur de toute une culture de la solidarité. Quatre jours après, il décida la création du Fonds de solidarité nationale (FSN). Une date marquant le démarrage d'un mécanisme efficace ayant permis de métamorphoser des zones entières en les dotant des atouts d'une vie digne et d'une insertion effective dans l'oeuvre de développement du pays.

Dès 1992, d'une structure souple, opérationnelle mais aussi efficace, l'élan de solidarité a touché par le biais du FSN toutes les zones d'ombre. Bénéficiant d'un suivi minutieux de la part du Président de la République, ce fonds a aussitôt enrichi le système national de solidarité, notamment par la création d'autres structures telles que la Banque tunisienne de solidarité (BTS), et le Fonds national de l'emploi 21-21.

Des structures qui ont permis non seulement de lutter contre la pauvreté mais aussi d'impliquer davantage les démunis et les régions défavorisées dans le système productif en les dotant des moyens matériels et techniques appropriés. Ainsi il ne s'agit pas d'un simple acte d'assistance sociale mais plutôt de toute une approche ayant pour objectif de permettre aux démunis de devenir des éléments productifs et par conséquent invulnérables. La dimension sociale représente, donc, une constante essentielle de la politique initiée depuis le Changement. Une politique de développement global qui repose sur des constantes fondamentales, à savoir la corrélation entre les dimensions économique et sociale.

Optant pour un modèle de développement socioéconomique équilibré, la Tunisie a toujours misé sur le développement humain en tant que moteur, outil et finalité de l'oeuvre de développement global. La solidarité étant un axe fondamental de la politique sociale du fait qu'elle contribue à enraciner les nobles valeurs d'entraide et de cohésion entre les différentes catégories sociales et à éliminer tous les aléas de l'exclusion et de la marginalisation.

Près de six millions de donateurs

Les Tunisiens sont de plus en plus généreux. C'est en somme un constat tout à fait logique. Cette année, la générosité s'est illustrée à travers un nombre important de donateurs dont le nombre a augmenté de près de 11 % pour atteindre près de six millions.La solidarité nationale s'est donc renforcée davantage ce 8 décembre 2009, permettant au FSN de jouer pleinement son rôle en matière de création d'emplois et d'amélioration des conditions de vie des catégories démunies et des familles à faibles revenus.

Ainsi, plus de 73 mille familles ont bénéficié de l'électricité et 84.452 familles raccordées au réseau de l'eau potable. Ces deux projets ayant coûté respectivement plus de 147 millions de dinars (MD) et 110 MD.

Le FSN en a investi 4 millions 400 mille dinars mettant en place 136 écoles et 141 centres de santé de base moyennant une enveloppe de 6 millions 394 mille dinars .L'intervention du FSN en matière de logements sociaux s'est renforcée: 40.370 unités d'habitat ont été créées entre 1993 et 2009 ainsi que l'entretien de 29.191 logements avec des coûts avoisinant les 28 millions de dinars. Quant à l'infrastructure de base, notons que le FSN a déboursé plus de 233 MD avant d'aménager 4570 km de routes et pistes goudronnées.

Par ailleurs, l'intervention du FSN dans le développement des cités populaires, dans le cadre de projets présidentiels, ne peut pas passer inaperçue: un coût global de 75 millions de dinars. Cela sans oublier l' octroi de crédits dépassant les 3 millions de dinars au service de projets urbains et d'habitat tels que «Foprolos3», crédits destinés aux citoyens à faibles revenus (salaire mensuel compris entre 3 fois et 4 fois et demi le Smig).

En matière de création d'emplois dans les régions «isolées» du pays, il y a lieu de rappeler la création, en 1997, de la Banque tunisienne de solidarité (BTS) qui se charge d'inciter à la création de projets dans le secteur agricole, de la pêche et de l'artisanat. Le Fonds de solidarité nationale a validé, jusqu'au mois d'octobre 2009, 117.666 crédits avec un coût de 635.3 millions de dinars favorisant la création de 187 emplois avec une enveloppe de 7951 dinars.

Sans entrer dans les détails de chiffres, le FSN a "fait ses preuves" et a même incité certains pays à tirer profit de l'expérience réussie de la Tunisie en la matière. D'autres ont fait l'éloge de cette expérience pilote en matière de développement socioéconomique intégré.

Rayonnement international

Ainsi, cette approche pertinente et pionnière n'a cessé d'attirer l'attention de certains pays qui ont apporté une contribution au financement des programmes du Fonds : Belgique, Luxembourg, Italie, Chine et de Tchéquie. Ces contributions ont atteint environ 29 MD et ont été consacrées à la réalisation de certains programmes et projets de développement dans les zones d'intervention du Fonds.

Plusieurs institutions onusiennes concernées par le développement social, dont le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap), ont pris l'expérience tunisienne comme modèle en matière de développement social intégré, pour la région et l'ensemble des pays en développement.

La Tunisie a mis son expérience à la disposition de la communauté internationale et des pays et institutions désireux d'en tirer profit pour la création d'un mécanisme similaire au FSN et à la BTS.

C'est dans ce cadre que la République du Mali a mis en place le Fonds malien de solidarité et la Banque malienne de solidarité. L'expérience tunisienne a été mise à sa disposition dans le cadre d'une coopération triangulaire entre la Tunisie, le Mali et le Luxembourg. Le Sénégal, le Burkina Faso, le Congo Kinshasa et Djibouti ont également créé des Fonds de solidarité inspirés du Fonds 26-26. D'autres pays africains tels que la Côte d'Ivoire, le Bénin et la Guinée envisagent de s'inspirer de l'expérience tunisienne pour renforcer leurs actions en matière de lutte contre la pauvreté et de promotion des zones et des populations les plus démunies.

Le Fonds mondial de solidarité et de lutte contre la pauvreté

Forte d'une expérience avant-gardiste en matière de solidarité sociale, la Tunisie a oeuvré à enraciner les nobles valeurs de solidarité à l'échelle mondiale. C'est ainsi que le Président Ben Ali a pris l'initiative, le 25 août 1999, de lancer un appel à la communauté internationale pour la création d'un Fonds mondial de solidarité et de lutte contre la pauvreté, avec pour mission primordiale de réduire la pauvreté et le dénuement dans le monde et, en particulier, dans les régions les plus déshéritées. L'initiative tunisienne, initiative de l'espoir, a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée générale des Nations unies le 22 décembre 2002.

Soucieux d'impulser ce nouveau mécanisme onusien, le Président Ben Ali a annoncé, dans son discours du 10 décembre 2004, sa décision portant affectation, au profit du Fonds mondial de solidarité, de 10% des dons collectés à l'occasion de la Journée nationale de solidarité.

En 2006, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution proclamant le 20 décembre de chaque année, «Journée mondiale de la solidarité humaine».

Par ailleurs, le Président de la République a renouvelé, dans son discours à Rome le 16 novembre 2009 au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, son appel à l'intensification des efforts pour dynamiser le Fonds mondial de solidarité adopté par les Nations unies, en tant que mécanisme de lutte contre la pauvreté dans le monde et de réduction des écarts entre les peuples.

Ainsi l'approche tunisienne en matière de solidarité sociale dépasse les frontières nationales pour toucher tous ceux ayant besoin d'aide à l'échelle planétaire.

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