Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Manuscrits arabo-islamiques du Sénégal - Un patrimoine collectif mal connu et menacé de disparition

Les fonds d'archives du Sénégal en général et, en particulier, les manuscrits arabo-islamiques sont très mal protégés au Sénégal. Si rien n'est fait, ces fonds d'archives vont mourir de leur belle mort avec leurs secrets.

L'état des lieux de la situation des fonds d'archives au Sénégal de façon globale et particulière n'est pas très reluisant. Pourtant, dans ce domaine, le Sénégal dispose d'avantages certains à cause du passé colonial de la France qui avait fait de notre pays la capitale de l'Aof, des nombreux foyers religieux fondés par d'illustres oulémas dans tout le territoire et l'ancrage depuis des siècles de la culture islamique.

Autant de séquences de la vie du Sénégal durant lesquelles des quantités importantes d'archives ont été produites par les anciens, mais dont la grande majorité a disparu. Celles qui ont été conservées par les pouvoirs publics dans certaines conditions, se détériorent à petit feu. Tout comme les archives privées, notamment les manuscrits arabo-islamiques. Il s'agit de ceux relatifs à l'Islam ou traités par une personne de confession musulmane.

Demba Tew, bibliothécaire à l'Institut islamique de Dakar, qui animait samedi une conférence sur le thème : 'Le rôle des archives dans la vie d'une nation', a déploré que 'certains de ces manuscrits arabo-islamiques qui faisaient la gloire de leurs auteurs, sont aujourd'hui disparus à jamais du fait de la politique coloniale qui était hostile à l'Islam avec des bibliothèques entières brûlées et d'une absence de collecte de ces manuscrits appartenant à des privés qui les ont confinés dans des coins où ils sont livrés aux agents destructeurs'.

Face à cet état de fait regrettable, le bibliothécaire de l'Institut islamique s'est félicité tout de même des efforts menés par l'Ifan de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar qui dispose d'un fonds important de manuscrits arabo-islamiques regroupant les plus grands érudits de l'espace sénégambien.

Auparavant, le directeur des Archives nationales du Sénégal, le Dr Babacar Ndiaye, a lancé une vibrante invite aux autorités à prendre conscience de l'importance des archives pour la vie d'une nation. A ce sujet, il a déploré le fait que certains hauts fonctionnaires partent souvent à la retraite avec des documents d'archives dont on aura besoin demain. Car, pour M. Ndiaye, les archives sont un patrimoine commun à protéger.

'Les archives constituent les éléments reconnus indispensables à l'identité nationale. Elles sont la mémoire des peuples et un peuple sans archives est amnésique', soutient-il. Un avis largement partagé par le ministre-conseiller de l'ambassade du Maroc au Sénégal, Ben Rihani. 'Les archives sont importantes pour la vie d'une nation. Car s'il n'y a pas d'archives, il n'y a pas de traces de l'existence de l'Etat', indique le diplomate marocain.

Tous les intervenants sont revenus sur l'importance des archives en dépit du fait qu'elles sont mal connues par la grande majorité des citoyens.


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