3 - Esprit et culture de la renaissance africaine
Le texte dont nous vous proposons la deuxième partie porte la signature du Pr Abdoulaye Niang de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis. A cause d'une malencontreuse erreur, la signature a sauté dans la première partie publiée dans notre édition d'hier.
La formation d'une culture de la renaissance africaine, capable de porter et de vivifier l'esprit de la renaissance et de faire traduire celui-ci en des comportements conséquents de tous les jours, chez tout citoyen africain, devient une nécessité absolue, à l'échelle de toute l'Afrique. Et c'est ici où la formation d'une culture de la renaissance africaine rencontre la politique et doit se traduire dans une politique culturelle de la renaissance, qui transparaîtrait dans toutes les politiques gouvernementales sectorielles de tout pays africain, car si, pour paraphraser Léopold S. Senghor, la « culture est au début et la fin de tout », elle doit alors en conséquence être omniprésente dans ce qui constitue l'essentialité de son esprit dans tous les domaines de la vie, aussi longtemps que les peuples y adhèrent et sous réserve qu'elle soit au service du progrès : culture de la confiance en soi qui favorise l'engagement et la détermination ; culture de la discipline et du travail qui constitue la base première de tout progrès durable ; culture de la transparence et de la bonne gouvernance, sans laquelle l'Afrique perd sa crédibilité sur la scène internationale et fera peiner pendant longtemps ses peuples avant d'arriver au développement ; culture de la croyance en la science et de l'esprit scientifique, sans laquelle l'Afrique ne comblera jamais le gap scientifique et technologique qui la sépare de l'Occident et des pays émergents, lesquels sont dans le peloton de tête des pays les plus respectés ; culture de la créativité et de l'entrepreneuriat qui est susceptible de libérer les imaginations innovatrices et créatrices, de mobiliser les initiatives constructives et d'accélérer la course de l'Afrique vers le progrès, etc.
Toutes ces dimensions de la culture de la renaissance africaine doivent être reprises et reformulées dans des orientations stratégiques, dans le programme d'action politique de l'Union africaine, afin qu'elles deviennent des orientations d'espérance et d'aspiration des peuples africains.
Mais cette culture de la renaissance, qui est la culture du progrès, du travail, de la discipline, de l'espérance, etc., qui la crée ? Les peuples peuvent contribuer à sa création, tout comme leurs dirigeants, car toute culture est de sources diverses dans la formation de ses éléments constitutifs.
En particulier, si les peuples peuvent être en avance sur leurs dirigeants, surtout du point de vue de la réclamation et de la conquête de droits humains fondamentaux, de l'exigence de la transparence et de la Bonne gouvernance dans la gestion des affaires de l'Etat, ou encore de l'inventivité de solutions pratiques par rapport à des problèmes récurrents liés à leur vie, etc., par contre, c'est le plus souvent les dirigeants qui se révèlent être, par leurs pensées anticipatrices et prospectives, leurs visions futuristes et mobilisatrices, leurs grandes ambitions pour leur peuple, leurs réalisations qui peuvent défier le temps, etc., en avance sur leur peuple pour toutes les grandes oeuvres d'intérêt historique et ou universel.
Les peuples sont plus souvent dans le présent que dans l'avenir, tandis que les dirigeants sont par contre plus souvent dans le futur que dans le présent. Ce hiatus, qui peut être source de tensions, voire de conflits entre les peuples et leurs dirigeants, peut être levé dans l'intérêt du progrès des peuples et du développement de leur pays, si les peuples et leurs dirigeants partagent la même logique idéologique quant à leur vision sur l'histoire et sont en situation de synergie d'actions de façon durale, ou encore quand il y a une confusion en un moment donné entre la demande sur le présent incarnée par les peuples et celle sur le futur incarné par les dirigeants, ce qui permet de combiner dans une même réalisation utilité et grandeur, ou quand tout simplement les dirigeants ont su, fort des pouvoirs légaux dont ils disposent dans l'appareil d'Etat, ce qui donne à leurs actions une certaine légitimité institutionnelle, faire arrêter des décisions ambitieuses sur l'histoire. Quel que soit le schéma retenu, ce que « l'imaginaire de l'histoire » retiendra et magnifiera toujours véritablement à travers les oeuvres réalisées, c'est la grandeur et la brillance culturelle ou civilisationnelle du peuple témoin de leurs réalisations et sans les sacrifices, l'ingéniosité et le courage desquels rien d'aussi grand n'aurait pu être possible.
La tour Eiffel de Paris, les pyramides d'Egypte, la Grande Muraille de Chine, la statue de la Liberté de New York, ou encore le Tunnel sous la Manche, le Canal de Suez, etc., qui font la fierté des peuples de maintenant des pays concernés et émerveillent une multitude de peuples du monde ne font-ils pas oublier par leur poids culturel, social, économique, etc., actuel et toute la symbolique nouvelle qui en résulte, tous les polémiques, controverses soulevés, ou préjudices causés supposément au moment de leur construction ?
Les grandes oeuvres parlent et entretiennent toujours un dialogue symbolique avec les peuples témoins de leur construction, ainsi qu'avec les peuples à venir. Ce dialogue, qui est évolutif, peut changer de teneur ; mais mieux encore, les oeuvres, grâce à la valeur symbolique dont elles sont chargées, peuvent être « culturellement actives » et influencer de façon durable le psychisme et la conscience des peuples dans des directions dès fois inattendues.
Ainsi, il faut le dire, même si c'est la culture (combinée à d'autres facteurs) qui produit le ou les profils d'homme dominants d'un peuple, en retour celui-ci peut, par l'entremise de certains de ses représentants, être créateur de valeurs, symboles, etc., nouveaux (incarnées dans des oeuvres nouvelles) qui peuvent être à la source d'une culture émergente, nouvelle et en conséquence d'un type d'homme nouveau, dont ils vont inspirer l'action, guider la conduite. La culture crée l'homme certes, mais c'est l'homme producteur de valeurs et de symboles nouveaux qui fait évoluer la culture, pour la rendre apte à porter un nouveau type d'homme.
A suivre
Pr Abdoulaye Niang de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis.

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