Cameroun: Dizangue - Voyage dans l'univers du palmier à huile

Tour d'horizon au Centre spécialisé de recherche sur le palmier à huile de la Dibamba.

Mussole II. Cette inscription écrite sur une grande plaque, à une trentaine de kilomètres de la ville de Douala, est la porte d'entrée qui mène au Centre spécialisé de recherche sur le palmier à huile de la Dibamba (Cerepah). Pour y accéder, le voyageur doit emprunter une route non bitumée, mais aisément praticable. Laquelle est cernée de part et d'autre par des palmiers dont les feuilles sont recouvertes d'une teinte ocre, couleur de la terre qui recouvre cette voie carrossable. Les rayons du soleil en cette fin de matinée du jeudi 17 décembre se confondent presque avec le feuillage, donnant une couleur orangée à la végétation. Le passage d'un véhicule soulève la poussière. Ce qui nous oblige à garder les vitres du véhicule fermées. Parfois, un écran de nuage devant le pare-brise, vient quelque peu atténuer la visibilité, contraignant le conducteur à s'imposer une halte avant de reprendre la route.

Sept cent mètres plus loin apparaît un pressoir. Ce pressoir, installé ici depuis huit mois, appartient à Arnauld Nkwessi. «C'est un pressoir à machine motorisée qui a une capacité de cinq tonnes et demi.

Ce qui donne environ 55 bidons d'huile d'une valeur de plus de 500.000 Fcfa», soutient le propriétaire. «Je viens acheter l'huile ici pour aller la revendre en détail à Douala», confie une commerçante rencontrée sur le site. Un bidon d'huile rouge de 23l est vendu à 9.000, voire 10.500 Fcfa, le prix variant en fonction du client. Cette dernière revend le même bidon acheté à 12.000 Fcfa. «Il faut amortir les frais de déplacement», justifie-t-elle

Pendant le trajet jusqu'au Cerepah, une habitation se dessine devant nos yeux de temps à autre. Le fumet des noix qu'on fait bouillir dans un grand fût sur un feu de bois vient titiller nos narines. Un peu plus loin, l'on aperçoit un hangar, sorte de débit de boisson où l'on consomme uniquement du «matango» ! Dans ce village de Mbongo, localité rattachée à la commune de Dizangue dans le département de la Sanaga-Maritime, le vin blanc, familièrement appelée «matango» est la boisson la plus prisée par les populations. C'est que, le village est implanté au coeur des palmeraies d'où est extraite cette boisson. Des palmeraies qui, indique le maire de Dizangue Samuel Bikoe, est «une identité remarquable pour la Sanaga-Maritime en général et Dizangue en particulier». Identité par laquelle se définissent donc les villageois.

Palmiers-décès

Près d'une demi-heure de route et plusieurs kilomètres parcourus dans une ambiance bon enfant, nous sommes obligés de marquer un arrêt. «Stop ! Arrêt obligatoire !», peut-on lire sur un panneau placé devant un grand portail gardé par deux vigiles, un homme et une femme. Ils sont identifiables par leur uniforme. Après vérification, le portail s'ouvre et nous pouvons poursuivre notre route. Avant de marquer un bref arrêt le temps pour le conducteur de manoeuvrer pour contourner un camion citerne en panne au milieu de la route. Le paysage est identique : mêmes feuilles recouvertes de la teinte ocre, même soleil dardant ses rayons sur nous. Mais, alors que le véhicule s'apprête à gravir une colline, un spectacle s'offre à nous : des milliers de palmiers à huile à perte de vue, d'un vert éclatant, les palmes ondoyant sous le léger souffle de vent qui de temps en temps rafraîchissent l'atmosphère. Après des virages à gauche, puis à droite, nous arrivons (enfin !) à l'entrée du Cerepah. Il nous aura fallu pratiquement plus d'une heure de trajet. Il faut encore longer l'allée qui mène au centre proprement dit. Comme une haie d'honneur, des palmeraies, ceinturant cette allée, souhaitent la bienvenue aux voyageurs entran.

Certains palmiers se distinguent par leur tige mince et leur grande taille ; d'autres, par l'épaisseur de leur tige et leur courte taille. Mais, une chose commune les unit : ils ont perdu leur éclat. «Ce sont des palmiers-décès», nous expliquera, une fois au Centre, Jean Elocka, ensacheur. Voilà douze ans que ce dernier travaille au Cerepah. Son métier, de même que les différentes activités menées au centre, il les connaît comme sa poche. C'est avec enthousiasme qu'il nous fait comprendre que ces «palmiers-décès» jouent un rôle central dans la production des semences sélectionnées, spécialité du Cerepah. C'est que, explique-t-il, ces palmiers morts sont en réalité des «géniteurs». «Les géniteurs mâles sont appelés 'pisifera' et les femelles, 'dura'», précise M. Elocka. Le «pisifiera» n'a pas de coque tandis que le «dura» a une coque épaisse et une pulpe mince.

C'est le croisement de ces deux variétés qui donne le «tenera», la variété commerciale de palmier à huile sélectionnée produite par le Cerepah.

Depuis 2006, affirme le chef de centre du Cerepah, la structure qu'il dirige a mis sur pied un projet de recherche sur l'étude de l'activité de la «lipasse» du fruit de palme. Un projet qualifié de «novateur» et d'«unique dans le monde» par le Dr Paul Koona. Le but, ajoute-t-il, est de «mettre sur le marché local, des variétés de 'tenera' à faible activité lipasse». Ce qui permettrait ainsi de «réduire la fréquence des récoltes dans les palmeraies, contribuant à améliorer significativement la rentabilité économique du palmier à huile au Cameroun». A écouter les explications du Dr Georges Ngando Ebongue sur la chaîne de production des graines germées de palmier à huile, on comprend immédiatement qu'il s'agit d'un processus des plus complexes.

Pépinière

Selon le chef de la section amélioration génétique, tout commence par le suivi journalier des géniteurs. Celui-ci se fait en quatre étapes : le repérage des jeunes inflorescences (c'est-à-dire les fruits) mâles et femelles ; l'isolement desdites inflorescences, visites quotidiennes des jeunes inflorescences isolées et enfin, la récolte des inflorescences mâles en anthèse, «c'est-à-dire arrivées à maturité», explique le scientifique. Après cette première étape, on procède à la récolte du pollen et au conditionnement. Ensuite, intervient la fertilisation des inflorescences femelles mâtures. Cinq à six mois plus tard, c'est la récolte du régime arrivé à maturité. La prochaine étape consiste à traiter le régime jusqu'à l'obtention de la graine. «Les fruits sont lavés, nettoyés, fermentés. On les fait pourrir», renchérit Jean Elocka. Une odeur nauséabonde vous agresse d'ailleurs les narines quand vous entrez dans la salle de pourrissement.

Après cette étape, les fruits sont retirés de la salle de pourrissement et lavés. Les graines sont par la suite stockées 3 à 12 mois dans la salle de stockage. Avant d'être envoyées après au «germoir». La germination de la graine dure 3,5 à 4 mois, explique le Dr Ngando Ebongue. Une fois germée, les graines peuvent d'ores et déjà être commercialisées «pour être piquées en pépinière», déclare Jean Elocka. Déjà faut-il savoir reconnaître une pépinière d'une pré-pépinière. «Une pré-pépinière comporte 4 à 5 feuilles dans de petits plastiques alors que la pépinière on met les plants dans de grands plastiques noirs le plus souvent. Ces plantules sont destinés à être transplantés», indique M. Elocka. Il ajoute qu'actuellement, le Cerepah expérimente une pépinière en collaboration avec des experts colombiens et indonésiens. Laquelle sera prête à être plantée d'ici 4 mois.

Une autre pépinière, industrielle celle-là, occupe une partie du terrain. Un vaste parc de plus de 8.000 arbres qui permettent au Cerepah de produire plus de quatre types de semences améliorées. Mais sur ce terrain d'une superficie de 767 ha, on apprend du chef de centre que seul 412 ha sont jusqu'ici utilisés depuis la création du Centre spécialisé de recherche sur le palmier à huile de la Dibamba. A sa naissance, renseigne le Dr Paul Koona, le Cerepah était connu sous l'appellation de la Station spécialisée de la Dibamba. Ce n'est que le 21 février 2005 qu'intervient le changement de dénomination, suite au conseil d'administration de l'Institut de recherche agricole pour le développement (Irad) dont le Cerepah est une structure décentralisée.

M. Surre

C'est sous l'impulsion de M. Surre de l'Institut français de recherche sur les huiles et les oléagineux (Irho) que naît le Cerepah sous son appellation originelle. M. Surre va, à la faveur d'une concession de terrain, quitter Nkoemvone pour venir s'installer sur les rives de la Dibamba. D'après le chef de centre - le 14ème à tenir les rênes de cette structure de production de palmier à huile depuis sa création - «des démarches sont en cours au cadastre et aux Domaines de la Sanaga-Maritime pour vérifier l'effectivité du titre foncier ou à défaut, d'entamer la procédure d'établissement». Lors de sa création, la Station spécialisée de la Dibamba hébergeait le Programme national de recherche sur le palmier à huile (Pnrph). Depuis le 17 décembre dernier, le Cerepah héberge le Programme national de production de semences de palmiers à huile sélectionnées, financé par le gouvernement camerounais à hauteur de 3.920.000.000 Fcfa.

Le lancement officiel dudit programme a été effectué ce jour-là par le ministre de la Recherche scientifique et de l'innovation (Minresi) Madeleine Tchuinté. Selon le ministre, ce projet vise à produire 15 millions de palmiers à huile en cinq ans, en facilitant notamment la plantation de 75.000 ha de palmeraies à haut rendement. Ce qui permettra de relever substantiellement la production des semences du Cerepah, qui produit 2 millions de graines par an. Des graines qui seront dorénavant vendues à des prix subventionnés aux villageois, mais davantage à la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) dont le Cerepah se réclame être le géniteur. En effet, en 1969, la Station spécialisée de la Dibamba a mis en place et géré les 600 premiers hectares de palmeraies à Mbongo, de ce qui s'appelait alors Société des palmeraies de Mbongo et Eseka (Sopame), devenue aujourd'hui Socapalm. C'est dire qu'au Cerepah, on chéri très fort ce patrimoine.

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