Wal Fadjri (Dakar)

Rwanda: Assassinat de l'ancien Président Juvénal Habyarimana - Le rapport rwandais charge les extrémistes hutus

Le rapport du Rwanda sur l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien président Juvénal Habyarimana, en 1994, accuse les extrémistes hutus. Des révélations émanant d'une enquête initiée par le pouvoir rwandais et qui semble épargner le Front patriotique rwnadais (Fpr) de l'actuel président Paul Kagamé.

Contrairement à la position du juge Bruguière, le rapport du Rwanda sur l'assassinat de l'ancien président épargne les proches du président Paul Kagamé. Le juge français, chargé d'enquêter sur ce dossier, avait décelé l'implication de quelques proches de l'actuel président rwandais dont l'ancien chef de protocole Rose Kabuye. Mais comme pour apporter une réplique à ses allégations, le pouvoir rwandais initia depuis deux ans sa propre enquête.

C'est le rapport Mutsinzi, publié hier, ayant effectué des auditions sur 557 personnes avec le concours de sept enquêteurs. En effet, c'est le conseil du gouvernement du 16 décembre dernier qui a décidé de sa publication afin que 'la vérité puisse être connue des Rwandais'. 'Au lieu d'enquêter, ils accusent', se défendait le régime de Kigali faisant allusion au rapport du juge Bruguière qui a entièrement mouillé le staff de Kagamé dans l'attentat ; celui-ci avait visé le Falcon 50 du président Habyarimana le 6 avril 1994. Un incident qui déclencha la guerre civile dans ce pays avec près d'un million de morts. Mais le rapport rwandais, piloté par Jean Mutsinzi, a la particularité de dédouaner le Front patriotique rwnadais (Fpr), parti au pouvoir dirigé par Paul Kagamé.

En effet, le rapport Mutsinzi avance que ce sont des radicaux des Forces armées rwandaises (Far) qui sont à l'origine de cet attentat. Il s'appuie sur le fait que le missile venait de la zone du domaine militaire de Kanombe ; une zone qui n'était pas accessible à l'époque au Fpr. Ce que pourtant n'exclut pas le rapport Bruguière, puisque l'un des leaders des Far, Theonestre Bagosora, qui a été jugé par le Tribunal pénal international sur le Rwanda (Tpir), purge en ce moment une peine à perpétuité.Mais toujours est-il que l'implication des éléments du Fpr de Paul Kagamé avait été démontrée par le juge français. Ce que les autorités de Kigali n'ont jamais su accepter. 'Les extrémistes hutus ont voulu couper court à l'ouverture politique affichée à l'époque par le président Habyarimana à l'endroit du Fpr, car ne voulant pas partager la scène politique avec Paul Kagamé', fait remarquer le rapport, justifiant ainsi le mobile des auteurs de l'attentat. Reste encore à savoir la crédibilité que ce rapport aura au niveau de la communauté internationale. Car beaucoup d'observateurs pensent que le régime rwandais a voulu utiliser une parade pour être lavé de toute implication dans cet assassinat. 'Ce n'est pas au Fpr de prouver sa culpabilité ou son innocence, car on ne peut pas être juge et partie', avertissait déjà le juge Bruguière au lendemain du lancement de cette enquête.

Il faut dire que le rapport Mutsinzi peut être utilisé comme un exutoire permettant de tourner la page sombre dans les relations entre le Rwanda et la France. Et pour cause, aujourd'hui, après plusieurs années de brouille diplomatique entre ces deux pays, l'heure est à la décrispation et au dépassement. Et le contexte choisi pour sa publication coïncidant avec le déplacement de Bernard Kouchner au Rwanda n'est pas fortuit. Car si la charge de leur responsabilité dans la guerre civile de 1994 s'avère très lourde pour les autorités françaises, il en est de même pour les soupçons qui pèsent sur le régime de Kigali. Mais une chose est sûre, la machine judiciaire internationale, symbolisée par le Tpir continuera de fonctionner. Cela, afin de traquer tous les responsables de massacres ou d'attentat durant les périodes sombres au Rwanda.


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