Campus 1 de l'université de Douala. Entrée principale. Ce mercredi 6 janvier 2009. Des étudiants vont et viennent.
Les uns assis à l'ombre, révisent tandis que d'autres, les moins nombreux, scrutent studieusement le babillard. Henri, étudiant à la Faculté des lettres et son camarade André sont plongés dans une interminable et houleuse discussion au sujet du message du chef de l'Etat Paul Biya à la nation camerounaise le 31 décembre 2009. Visiblement, ces deux étudiants apprécient différemment la prime annuelle globale de trois milliards de Fcfa que le chef de l'Etat a décide d'accorder à compter du 1er janvier 2010 aux meilleurs étudiants des universités camerounaises, « afin d'améliorer la qualité du capital humain et relever avec plus d'efficacité les défis du futur ». « On s'attendait à mieux que cela. Je trouve que c'est du bluff.
Si on veut changer les choses, qu'on remette les bourses comme avant, même si elles doivent passer de 50.000 à 5.000 Fcfa, cela va tout au moins témoigner de la volonté politique des pouvoirs publics de vouloir changer les choses. De nos jours, il n' y a plus que L'ENAM qui accorde encore des bourses. Pourquoi pas dans les autres universités que compte le pays ? Qu'on trouve des solutions aux problèmes des étudiants ou qu'on supprime les droits universitaires. Ce que le chef de l'Etat vient de faire prouve une fois encore qu'il y a beaucoup d'argent dans les caisses qui ne sert à rien. Qu'on cesse de se moquer des étudiants en parlant de prime annuelle globale. Si l'Etat a tant d'argent, qu'il renforce au moins les budgets des universités » argumente Henri.
La lecture que fait André est tout à fait différente. « Ce que vient de faire le chef de l'Etat est une marque d'estime pour les étudiants camerounais et singulièrement les plus méritants. Il est tout au moins conscient qu'il doit venir en aide aux étudiants et en retour, c'est pour stimuler ceux qui sont entrain de traîner le pied tout en les invitant à plus d'ardeur au travail. Mais il reste qu'il y aura un grand travail à faire au niveau des scolarités qui devront travailler en toute immatérialité pour communiquer à temps les noms des meilleurs des 7 universités du pays qui auront droit au chapitre. Chacun y va de son commentaire mais il faut avoir le courage de saluer à sa juste valeur le geste de fin d'année du président de la République qui invite tout le monde à se mettre au travail » pense t-il non sans regretter le fait « qu'on n'ait pas pensé déjà à limiter l'accès et à définir les critères qui y donnent droit ».
Et les enseignants aussi...
Les débats sur « cette magnanimité de Paul Biya » vont bon train. Les enseignants n'en sont pas épargnés et ont également leurs avis là dessus. Chacun allant de sa verve et de ses arguments pour apprécier et saluer ou pour relativiser cette décision du chef de l'Etat. Au service de la communication de l'université de Douala, parlant sous le couvert de l'anonymat, un haut responsable soutient que « 45 % de la population estudiantine étant des familles démunies, si le chef de l'Etat en vient à accorder 10 ou 15.000 Fcfa à chaque étudiant méritant, c'est une bonne chose. Il faut saluer cette volonté du premier Camerounais de faire de nos universités un lieu d'excellence. Il ne faut pas perdre de vue qu'avant cette manne du chef de l'Etat, le recteur Bruno Bekolo avait anticipé en accordant des aides aux étudiants en cycle doctoral afin qu'ils puissent finaliser leurs différents travaux. Maintenant qu'une prime annuelle globale de près de trois milliards de Fcfa a été accordée aux meilleurs étudiants de toutes les universités du pays, il reste que tout dépend à présent des clés de répartition en fonction des universités ».
Sons de cloche différents pour un agent de la Direction du centre des à "uvres universitaires. « L'Etat a trompé les jeunes dans ce pays. Trois milliards, c'est rien. L'Etat est capable d'octroyer dix fois plus. Il faut par tous les moyens que l'on remette la bourse. C'est ce que veulent les étudiants camerounais. Ces trois milliards ne sont pas une solution aux problèmes des étudiants. Le niveau de l'enveloppe est très insignifiant pour résoudre les problèmes de nos universités. Il ne faut pas se le cacher, le président Paul Biya est pratiquement en campagne pour la prochaine élection présidentielle. Dans un contexte où la triche, la fuite des épreuves et l'attribution fantaisiste des notes sont la règle, il ne faut pas s'attendre à grand-chose. Est-ce que ces trois milliards sont des solutions pour les problèmes de nos étudiants ? » s'interroge l'agent.
Que dire enfin de compte ! Sinon que dans l'ensemble, force est de constater que les trois milliards du chef de l'Etat divise manifestement la communauté estudiantine. Surtout ceux des 70 filières professionnelles de l'université de Douala qui devront parfois débourser entre 200.000 et 300.000 Fcfa selon les spécialistés et les facultés et qui, comme les quelques 200.000 étudiants que compte les 7 universités du triangle national, continuent de se creuser les méninges sur le comment sera répartie la bourse ; tout en envisageant la réduction ou mieux encore la suppression des droits universitaires en lieu et place de « la fameuse prime présidentielle ».

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