Devant la croissance exponentielle des étudiants qui frappent chaque année aux portes des universités, il se pose un réel problème d'infrastructures, notamment en termes de capacité d'accueil.
Selon les normes de l'Organisation des nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO),«deux places pour deux à trois étudiants sont conseillées » pour un bon suivi des étudiants. Ce qui est loin d'être le cas de plusieurs universités d'Etat du Cameroun. Publiées par la revue Equinoxe 2009, produite par l'Ambassade de France, les 7 Universités d'Etat comptent quelque 150 000 étudiants pour environ 48 000 places et 2200 personnels enseignants. Ce qui donne un ratio d'un enseignant pour 63 étudiants (il était encore de 1 pour 36 étudiants en 2003-2004).
A Douala, les responsables de la Direction des infrastructures, de la planification et du développement (DIPD) affirment que «Nous ne sommes pas très loin des normes fixées par l'UNESCO. Nous avons une place pour trois et demi ou quatre étudiants. Mais des efforts sont entrain d'être effectués par le recteur pour atteindre les normes requises ». Avec quarante cinq mille (45.000) étudiants inscrits pour cette année académique 2009-2010 et une capacité de quinze mille (15.000) places disponibles, l'Université de Douala se retrouve éparpillée dans quatre sites.
Le campus I (ESSEC à la Cité SIC de Bassa) avec les décanats, les infrastructures sportives construites à la faveur des Jeux universitaires, et les enseignements de la quasi-totalité des filières en dehors de celles des Instituts des Beaux arts et des Sciences halieutiques, le campus II (Enset à Ndogbong), le campus III (Akwa au boulevard de la Liberté) qui abrite les écoles doctorales, et le campus IV à Ndokoti où se déroulent les cours de toutes les autres Facultés n'ayant pas accès au campus I. Sans oublier l'école publique de Deido qui abrite les travaux dirigés et pratiques. «Dans ce sens les problèmes sont perceptibles, concède un responsable du service de la Communication. Ici à Douala, il y a onze établissements et c'est difficile de tout gérer vu nos infrastructures d'accueil. Tout cela ne sera plus qu'un simple souvenir lorsque nous aurons enfin un site unique pouvant accueillir étudiants et infrastructures»
Bâtie sur le site de l'Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) et de l'Ecole normale supérieure de l'enseignement technique (ENSET), l'université de Douala n'a pas de campus propre. C'est pourquoi le recteur de ce «Temple du savoir» a entrepris des démarches pour l'acquisition de 200 hectares de terrain à Mankoulang dans l'arrondissement de Dibombari-département du Moungo. Dans la même foulée, l'université de Douala aurait acquis 100 hectares à Logbessou-Douala. Selon le service de la Communication, «les financements sont là, les travaux ont déjà commencé et je puis vous rassurer que d'ici 2011, les Facultés de Génie industriel et celle de médecine et des sciences bio médicales seront opérationnelles à Logbessou»
Mais d'après certains cadres de l'université de Douala qui ont requis l'anonymat, «c'est de la poudre aux yeux. Comment le recteur qui est un grand gestionnaire peut-il courir derrière deux à trois lièvres en même temps. Lui seul, il veut que l'université aille à Dibombari, et qu'elle soit également logée à Logbessou. En même temps, il installe l'Institut des beaux arts à l'Enieg de Nkongsamba et l'Institut des sciences halieutiques au lycée insuffisamment exploité de Yabassi. » Une situation, qui selon eux engloutit des sommes. «Des millions ont été dépensés à Logbessou et à Dibombari pour rien. Il y a encore du terrain exploitable à Ndogbong. Que se cache-t-il derrière ces acquisitions à coup de millions si ce n'est une volonté manifeste de distraction maquillée de fonds ?»
Gestion critiquée des ressources
Parlant des «erreurs de gestion» des recteurs des universités d'Etat, on cite le cas des dépenses fictives et fantaisistes. A l'université de Douala, le constat est alarmant au vu des accusations. «Je ne peux comprendre comment, dit un agent d'appui, on achète des voitures neuves à des directeurs des services centraux qui ont déjà plus de deux voitures dans leurs parkings et qui ne leur servent à rien. C'est du gaspillage. Ils s'enferment pendant des heures une à deux fois par semaine dans des réunions pour élaborer des stratégies pour soustraire un peu d'argent des caisses. A chaque réunion, il y a des jetons de présence.»
Pour plusieurs agents, la prime d'excellence annoncée par le chef de l'Etat ne servira à rien, si la gestion financière elle-même n'est pas assainie. La manne de trois milliards ne servira à rien puisqu'elle finira dans les poches des recteurs ou de leurs protégés. Il faut plutôt penser à renforcer les capacités de fonctionnement des universités et payer les dettes internes. Ça prouve que le gouvernement a de l'argent à jeter par les fenêtres», prétend un employé.
Même les prestataires de services se montrent dubitatifs. Le témoignage de Paulin Kamga, livreur des produits de première nécessité au restaurant universitaire : «J'ai plusieurs millions qui sont enterrés ici et j'attends depuis qu'on me les paye. J'ai engagé toutes les procédures, en vain. Je croyais que j'étais le seul mais beaucoup d'autres prestataires se sont également plaints. Pour être rapidement payé, il faut appartenir à leur réseau. J'ai décidé d'arrêter en attendant d'être payé. Où va l'argent que les étudiants cotisent ? Où vont les subventions de l'Etat ?»
A coté de cette grogne des prestataires se greffe celle des personnels d'appui payés au billettage. «Nous avons constamment des arriérés de salaire alors que notre argent est disponible. Ceux qui ont la charge de nous payer font de la spéculation et de l'usure au quartier avec notre argent. Nos collègues dont les salaires sont virés à la banque parce qu'ils gagnent plus de cent mille n'ont pas les mêmes problèmes que nous». Ces accusations sont rejetées en bloc par les responsables. «C'est archi faux. Il y a des rares moments où les salaires connaissent un léger retard mais ils finissent toujours par être payés. Les retards de salaire ne sont pas une invention de l'université de Douala qui n'est pas responsable à ce niveau. Si l'argent n'arrive pas à temps de Yaoundé, que pouvons-nous faire? L'université de Douala (comme les autres, ndlr) vit des droits universitaires et des subventions de l'Etat. Il y a aussi l'apport des filières professionnelles (autour de 70, ndlr). C'est tout ceci qui concourt à donner des meilleures conditions de travail aux étudiants et enseignants. Le Pr Bruno Békolo Ebé y attache du prix», explique un membre du cabinet du recteur et que dire de l'avancement en grade des enseignants ? «Il faut seulement manifester pour avancer. Les critères académiques sont bafoués par des lobbies obscurs, se plaint un moniteur. Vous n'avez qu'à juger par vous-mêmes. Ce n'est pas seulement à Douala qui est la face visible de toutes les universités du Cameroun»
Ainsi se présentent aujourd'hui les problèmes des universités d'Etat, dix sept ans après la réforme. Des problèmes autrement plus urgents que l'octroi d'une prime aux étudiants les plus méritants ( ?)

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