Dix femmes sur 100 utilisent une méthode contraceptive au Sénégal. A Pikine, elles ne sont que 5 pour 100 femmes. Un léger mieux est noté à Joal et Mbour avec 6,3% et 8%. Pourtant, d'importantes activités de sensibilisation sont menées dans le cadre de la promotion de la Planification familiale. Des problèmes d'adhérence à l'omniprésence des rumeurs, plusieurs raisons sont invoquées.
« Faire une causerie sur la Planification familiale ne veut pas dire convaincre une femme ! », s'exclame Diambogne Ndour Sène, coordinatrice des activités de Santé de la reproduction (Sr) dans le District sanitaire de Joal. Khadidiatou Gadio, du centre de Santé Dominique de Pikine de renchérir : « malgré la formation des relais chargés de sensibiliser sur la Planification familiale, il y a des problèmes, parce que l'utilisation des méthodes contraceptives est faible. Il faut donc agir ! ».
Selon elles, si le nombre de femmes qui utilisent une méthode moderne de contraception n'est pas important au Sénégal, les raisons sont à rechercher dans les stratégies mises en place pour sensibiliser les femmes. En effet, la prévalence contraceptive, au niveau national, n'est que 10%. Cela veut dire qu'une femme sur 10 pratique la Planification familiale.
A Thiadiaye (département de Mbour, région de Thiès), selon les données recueillies sur l'ensemble du District sanitaire, le taux est de 3% contre 6.3% et 8% à Joal et Mbour et 5.2% à Pikine. La coordonnatrice Sr de Joal évoque des problèmes d'adhérence pour justifier le faible taux de prévalence contraceptive au Sénégal. « Beaucoup de femmes viennent découvrir et ne reviennent pas ». A partir de cet instant, elle met en exergue les rumeurs qui constituent un véritable frein. D'ailleurs, « elles sont surtout véhiculées par les femmes qui ne font pas la Planification familiale », s'indigne Tapa Ndiaye, coordinatrice Sr du District sanitaire de Mbour. La sage-femme Fatou Fall de l'Asbef d'ajouter que les femmes ne sont pas bien informées. Et, « si elles le sont, c'est souvent dans la rue. Elles reçoivent de fausses informations par le biais de leurs amies ». Pour le Dr Bineta Ndiaye, responsable des services cliniques de l'Asbef, ces rumeurs sont relatives aux effets secondaires, notamment la prise de poids et les saignements. « Le problème se situe surtout dans la gestion des effets secondaires », indique le Dr Balla Moussé Diédhiou, secrétaire exécutif de l'Asbef.
Mettre l'accent sur les grossesses rapprochées
Mais, l'obstacle majeur qui freine la pratique de la contraception au Sénégal réside, selon Diambogne Ndour, dans le fait que « l'objectif de la Planification familiale a été faussé dès le départ ». Simplement, « parce qu'on a mis l'accent sur l'espacement des naissances et non sur la lutte contre les grossesses rapprochées », regrette-t-elle. Et d'ajouter : « Si les femmes étaient sensibilisées sur cet aspect, elles allaient adhérer ». Des propos corroborés par le Dr Bocar Daff, chef de la Division de la Santé de la reproduction (Dsr). « Au début, l'accent a été mis sur la réduction de la taille de la famille. Mais, au fil du temps, on s'est rendu compte que ce n'est pas la bonne approche. Si on avait parlé, depuis le début, de lutte contre les grossesses rapprochées, on n'en serait pas là aujourd'hui », reconnaît-t-il.
Diambogne Ndour Sène ne met pas également de gants pour fustiger l'attitude des prestataires qui ne tiennent pas compte de l'avis des femmes lors des séances de councelling. « Les prestataires ne prennent pas le soin de demander aux femmes ce qu'elles pensent de la Planification familiale, alors que ces dernières reçoivent trop d'informations sur les méthodes contraceptives, les effets secondaires. Il y a vraiment problème dans le councelling », se désole Mme Sène.
S'agissant toujours de ce volet information de la cliente avant qu'elle ne choisisse une méthode contraceptive, il est totalement absent dans un centre de Santé comme Dominique de Pikine. « A cause de la surcharge de travail, le councelling ne se fait pas », reconnaît la coordonnatrice Sr du District Khadidiatou Gadio.
Pourtant, beaucoup de relais ont été formés partout dans le pays pour porter la bonne parole aux femmes. Des campagnes d'Information, d'éducation et de sensibilisation (Iec) sont régulièrement organisées. C'est le cas des causeries tenues pratiquement dans toutes les structures de planification. A l'Asbef, le Dr Balla Moussa Diédhiou évoque les stratégies de proximité qui sont initiées.
« Des activités communautaires sont souvent organisées avec les relais formés pour porter le bon message et les pairs éducateurs pour apporter la bonne information à leurs camarades », témoigne-t-il. Et, c'est pratiquement partout la même chose. Malheureusement, rien ne change. Très peu de femmes adoptent une méthode de contraception. Alors, pourquoi le discours ne passe-t-il pas ?
Hostilité des hommes
De l'avis de nos interlocuteurs, l'hostilité des hommes et leur non implication dans les activités d'information, de sensibilisation y sont pour beaucoup. « Les hommes ne sont pas impliqués », lâchent-ils. « J'incrimine les maris », lance Diambogne Ndour, coordonnatrice Sr du District sanitaire de Joal. Selon elle, les hommes ne participent jamais aux séances d'information sur la Planification familiale, parce qu'ils croient que la Planification familiale, c'est arrêter de faire des enfants.
« Etant des pêcheurs, ils vont, tout le temps, en mer. Je crois que si on parvient à les toucher, il y aura changement », estime la coordonnatrice Sr du District sanitaire de Joal, l'un des plus importants pôles de pêche au Sénégal. Selon elle, les maris sont tellement hostiles à la contraception qu'ils menacent de divorcer leurs épouses si elles usent de la contraception, parce qu'ils ont besoin de main-d'oeuvre pour les appuyer dans leur activité.
Seulement, tempère Toly Ly, gynécologue du Centre de santé de Joal, « beaucoup d'hommes pensent que la planification familiale ne concerne que les femmes. Ils l'assimilent aussi à la limitation des naissances. Mais, quand on leur explique, ils comprennent et adhèrent ».
Pour l'acceptation de la contraception et l'utilisation des produits contraceptifs, Oumoul Khairy Sow, une utilisatrice, estime que l'accent doit aussi être mis sur les belles-mères, qui sont très influentes dans les ménages. « On doit surtout leur parler des conséquences néfastes des grossesses rapprochées sur la santé de la femme », croit-t-elle.
Un des défis à relever par l'initiative « Badianou Gokh », encourageant les femmes leaders très influentes dans leurs quartiers à mener des activités de proximité dans leur localité respective. Pour que les changements en faveur de la santé de la mère et de l'enfant soient tangibles et que les indicateurs de santé soient améliorés.

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