Fasozine (Ouagadougou)

Burkina Faso: Internet ou la mort de la presse écrite?

«Savez-vous pourquoi la télévision ne remplacera jamais le journal papier? Non? Essayez donc d'emballer du poisson avec un téléviseur!» Ce bon mot d'un célèbre humoriste français, lancé au moment où l'on se demandait si la presse écrite allait survivre au règne de la reine des médias, est peut-être encore d'actualité aujourd'hui. Surtout avec la folie de l'Internet qui s'empare du village planétaire.

Rares sont les journaux qui n'ont pas leur version électronique. Et la concurrence se fait de plus en plus rude. C'est à qui va rameuter le plus d'internautes sur son site. Dans cette course au Net, certains quotidiens n'hésitent pas de mettre leur parution du lendemain en ligne dès la veille! Ces entreprises de presse en tirent des avantages certains. Ils sont, en effet, non seulement lus dans le monde entier, mais aussi repris et cités dans les revues de presse de grandes radios internationales. De la pub à moindre frais! Sans compter que certains titres arrivent à capter ainsi un peu de publicité.

Même si ce n'est pas encore la bérézina, «le fait de mettre le contenu des journaux en ligne constitue une véritable menace pour le journal papier. Les lecteurs ont la possibilité de le lire avant le lendemain. Et n'auront plus besoin de les acheter», estime cependant un jeune patron de presse. Craintes confirmées par Stéphane, un fonctionnaire, qui commence ses journées par une revue de la presse en règle sur Internet. «En quelques clics, je lis toute la presse burkinabè. Si je voulais acheter ne serait-ce que deux journaux, il me faut débourser 400 F CFA. Imaginez-vous ce que cela fait par mois», explique t-il.

Un vendeur de journaux, lui, explique que dans le temps, il avait des abonnés. Tous les matins, il faisait la ronde des bureaux pour vendre ses journaux. Mais aujourd'hui, cette période de vaches grasses est bien loin! «Je vends mal mes journaux parce que beaucoup de nos clients disposent de l'Internet dans les bureaux», a-t-il dit. Et si cet agent de liaison continue de faire le tour des organes de presses chaque matin pour chercher les journaux auxquels son service est abonné, c'est parce que la secrétaire du patron les met à la disposition des visiteurs. Certains périodiques ont trouvé la parade. Le contenu n'est mis en ligne qu'après la parution du numéro suivant. «Nous mettons juste la Une, avec ses titres attrayants, pour donner l'envie aux internautes de l'acheter», assure le rédacteur en chef d'un bimensuel.

Face à cette situation, des voix de patrons de presse s'élèvent déjà pour souhaiter que l'accès à l'information sur le Net soit payant. «Nous pouvons par exemple mettre, sur les sites, des débuts de textes et demander à ceux qui désirent les lire de payer par exemple 1, 2, ou 5 euros ou dollars pour avoir accès au contenu du journal sur le net», propose un autre responsable d'organe, qui «menace» de procéder à la facturation des reportages pour compenser le manque à gagner. «Tôt ou tard, cette question devra réunir les états généraux de la presse écrite», laisse t-il tomber.

En attendant, ce sont les lecteurs, pardon les internautes, qui se délectent. Au fait, combien avez-vous déboursé pour lire cet article?


Copyright © 2010 Fasozine. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment