Le Royaume chérifien multiplie les initiatives en faveur de la promotion de l'aviation civile sur le continent.
En l'espace d'une semaine, Marrakech a accueilli deux manifestations d'envergure avec pour problématique centrale l'aviation. Simple coïncidence ou hasard de calendrier ? Au moment où des centaines de participants venus du monde entier assistaient aux démonstrations aériennes et attractions diverses au deuxième Salon international des industries et services aéronautiques au Maroc, Aéro Expo 2010, quelques dizaines d'autres convives, triés sur le volet, déposaient leurs bagages dans des résidences huppées de la place pour assister à un séminaire internationale sur le transport aérien régional en Afrique, le troisième du genre à l'initiative de Royal Air Maroc, la compagnie nationale de transport aérien du Maroc.
Les invités ont eu droit, le 27 janvier 2010, sur les pistes de l'aéroport de Marrakech Menara, à un impressionnant show aérien offert par les Forces Royales Air du Maroc et quelques pays «alliés» (Aéro Expo a connu la participation de 60% d'internationaux). Moment d'intense émotion où l'on a pu admirer l'adresse des pilotes d'essai dans des exercices de haute voltige à vous couper le souffle : saut de parachutistes, vol renversé, tonneaux en spirale, boucles en miroir, ravitaillement en vol, plongée en basse altitude, renversement à 180% dans la verticale suivi de remontée spectaculaire
Des démonstrations vertigineuses à travers lesquels constructeurs d'avions civils et militaires se disputaient la vedette. Cependant que dans les stands, l'on échangeait discrètement entre délégations sur les opportunités de coopération civile et militaire, de transfert de technologies et de vente d'équipements aéronautiques.
Pour le Maroc, la stratégie industrielle, telle que résumée par Ahmed Reda Chami, son ministre de l'Industrie, du commerce et des nouvelles technologies, est claire : «présenter au marché mondial de l'aéronautique une offre ambitieuse complète et compétitive avec des zones dédiées, des ressources humaines qualifiées, des incitations ainsi que des processus d'investissement souples». Même son de cloche chez son collègue de l'Equipement et des transports, Karim Ghellab qui, le 28 janvier s'exprimait à l'ouverture du colloque sur le transport aérien régional devant les ministres africains et chefs de délégation de 16 pays, en présentant son pays comme un pôle d'innovation en puissance et un modèle de coopération Sud-Sud.
Déficit structurel
«Le Maroc a le souci d'étendre le développement du transport aérien à toute l'Afrique», disait-il en substance. Ambition noble, soit, mais qui ne résiste pas aux turbulences de la réalité. A savoir que l'activité intra régionale du transport aérien en Afrique ne représente que 1% du marché mondial pour une population de 900 millions d'habitants, soit 12% de la population mondiale. Même en y intégrant le trafic international, l'activité demeure marginale avec seulement 4% des parts du marché mondial. Comment s'en sortir ? Le Maroc propose quelques pistes à partir du modèle qu'il a lui-même développé : la Royal Air Maroc Express. Créée en 2009, c'est une filiale de Royal Air Maroc spécialisée dans le transport aérien domestique et régional à bas coûts et à haute densité de fréquences. Et même si le modèle RAM Express est porteur d'espoir du fait qu'il a contribué au doublement de la flotte de Royal Air Maroc tout en améliorant la desserte des zones touristiques, les experts s'accordent à dire que l'exploitation d'un réseau domestique de transport aérien est une activité structurellement déficitaire. En conséquence, aucun modèle économique de transport aérien ne peut décoller sans l'implication forte de l'Etat.
En effet, le transport aérien régional en Afrique est au carrefour de plusieurs contraintes : l'insuffisance ou l'inadéquation des infrastructures, la faiblesse des ressources publiques, la faiblesse du pouvoir d'achat des populations et du budget transport des entreprises et administrations clientes... Conclusion du Pdg de la RAM, Driss Benhima, «Il est important aujourd'hui de développer les routes africaines et les connexions à l'intérieur du continent, ce qui revient pour l'Afrique à relever le défi de la compétitivité de son système de transport aérien régional». Vecteur de développement économique et social le transport aérien régional pourrait ainsi devenir un puissant facteur d'intégration nationale et régionale, notamment dans les politiques de désenclavement, de développement des échanges intra africaines et de dynamisation des économies locales.

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