Faure cherche toujours ses marques
Mort d'un dinosaure ; cette manchette barrait la couverture de l'hebdomadaire international Jeune Afrique au lendemain du décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma. En effet, ce 5 février 2005, le monde entier apprenait avec stupeur la disparition de celui qui a régné sans partage sur le Togo pendant 38 ans.
« L'homme qui ne tombait jamais malade » de l'avis de ses hagiographes avait, selon la version officielle, rejoint ses ancêtres au-dessus de la Tunisie dans l'avion Togo 01, l'avion présidentiel qui le transportait vers Israël où il se rendait régulièrement pour les soins de ses yeux.
Stupeur mais aussi scepticisme ; car cette force de la Nature, à laquelle sont venues s'ajouter sa pratique de lutteur (Evala) et sa formation militaire, semblait défier les lois de la thermodynamique et respirait tout le temps la forme ; si on y adjoint sa baraka exceptionnelle... Il est vrai que la santé de nos chefs d'Etat est un sujet tabou et qu'une chape de plomb entoure leur bulletin de santé, mais pour Eyadéma...Encore que de nombreux Togolais n'en croyaient pas leurs oreilles, estimant que c'est encore un coup du chef de l'Etat pour neutraliser ses adversaires. Mais cette fois-ci, il fallait se rendre à l'évidence : Eyadéma est bien mort.
Il laisse un pays qui, si économiquement tenait toujours le coup dans les années 80 d'où le qualificatif de « Suisse de l'Afrique », s'est peu à peu transformé dans les années 90 en une nation où la paupérisation est devenue endémique. N'eût été la présence du port de Lomé, le Togo serait en banqueroute totale. Et comme un pathos ne vient jamais seul, le bibéronnage financier de l'Union européenne s'étant stoppé en 1993 pour cause de « déficit démocratique », le Togo s'est retrouvé à la croisée des chemins.
Politiquement, la loi du parti unique notamment la prégnance du Rassemblement du peuple togolais (RPT) et le système ont survécu à « Gnass » et généré la division du pays en deux : au Togo on parle toujours de Nordistes et de Sudistes et les différents scrutins sont toujours ethnico-politiques.
Enfin, il y a toujours l'armée qui est un élément clef dans la vie politique togolaise ; une grande muette constituée à plus de 80% de Kabyè, l'ethnie du défunt président.
Elu en avril 2005 après une tentative de succession monarchique, Faure, le fils, assume certes son patronyme mais n'est pas son père. Il n'est pas un homme de la Coloniale. Féru de NTIC, il veut réconcilier tous les Togolais ou plutôt les 2 Togo. Multipliant les gestes et les signaux d'apaisement, le jeune président est pointilleux sur cette réconciliation :
institution de la Journée du 13 janvier comme celle de prières et de recueillement en mémoire de la prise du pouvoir par son père, mais aussi de la mort de premier président, Sylvanus Olympio ;
institution d'une commission Vérité, justice et réconciliation ;
prise de distance avec le RPT dont le dernier avatar reste son absence à son investiture le 12 janvier 2010.
Des gestes forts mais qui n'ont pas dissipé toute la méfiance de ses compatriotes à son égard car après tout « c'est un Gnassingbé », sort que même le sang sudiste de par sa mère qui coule dans ses veines ne saurait faire oublier. Un argument que l'affaire Kpatcha, du nom de son frère « 100% kabyè » accusé de tentative de coup d'Etat et qui est en prison, est venu remettre au goût du jour. Une partie de la fratrie accusant Faure d'avoir trahi l'esprit du patriarche.
Pourrait-il se dépêtrer du RPT et se « détutéliser » du système paternel ? Rien n'est moins sûr quand on observe que ce sont toujours les mêmes caciques politiques qui entouraient son père qui gravitent actuellement autour du fils. La présidentielle du 28 février 2010 qui consacrera son second mandat, sauf tremblement de terre, lui donnera encore 5 ans pour convaincre et surtout donner de la nourriture, du travail, de l'éducation et des soins aux Togolais. Sur ces points-là les Togolais l'attendent de pied ferme.

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