Fraternité Matin (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Processus Electoral Kufuor - « La démocratie repose sur le respect de la loi »

Abidjan — John Agyman Kufuor, président de la République du Ghana de 2001 à 2008, invité de l'Organisation des Journalistes Professionnels de Côte d'Ivoire a animé dans la matinée du vendredi 5 Février, une conférence magistrale sur le thème suivant : Les élections en Afrique : le cas du Ghana.

Cette conférence a eu pour cadre le palais de la culture de Treichville et a été prononcée en présence du Président du Conseil économique et social Augustin Laurent Dona-Fologo, parrain, du président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly, du Ministre de la réconciliation nationale et des Relations avec les Institutions, Sébastien Dano Djédjé, représentant le Président de la République SE Laurent Gbagbo, des dignitaires du Front populaire ivoirien conduits par Affi N'guessan et Miaka Oretto, respectivement président et secrétaire dudit parti. On notait aussi la présence des ambassadeurs d'Ethiopie, de la RDC, du Ghana et du Chargé d'Affaires de l'ambassade du Bénin puis de nombreux journalistes

L'ancien Président Ghanéen a fait cette recommandation aux ivoiriens et notamment aux hommes politiques : « Que l'intérêt national prime sur tout. Utiliser le dialogue pour le règlement pacifique de votre crise, c'est la seule voie ». Il a surtout tenu à rappeler qu'il appartient au peuple le droit fondamental de se choisir ses dirigeants et qu'on ne peut lui imposer ce qu'il ne veut pas ; « Personne ne peut et ne doit imposer la démocratie au peuple » a martelé, l'ancien président de la Cedeao et de l'Union Africaine, qui a géré le conflit post-électoral au Kenya. Et qui n'a pas manqué mettre en garde la classe politique contre la révolte du peuple : « Personne n'est indispensable, il faut donc rechercher à régler les choses dans la justice et l'équité. Agissez dans le respect des autres et que les intérêts personnels s'estompent devant l'intérêt national pour parvenir à la stabilité et la paix. Car le peuple fatigué d'attendre pour exercer son droit citoyen pourrait perdre patience ».

Tout en rappelant la classe politique à ses responsabilités en lui notifiant que malgré la crise, la Côte d'Ivoire demeure le leader naturel de la sous-région et que de sa stabilité politique dépend la survie économique de nombre de ses voisins, John Agyman Kufuor a relevé ce qui constitue le socle d'une bonne démocratie : « On ne peut pratiquer la démocratie que dans le respect de la loi ». L'avocat, l'ancien vice-ministre des Affaires étrangères du Ghana a fait le rappel historique de la marche historique de son pays vers la démocratie. Il a montré comment, le Ghana, premier pays indépendant en Afrique au sud du Sahara et qui a aujourd'hui 52 ans de souveraineté internationale a gaspillé 30 ans dans les coups d'Etat et les gouvernements militaires avant de parvenir depuis deux décennies, à la culture démocratique consommée et qui est citée en exemple : « En 1992, nous avons voté une constitution qui autorisait la création d'une Commission électorale indépendante, chargée de réguler les élections et de reconnaître les partis et groupements politiques. Et cette commission était vraiment indépendante du gouvernement et des formations politiques. De par notre constitution, pour les élections politiques, la Cour suprême règle tous les contentieux électoraux et devant cette institution judiciaire, nous sommes tous égaux en droits et devoirs ».

John Kufuor a relevé que le premier test qu'ont subi cette commission et toute la classe politique qui découvraient le jeu démocratique, a été les premières élections multipartisanes de 1992 : « Nous étions 5 partis politiques engagés dans la course à la présidentielle. Mon parti pensait avoir remporté cette présidentielle, mais la CEI a dit non. Nous avons décidé de boycotter les législatives et nous avons été absents au parlement. Nous avons rédigé un livre : le verdict volé. Cependant nous n'avons pas recouru aux armes. Nous avons commencé à préparer les futures élections. » Mais ce qu'a fait la classe politique à l'initiative du parti de John Kufuor qui avait certainement tiré les leçons de cet échec à la présidentielle et du boycott des législatives de 1992, a été fort appréciable pour la démocratie au Ghana : « Nous avons crée en utilisant la loi, une coalition des partis pour travailler avec la CEI et fort du poids que nous représentons, elle ne pouvait faire autrement que de s'engager dans une collaboration avec les partis politiques pour aplanir les malentendus. Mais surtout faire progresser notre processus démocratique. »

Et comment ? John Kufuor a de façon exhaustive et avec une grande fierté cité les différents acquis « Nous avons obtenu les urnes transparentes. La liste électorale était pipée. Avec 22 millions d'habitants et malgré le fait que plus de la moitié de cette population avaient moins de 18 ans, nous nous sommes retrouvés avec 12 millions d'électeurs. Nous avons amené la commission à réviser cette liste électorale. Les partis politiques ont désormais des représentants dans les bureaux de vote et pendant le dépouillement. Les cas suspicieux sont réglés sur place pendant le dépouillement »

L'ancien Président Ghanéen se souvient de la façon dont ont été gérés les résultats de l'élection présidentielle de 19996 : « Quand la CEI cinq jours après la fin du scrutin ne donnait pas les résultats, un climat de suspicion s'est installé. Mais, avec 39% des voix, j'ai été déclaré perdant. Mon parti a voulu contester, mais après concertation, nous avons admis le sondage des urnes. Cette année nous avons remporté 60 sièges de députés sur les 200 que compte le parlement. En 2000, avec Jerry Rawlings qui avait son second mandat, j'ai été candidat et j'ai remporté les élections puis j'ai rempilé en en 2004 avec un autre succès. » Alors que son bilan qui lui a permis de repositionner l'économie de son pays et d'engager de grands travaux d'infrastructures, lui donnait le droit de se prendre à la tentation des assoiffés de pouvoir, il a tenu à agir conformément à la constitution. Mieux il a été un arbitre impartial lors des élections qui devraient désigner son successeur et pendant lesquelles son parti après avoir remporté le premier avec 49,7% (il faut gagner avec 50+ 1% pour être déclaré vainqueur) a été au second tour en étant au coude à coude avec l'autre candidat : « Une seule circonscription devrait départager les deux candidats. Celui de mon parti sans même en référer au Président de la république qui avait encore une semaine à passer au Palais a esté en justice pou demander l'annulation de ce vote. Je lui ai demandé de reconnaître la victoire de John Atta Mills. Et c'est le Ghana qui a gagné »

Le président du Conseil économique et social a remercié l'hôte de la Côte d'Ivoire pour cette leçon de démocratie en insistant sur l'un des enseignements qui met l'accent sur le fait que la démocratie doit reposer sur le respect de la loi. Il a dénoncé tous ces politiques encore empêtrés dans la culture des coups d'Etat et de la violence pour leur accession au pouvoir. Le ministre Dano Djédjé qui représentait le Président Laurent Gbagbo a renchéri avec Laurent Dona-Fologo en relevant que la démocratie ne saurait être viable sans le respect de la loi. Il a par ailleurs salué le sens de l'humilité, de la responsabilité du Président John Kufuor à des moments où le Ghana pouvait basculer dans la violence.


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