Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Karim Wade dément avoir rencontré seul les dirigeants de Millicom...

Le ministre d'Etat, ministre de la Coopération internationale, de l'Aménagement du Territoire, des Transports aériens et des Infrastructures, Karim Wade, a formellement démenti avoir rencontré seul les dirigeants du groupe international Millicom.

Dans un communiqué reçu hier à l'Aps, M. Wade dément ainsi le site www.businessinsider.com qui a diffusé au début du mois de février 2010 un article dans lequel il accuse de tentative de corruption Karim Wade alors Conseiller financier du chef de l'Etat et Thierno Ousmane Sy, Conseiller spécial du président de la République aux Nouvelles technologies dans le différend qui oppose l'Etat du Sénégal à Sentel, filiale sénégalaise de Millicom.« Contrairement à ce que laisse insidieusement sous-entendre l'article incriminé, je n'ai jamais eu à rencontrer seul l'un des dirigeants de Millicom, ce que ces derniers ne pourront que reconnaître », a notamment soutenu le ministre d'Etat Karim Wade

Le Gouvernement de Maître Abdoulaye Wade, rappelle-t-on, a estimé inacceptables les conditions dans lesquelles Sentel avait, en juillet 1998, obtenu des socialistes sa licence d'opérateur téléphonique pour un montant total de 100.000 dollars américain (50 millions de FCfa). L'Etat du Sénégal, estimant cette somme largement en dessous de la valeur de cette licence a réclamé 200 millions de dollars (90 milliards de FCfa) à Sentel.

« Thierno Ousmane Sy et moi-même avons été amenés effectivement à rencontrer à Paris Monsieur Mark Beuls (ancien président de Millicom) en présence de Pape Abdoul Bâ, président du Conseil d'administration de Sentel, étant (MM. Wade et Sy) assistés de représentants de la Banque Rothschild et du Cabinet Clifford Chance », précise le texte qui rappelle que cette rencontre entrait dans le cadre de l'accord du 9 août 2002 entre les deux parties aux termes duquel Millicom avait « accepté de bonne foi de négocier les nouvelles conditions, principales financières, devant régir ses opérations au Sénégal, le tout dans l'attente de l'arrivée prochaine d'un troisième opérateur ».

« Au cours de cette rencontre, j'ai dit à Millicom que la valeur de la licence qu'ils ont obtenue en 1998 et qu'ils doivent payer à l'Etat du Sénégal était située entre 200 millions de dollars Us (prix que l'Etat du Sénégal a obtenu et a reçu pour la troisième licence) et 375 millions de dollars Us, correspondant à une offre spontanée et non sollicitée d'un leader mondial qui était prêt à verser ce prix pour reprendre la Deuxième Licence qu'elle (Sentel) exploite pour un prix de 100.000 dollars US », affirme M. Wade dans le communiqué ajoutant : « J'ai également ajouté que si l'Etat du Sénégal organisait un appel d'offres transparent, il pourrait percevoir des revenus supérieurs à 375 millions de dollars Us ».

Selon toujours le ministre d'Etat Karim Wade, « au cours de cette même rencontre, Monsieur Mark Beuls nous a répondu qu'ils avaient une licence en bonne et due forme et qu'ils n'entendaient pas la renégocier ».

Karim Wade dit, à cet égard, avoir rappelé à ses interlocuteurs que « dans le secteur des télécommunications, il était courant de renégocier le prix d'une licence si elle ne reflétait pas la valeur réelle du marché (Côte d'Ivoire en 2001, Bénin en 2007) ».

« Sur ce, revenant totalement sur ses engagements contractuels d'août 2002, Millicom a brutalement affirmé qu'elle restait attributaire de la deuxième licence », déplore le communiqué expliquant : « en réalité Millicom n'entend donc pas, à nouveau, respecter ses engagements contractuels et, pour se justifier, procède par voie d'amalgames et d'allégations mensongères, le tout en instrumentalisant des organes d'information (notamment BusinessInsider) et lobbies ».

« Plus tard, le 18 mai 2009, Millicom fera aux cabinets-conseils de l'Etat (Rothschild et Clifford Chance) une offre de 60 Millions de dollars Us que Monsieur Thierno Ousmane Sy s'est chargé de rejeter lors d'une audience qu'il leur aura accordée à leur demande et au cours de laquelle des représentants de Rothschild et de Clifford Chance étaient présents », rappelle le texte.

« Le 19 juillet 2009, Mikael Grahne (actuel président de Millicom) écrira soudainement au président de la République indiquant : (« ... Millicom souhaiterait une résolution rapide et amiable au différend qui nous oppose à l'Etat ... notre société est prête à relever son offre transactionnelle de 60 à 100 Millions de dollars Us », souligne le texte affirmant que l"« Etat du Sénégal n'a pas jugé utile de donner de suite à ce courrier ».

Là où Millicom/Sentel a obtenu, en 1998, du Sénégal sa Licence à 100.000 dollars Us, d'autres pays (africains) ont cédé des licences dans des conditions de transparence à des prix beaucoup plus élevés presque dans la même période, indique le communiqué citant, à ce propos, le Cameroun pour 74 millions de dollars Us, le Kenya (50 millions), la Cote d'Ivoire (54 millions de dollars), le Mali (62 millions de dollars), le Soudan (177 millions de dollars), le Maroc (1,1 milliard de dollars) et l'Algérie (537 millions de dollars).

« M'inscrivant dans une logique de totale transparence, je suis disposé à tout moment à débattre publiquement du dossier Millicom, notamment avec les responsables de Millicom et de Sentel, à savoir Messieurs Mikael Grahne, actuel président et Ceo de Millicom, ses anciens vice-présidents Mark Beuls et David Kimche », a dit M. Wade dans le communiqué ajoutant dans un entretien téléphonique avec l'Aps qu'il était aussi disposé à être auditionné sur cette affaire par le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) pour apporter toutes les clarifications à la représentation nationale ».

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