Depuis quelques années, on assiste à un retour des coups d'Etat en Afrique. Une situation qui met souvent en scelle une junte militaire justifiant toujours son acte par une 'volonté de sauver le peuple', et qui, au finish, a du mal à céder le pouvoir.
La descente de la junte militaire nigérienne dans les rues après son putsch a aussitôt rappelé les débuts du Comité national pour le développement et la démocratie (Cndd) en Guinée. Ce week-end, des responsables nigériens du Comité suprême pour la restauration de la démocratie (Csrd) ont eu droit à un bain de foule digne de soldats ayant gagné une bataille. Un scénario qui fait également revenir les images d'un Moussa Dadis Camara aux premières heures de l'installation du Cndd. 'L'armée aime son peuple', dira entre autres Harouna Adamou, le porte-parole de la junte nigérienne. Des mots de soulagement et d'espoir pour les populations qui espèrent de meilleurs lendemains au Niger avec une restauration de la démocratie.
Mais la lame de fond dans des situations de ce genre reste la capacité des militaires à céder le pouvoir. Et ce, en organisant, sans y participer, des élections transparentes, libres et démocratiques. La seule alternative pouvant permettre une poursuite des acquis démocratiques qui avaient pourtant porté au pouvoir le président déchu, Mamadou Tandja. Car, finalement, le piège réside dans l'auto - glorification qui pourrait amener les militaires à croire que le soutien des populations en leur faveur rime avec une sollicitation à rester au pouvoir. Et de telles illusions auront perdu Dadis Camara en Guinée qui, au fur et à mesure, se prenait pour un messie.
Mais, en réalité, cette volonté des militaires à faire durer leur présence, une fois le pouvoir entre les mains, se trouve dans la complexité de leur mission. Celle-ci émanant le plus souvent de la connotation de leur structure de transition. Car, si le Csrd se fixe comme objectif la restauration de la démocratie au Niger, il importe d'étudier de plus près le temps qu'il faudra pour y parvenir. Et le plus souvent, l'agenda de l'organisation des élections en souffre. Surtout que pour ce qui est du Niger, il faudra essayer de repartir sur de nouvelles bases. Cela, pour éviter qu'un autre président élu ne verse dans les mêmes manoeuvres anti-constitutionnelles auxquelles s'adonnait le président Tandja. 'Nous allons réécrire la Constitution du pays avec la société civile', promet le porte-parole du Csrd. Un exercice qui s'accompagne souvent de divergences devant une certaine propension des militaires à exclure certaines personnalités de la course présidentielle.
L'autre risque tourne autour de la mise en valeur des leaders des comités de transition. Une opération visant à louer leurs capacités et qui dévie inéluctablement ces derniers de leur mission première ; celle consistant à assurer la stabilité politique du pays par un rétablissement de la démocratie. Et même si le Csrd aura réussi jusqu'ici à maintenir un esprit collégial, il lui serait imprudent de peindre son chef Salou Djibo comme un messie. Car, en réalité, ce dernier dispose d'un parcours qui lui permet aujourd'hui de prétendre au pouvoir. Chef d'escadron, le nouvel homme fort du Niger a fait ses armes en Chine, avant de terminer comme instructeur à Agades, au Maroc. Ce spécialiste de l'arme lourde, qui bénéficia de plusieurs distinctions internationales, aura engrangé un bon paquet d'expériences en République démocratique du Congo et dans le cadre de la mission des Nations unies en Côte d'Ivoire.
Mais, aujourd'hui, après un tel plébiscite, acceptera-t-il de se plier aux exigences des partis politiques en retournant aussi vite à la caserne ? C'est la question que l'on se pose désormais face aux scénarii malheureux que la junte nous a souvent offerts en Afrique. Surtout que pour le cas du Niger, c'est dans les mêmes conditions que le général Ibrahim Baré Maïnassara avait renversé, le 27 janvier 1996, le président Mahamane Ousmane dont il fut le chef d'Etat major particulier. Et par la suite, le Conseil de salut national qu'il mit en place avait du mal à faire de la place aux partis politiques dans son pays. Mais peut-être que cette fois-ci, la parenthèse démocratique, enclenchée en 1999, va inspirer les acteurs politiques et militaires du pays, en les regroupant autour de l'intérêt supérieur de la nation.

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