Trois cents spécialistes civils et militaires (experts et chercheurs) venus d'une soixantaine de pays et d'organisations internationales d'Afrique (42 pays africains), d'Europe, d'Asie et d'Amérique se sont retrouvés à Marrakech au Maroc, du 28 au 30 janvier 2010 pour un symposium international consacré à la « sécurité en Afrique : défis et perspectives ».
Marrakech « la grouillante et mythique ville » du Maroc a abrité en janvier dernier le premier symposium international sur la problématique de la sécurité en Afrique. Ce symposium a été organisé par la Fédération africaine d'études stratégiques (FAES) que dirige le Pr Mohammed Benhammou du Maroc.
Les travaux de ce symposium ont porté sur plusieurs axes, notamment "les menaces et vulnérabilités sécuritaires en Afrique", "le terrorisme international et son impact sur l'Afrique", "la prévention et gestion des conflits en Afrique" et "la gouvernance du secteur de la sécurité en Afrique".
Placée sous le thème « Sécurité en Afrique : défis et perspectives », la rencontre de Marrakech a eu le mérite de promouvoir le dialogue entre les Etats participants.
Elle a été une occasion pour les participants de débattre de questions ayant trait aux multiples défis sécuritaires et stratégiques auxquels sont confrontés les pays africains.
Le constat qui s'est dégagé c'est que l'Afrique reste encore le foyer de nombreux conflits qui fragilisent sérieusement les différents Etats. Les causes de ces conflits sont multiples et multiformes : crises politiques, sources d'instabilité et d'insécurité, crises alimentaires alimentées par les sécheresses, problèmes sanitaires, environnementaux ou d'ordre écologique, pauvreté accrue et endémique, actes de piraterie sur les côtes maritimes, criminalité transfrontalière par des groupes armés, mauvaise gouvernance, mauvaise répartition des ressources, disparités régionales, sources de clivages ethniques, mauvais règlement de litiges fonciers, territoriaux ou religieux, convoitises de la manne pétrolière par certaines puissances émergentes, morcellement des pays africains comme du temps colonial, menaces terroristes, aventures de milliers de jeunes africains refoulés aux portes de l'Europe, mouvements rebelles...Bref, l'Afrique apparaît comme le berceau de l'insécurité, l'îlot de tous les fléaux du monde, le terreau de tous les problèmes.
Le symposium propose
Face à ce décor pas du tout reluisant, les participants au symposium ont proposé des solutions pour relever le défi de la sécurité en Afrique. Il s'agit entre autres, de la mise en place de mécanismes d'étroite collaboration entre les différents Etats et de partage des informations des services de renseignements, de la dynamisation de la force d'interposition ECOMOG, de la mise en place d'accords de non agression et d'assistance en cas d'agression extérieure contre un des pays, de la mise en place de conseils de sages et d'autres structures à même de statuer sur les cas de conflits.
Des organisations comme la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD), l'Union des pays du pourtour méditerranéen (UPM) et l'Union du Maghreb arabe (UMA) ont été interpellées à inclure dans leur programme d'actions, la lutte contre l'insécurité et la résolution du conflit du Sahara Occidental pour éviter au Maghreb le chemin de la déstabilisation.
Le programme « Renforcement des capacités pour le maintien de la paix en Afrique (RECAMP)", lancé en 1997 par la France et l'initiative « Pan- Sahel » lancé en 2003 par les Etats- Unis, ont permis de former, d'entraîner, d'équiper et de soutenir les pays africains à être à mesure de faire face au fléau de l'insécurité, notamment la lutte contre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), une branche d'Al Qaïda.
En plus de la solution militaire comme moyen de lutte contre l'insécurité en Afrique, les spécialistes réunis à Marrakech ont préconisé la lutte contre la pauvreté, la réduction des disparités régionales, la bonne gouvernance et la démocratie comme gages de sécurité sur le continent africain. Cela implique la transparence, la rigueur, la responsabilité, la communication et la participation de tous les acteurs au processus décisionnel et au suivi de l'exécution des tâches dans l'intérêt majeur des populations.
Plus jamais, les coups d'Etat
Après le cycle infernal de coups d'Etat que le continent a connus, des indépendances à nos jours (80 au moins ont été enregistrés), le symposium a noté que l« 'émergence d'Etats démocratiques est aujourd'hui la condition sine qua non de la sécurité en Afrique ».
Et des organisations communautaires comme la CEDEAO, l'Union africaine et l'ONU, pour enrayer à jamais le fléau des coups d'Etat, ont été invitées à condamner et à exclure de leurs rangs tous les régimes non démocratiques, parvenus par des raccourcis. Par ailleurs, les experts ont lancé un appel pour la création d'un réseau international de centres de réflexion actifs dans les domaines géopolitique et sécuritaire.
Ils ont plaidé pour le développement de la coopération internationale dans les domaines de la justice et de la police, en matière de lutte contre le terrorisme, la drogue. Ils ont recommandé la tenue d'un sommet international sur les problèmes de la piraterie, notamment dans l'espace maritime bordant les côtes africaines.
Les experts et chercheurs ont surtout insisté sur la promotion de la sécurité durable, à travers le développement de la « sécurité culturelle », en réconciliant les ethnies et en apaisant leurs tensions. Ils ont par ailleurs, mis l'accent sur la promotion des intérêts communs régionaux et sous-régionaux qui répondent aux besoins quotidiens de sécurité et de développement des peuples.
Le symposium de Marrakech a été marqué également par l'adoption d'un projet de création, en coopération avec le Centre marocain d'études stratégiques, d'un Centre d'études stratégiques dans les îles de l'Océan indien, dédié aux questions de pillage des ressources halieutiques, de piraterie et d'émigration clandestine.
Pour le président de la Fédération africaine des études stratégiques (FAES), Pr Mohammed Benhammou, la rencontre de Marrakech a constitué « un cadre de dialogue fécond et de débats ayant permis de confronter les idées et les expériences entre les experts et chercheurs africains au sujet des questions stratégiques de sécurité et de paix en Afrique ».
Elle a aussi permis de dégager « le maximum de visions sur les menaces qui pèsent sur le continent et d'envisager des actions susceptibles d'apaiser les tensions, d'asseoir les bases de la paix et de la cohésion sociales et de parvenir à un développement durable à même de profiter à l'ensemble des composantes de la société ».
D'où la recommandation du symposium international de la Fédération africaine des études stratégiques, à choisir Marrakech pour en faire un « haut lieu des rencontres annuelles pour les questions stratégiques de paix et de sécurité », un pôle de convergence des réflexions collectives sur les réponses à apporter aux préoccupations sécuritaires du continent africain.

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