Le Messager (Douala)

Cameroun: Des Equato-guinéens attaquent le Cameroun

Dix sept morts. De nombreux blessés et d'importants dégâts matériels. C'est le triste premier bilan effectué ce mercredi 17 décembre 2010 à Limbe, après qu'une embarcation marchande a été bombardée par un avion de chasse équato-guinéen. D'après nos sources, cet acte est le fait d'un avion F16 qui était à la trousse de pirates qui ont bombardé une plate-forme pétrolière de la Guinée équatoriale et se sont enfuis à bord d'un «Zodiac», un type de navire réputé pour sa rapidité.

Après une folle poursuite sur les eaux internationales, les pirates se réfugieront dans les eaux camerounaises, en faisant perdre leurs traces à ce «Chasseur». Le F16 équato-guinéen n'a pas estimé violer les espaces aérien et maritime du Cameroun, en vertu des clauses diplomatiques en vigueur. En faisant semblant de retourner à sa base pour revenir quelques minutes plus tard, le F16 apercevra à distance un navire qu'il confondra à celui, utilisé par les pirates, à la lisière des eaux internationales, lorsque celui-ci mettait le cap sur le Cameroun en passant par Limbe. Handicapés par l'obscurité et aveuglés par l'esprit de revanche, les pilotes vont bombarder ce navire sans autre forme de procès. Résultat des courses : dix sept morts, de nombreux blessés, un navire béant avec comme conséquences des conteneurs dans l'océan Atlantique.

Renforts à Limbe

Informée, la base navale de Douala aurait dépêché, selon des informations dignes de foi, des secours et des renforts à Limbe pour non seulement sauver les blessés, identifier les morts, sauver la cargaison et mener une enquête approfondie sur les causes réelles de ce bombardement qui plonge plusieurs familles dans l'émoi et porte un coup à l'économie camerounaise.

A la Base navale de Douala où nous nous sommes rendus jeudi 18 février 2010, c'est le calme plat. Devant l'absence du commandant de la base et de son homologue des forces de surface, tous les autres officiers bien que reconnaissant cette attaque s'expriment à peine. D'après un capitaine de la marine, «les gens qui peuvent parler ne sont pas là. Ils sont en réunion à Bonanjo (Cabinet du gouverneur, ndlr) depuis le matin. Personne ne peut rien vous dire surtout que vous travaillez pour le Messager. Que pouvez-vous faire puisque vous n'avez pas le pouvoir de sauver ce qui peuvent encore l'être ?». Plus loin, un quartier-maître (sous-officier de la marine) éclairera notre lanterne. «Je peux vous rassurer qu'aucun des militaires travaillant sur cette base n'a fait le déplacement. Tout le monde est concentré sur l'installation du gouverneur qui se passe demain (ce vendredi 19 février 2010, ndlr). Allez maintenant sur la Place de l'UDEAC, vous allez voir que l'accès est bloqué par les militaires. C'est le BIR (Bataillon d'intervention rapide, ndlr) qui s'est déplacé. En tant que journaliste, vous devez savoir que nous avons une unité du BIR ici et qu'elle est spécialisée dans ce genre de sauvetage. Vous comprenez donc aisément que tant que tout ne sera pas clair et officiel, il vous sera difficile d'avoir plus d'amples informations. Ce sont les réalités de l'armée.»

Au moment où nous quittions la base navale, aucune information supplémentaire n'avait filtré quant à la suite des événements. Qu'est devenu le «Zodiac», le fameux bateau sur lequel les pirates ont pris la poudre d'escampette ? Quelles sont les pertes réelles subies par cette plateforme pétrolière attaquée par ces trois individus sans foi ni loi ? Où les morts et les blessés ont été transportés? Quelle est leur identité? Quel sort sera réservé à ces pilotes bombardiers? A toutes ces questions s'ajoute celle de l'incident diplomatique, un de plus, un de trop (?) entre le Cameroun et son «jeune» voisin. Cette attaque sur les eaux camerounaises pourrait jeter un froid sur les relations entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. La réaction du gouvernement de la République du Cameroun est attendue. Pendant ce temps, les familles pleurent leurs morts et l'armateur sa cargaison. Affaire à suivre.

Focal: Délit d'initiés ?

En bombardant un navire non identifié et en tuant par ce fait dix sept personnes, les pilotes équato-guinéens ont fait preuve d'amateurisme. D'après un officier de l'armée de l'air, «un pilote n'est pas un assassin. Il est et demeure un militaire. Et dans l'armée, on ne tire qu'au moment opportun après avoir identifié sa cible, sauf si celle-ci représente pour vous un danger imminent. C'est pourquoi je m'interroge un peu sur ce bombardement. Il est conseillé de laisser s'échapper un coupable que de sacrifier des innocents». Si le facteur obscurité est avancé par certains, tel n'est pas le cas pour d'autres qui émettent l'idée d'une technologie avancée dans l'aviation et dans la marine, afin de circonscrire sa cible. A la garnison militaire, le débat divise les pandores. Pendant que certains trouvent des circonstances atténuantes aux pilotes de cet avion de chasse à la pointe (africaine) de la technologie, d'autres voient en cet acte une volonté de défier le Cameroun. «Tout peut arriver la nuit, explique un lieutenant.

Il y a des jours comme ça. C'est pourquoi il ne faut pas diaboliser nos voisins qui ont bombardé ce bateau. C'est une erreur qu'il faut corriger au plus vite». Ce que ne semble pas partager un sergent se trouvant à sa droite. «La Guinée équatoriale veut être le leader en Afrique centrale. Pour cela, il doit poser des actes forts, bons ou mauvais. Ils ont imposé leur frère à la Béac. C'est parce qu'au Cameroun, on refuse certaines réalités. Ils chassent nos frères de chez eux de la pire des manières et on ne fait rien. Il y a du rififi dans cette affaire». Pourquoi n'avoir pas cherché à collaborer avec les autorités camerounaises pour couper la retraite à cette embarcation criminelle ? Ques


Copyright © 2010 Le Messager. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment