Le Pays (Ouagadougou)

Ghana: La guerre du pétrole aura-t-elle lieu ?

éditorial

Généralement, c'est la joie qui accompagne la découverte d'un gisement et celui pétrolier en particulier. Mais il arrive que cette découverte mette à mal les relations de deux pays si la zone dans laquelle le gisement a été mis à jour fait l'objet d'un différend. C'est ce qui se passe entre la Côte d'Ivoire et le Ghana après la découverte, en février dernier, d'un important gisement offshore, aux larges des côtes ghanéennes.

Ses réserves n'ont pas encore été estimées mais déjà, et selon le ministre ghanéen des Ressources naturelles, Collins Dauda, le respect de la "ligne médiane" que se sont imposé les deux pays depuis longtemps semble ne plus être de mise. Comme il en est ainsi, avec la découverte du gisement d'or noir, le ministre ghanéen trouve maintenant nécessaire de délimiter la frontière maritime entre son pays et le voisin ivoirien. Si tout se passe comme il le souhaite, une commission frontalière sera incessamment mise en place par le Parlement ghanéen qui sera saisi à cet effet par le gouvernement. L'espace maritime une fois délimité, chacun saura où se trouve exactement le gisement qui vient s'ajouter à un autre, "champ Jubilee", découvert en 2007.

Mais en attendant, et au regard des enjeux, chaque pays estime que ledit gisement se trouve dans son espace maritime de sorte que l'on craint une confrontation. "Il n'y aura pas de guerre du pétrole entre la Côte d'Ivoire et le Ghana", a assuré tout récemment le ministre ivoirien des Mines, en réponse à son homologue ghanéen qui faisait état de "visées d'Abidjan" sur l'espace maritime de l'ancienne Gold Coast. Avec une telle déclaration, on peut se dire que la sagesse prévaut pour le moment. Tout de même, des inquiétudes subsistent, si des actes ne suivent pas ces paroles d'apaisement. Ce qui est dit officiellement ne doit pas être finalement un charme de serpent.

Le pétrole, bien que qualifié de malédiction sur le continent africain, fait tout de même tourner la tête de certaines personnes. La découverte de l'or dans un pays qui n'en produit pas, est une aubaine, un pain bénit, une manne tombée du ciel pour les dirigeants qui se mettent à rêver de grands projets qu'ils peuvent réaliser, pour eux-mêmes d'abord. Et éventuellement pour les populations ensuite. C'est pourquoi la bataille est souvent âpre dans ces conditions pour le contrôle de cette manne. Les autorités ivoiriennes et ghanéennes feront-elles exception ? Si du côté ghanéen, il n'y a pas, a priori, de risque d'une exacerbation de cette "affaire", ce n'est en revanche pas le cas du côté de son voisin. Situation de ni guerre, ni paix oblige. Tout différend consécutif à la découverte du gisement peut être exploité politiquement. En effet, le régime en place aurait beau jeu de prétexter de toute crise qui en découlerait pour prolonger sa présence au pouvoir et reléguer aux calendes ivoiriennes les fameuses élections que toute la Côte d'Ivoire attend depuis déjà belle lurette. En tout état de cause, la raison doit l'emporter sur les passions, les envies, les calculs et les appétits voraces que peut bien susciter la découverte de ce gisement.


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