Assurément, à cette allure et sur cette trajectoire, TGV risque de rater sa destination et finir ainsi sa course dans un cul de sac. Avec les conséquences qui s'imposent dans ce genre de choc. En effet, il n'y a pas plus mauvais poison pour un homme politique que la mise en quarantaine, et Andry Rajoelina est en train de s'y activer en se mettant ainsi tout le monde à dos. D'abord, il semble oublier que c'est la vague déferlante de la masse populaire qui l'a porté au sommet de l'Etat et que c'est cette même masse qui grogne de mécontentement ces derniers temps dans les rues de Tananarivo. Sans doute, les sanctions décrétées contre la Grande Ãéle commencent-elles, à se ressentir, à mordre cruellement dans les portefeuilles et les ventres. Le fait que l'Europe et les Etats-unis aient serré la corde de leur bourse constitue donc une faiblesse dans la cuirasse de TGV.
Ensuite, le président de la transition malgache a également oublié que ses pas d'homme politique débutant ont été soutenus par les vieux ténors de la scène politique malgache. Par leurs conseils, il a appris à avoir le pied marin sur le pont d'un bateau politique fort instable voguant sur une mer sociale capricieuse. Mais il s'est sevré trop tôt de leur biberon. Son organisme politique n'est pas encore assez vigoureux pour résister à cette cruelle jungle. De sorte qu'il se trouve désemparé, tel un poussin abandonné et perdu dans un jardin où planent, menaçants, de nombreux rapaces. Dans sa volonté d'atteindre vite, trop vite la gare du pouvoir, il a brûlé des étapes, oubliant les escales techniques, comptant aveuglément sur les mécaniciens que sont l'armée et éventuellement la France. Mais Andry Rajoelina doit savoir que la France n'a d'amis que ses intérêts et ses amitiés se forment au gré de ses intérêts. Alors, si l'Hexagone venait à trouver un train aux capacités plus performantes que les siennes, TGV a de fortes chances d'être poussé hors des rails présidentiels.
Quant à l'armée, elle n'est, en général, qu'un thermomètre de la société. Tant que le pouls de cette société bat à un rythme normal, le thermomètre restera intact. Mais si le mercure monte trop au point de faire exploser le tube, Andry Rajoelina risque également d'aller rejoindre la liste des anciens présidents de Madagascar où son nom ne sera pas forcément écrit en lettres d'or. Il a donc intérêt à réviser sa stratégie. Tant qu'il avait la majorité des Malgaches, les hommes politiques, l'armée, l'Afrique, l'Europe et les Etats-Unis derrière lui, il pouvait galoper, sabre au point et cape au vent, en Robin des Bois des temps modernes. Même si en réalité, il vise le trône. Mais si tout ce beau monde commence à lui tourner le dos, le jeune politique qu'il est doit revoir sa feuille de route. Et surtout coopérer avec ceux qui tiennent les poches de sérum dont dépend la santé de son pays. Car si la grogne sociale enfle au point de devenir trop tonitruante, les militaires se réveilleront dans leurs casernes. Et en général, ce réveil est de mauvaise augure pour les chefs d'Etat.

Comments Post a comment