La Tribune (Algiers)

Algérie: Un otage espagnol libéré hier par l'AQMI - L'Espagne a-t-elle cédé aux exigences des terroristes ?

L'éspagne semble avoir pris le «bon» exemple de la France pour libérer son otage, détenue par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Ce pays européen qui s'est inscrit, comme Paris, dans la lutte antiterroriste, aurait fini par céder aux exigences des terroristes pour libérer Alicia Gamez, 39 ans, retenue au Mali depuis fin novembre avec deux autres Espagnols, membres d'une ONG catalane. En route hier vers l'Espagne, Mme Alicia Gamez est «saine et sauve» comme l'a déclaré la vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega. «Aucune rançon n'a été versée», a-t-elle affirmé. Pourtant, le 21 février, le quotidien El Mundo avait affirmé que Madrid était en train de payer 5 millions de dollars à Al Qaïda pour ses trois otages. Ce montant aurait été «confirmé à ce journal par un membre du gouvernement», ajoute El Mundo. Si cette affaire se confirme, l'Espagne aura trahi ses engagements à ne pas payer les terroristes. L'argent des rançons servirait éventuellement aux attentats terroristes dans les villes algériennes.

A chaque payement de rançon, l'AQMI redouble de férocité. Mourad Medelci, le ministre des Affaires étrangères, a, à maintes reprises, invité les gouvernements européens à ne pas payer les rançons, car c'est une façon directe de financer le terrorisme et de violer, il ne faut pas l'oublier, les résolutions des Nations unies afférentes à la lutte antiterroriste et singulièrement la résolution 1904 qui condamne et criminalise le versement des rançons aux groupes terroristes. Rappelons que la libération de Pierre Camatte, l'otage français -qui s'est déroulée dernièrement- était soumise à deux conditions : la relaxation de quatre terroristes détenus par le Mali et le payement d'une rançon de 5 millions d'euros. Ce qui est de l'ordre public, c'est que le Mali a libéré, après un simulacre de procès, les quatre terroristes, dont deux Algériens, sous la pression de la France. Reste maintenant la rançon. A-t-elle été versée ? En constatant le retour en France de Pierre Camatte, il est permis de se poser la question : la France a-t-elle dû satisfaire à cette exigence pour libérer son otage ? En fait, l'AQMI aurait exigé la libération de 20 de ses membres et une rançon de 10 millions de dollars contre la libération de six otages européens (le Français Pierre Camatte, l'Italien Sergio Cicala et son épouse Philomène Kabouree, trois Espagnols).

L'organisation terroriste a déjà obtenu la libération de 4 des siens et aurait peut-être reçu 5 millions de dollars pour Pierre Camatte. La libération d'un second otage hier par l'AQMi pousse alors à se poser la question : l'Espagne a-t-elle cédé aux exigences de l'AQMI en versant 5 autres millions de dollars, comme l'affirme El Mundo ?

Rappelons qu'un négociateur avait indiqué le 5 mars à Bamako que l'AQMI exigeait la libération de plusieurs combattants islamistes écroués en Mauritanie en échange de celles des trois humanitaires espagnols et du couple d'Italiens. Un otage espagnol a été libéré, comme signe de bonne volonté de l'AQMI ou contre le versement d'une rançon ?

Ce qui est certain, c'est que Nouakchott a fait état de sa position au sujet des terroristes qu'elle détient : aucune négociation avec les groupes armés ou échange de prisonniers contre des otages, comme l'a affirmé le Premier ministre mauritanien Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf. Le sort des quatre autres otages reste donc inconnu. Mais les négociations se poursuivent. «Ce ne sont pas les mêmes groupes, chaque groupe pose ses conditions», selon des sources citées par l'AFP sous le couvert de l'anonymat.


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