La Prospérité (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Kyaviro pousse ses frères civils à remettre les armes au Parec !

Kinshasa — « Pousser mes frères civils du Nord-Kivu à remettre les armes de guerre qu'ils détiennent au PAREC qui est officiellement mandaté pour la récupération des armes de guerre, telle est la mission que l'Honorable KYAVIRO MALEMO JEAN LOUIS ERNEST, Député National élu au Nord Kivu, plus précisément dans la ville de Beni, s'est assignée. Cependant, l'actuelle opération du PAREC, qui a montré ses preuves notamment à Kinshasa et au Katanga, demande une forte implication des élites et de la notabilité locale d'une part, l'éradication des préjugés et autres attitudes négatives de tout bord de l'autre ».

Ceci résume l'entretien de celui que l'on a surnommé affectueusement « l'Avocat du Peuple » avec notre envoyée spéciale à Goma, Philomène MWALUKE. LA PROSPERITE : Pourquoi alors que vous êtes en vacances parlementaires, vous n'êtes pas à Beni, mais plutôt à Goma en train d'appuyer l'opération armes contre 50 dollars du PAREC sous la direction du Pasteur NGOY MULUNDA ? HONORABLE KYAVIRO JEAN LOUIS ERNEST : L'opération concerne toute la province dont Beni fait partie. Je dois vous informer que Beni a été ces derniers temps en proie à une telle insécurité telle que des opérateurs économiques sont entrés en grève à Kasindi, estimant que les autorités locales ne les protègent pas assez. Je suis donc ici par conviction et par devoir.

Je suis heureux que le Seigneur ait permis au Congo d'avoir des gens comme le Pasteur NGOY MULUNDA, lequel a une vision claire comme beaucoup, mais va jusqu'au bout de ses idées, ce qui est beaucoup plus rare. En effet, l'observation de l'organisation et du fonctionnement du PAREC montre un niveau de management et de patriotisme que ne peut laisser personne indifférente, surtout quand la cause est noble. En tant qu'élu du Nord Kivu qui a tant fait pleurer le monde et la nation par des images insoutenables, je m'en voudrais de ne pas contribuer à une oeuvre de pacification dans le coin qui a vu naître mes ancêtres.

Avec honte, nous devons reconnaitre que nous avons, nous adultes de tout bord, favorisé l'état actuel de surarmement des jeunes sur des bases essentiellement sectaristes. Il est du devoir des élites de corriger leurs fautes historiques en s'impliquant totalement dans la pacification. En effet, nous devons être sincères : en plus de la contagion consécutive à la guerre de 1994 au RWANDA ; ce sont les anciennes organisations politico-militaires, aujourd'hui transformées en partis politiques qui ont recruté et armé des jeunes dont un très grand nombre va déserter et servira de trame à la banalisation de la formation militaire et à la prolifération des armes de petit calibre.

La gestion des anciens combattants après la guerre a, en plus, connu trop de faiblesses. Oui, ceci est historique : c'est l'AFDL, le RCD/Goma, le RCD/K-ML, les maï-maï de toutes tendances, le PARECO sont responsables du recrutement, de la formation et de l'armement des jeunes du Nord Kivu. Des frères ont cru bon distribuer des armes aux gens ça et là et sont connus. Sans remettre en cause la justification des uns et des autres et pour être en ordre avec nos consciences, nous, les anciens membres de la direction de tous ces groupes politiques, devons être les premiers à soutenir cette initiative.

Nous sommes aujourd'hui ministres, députés nationaux, députés provinciaux, mandataires publics, députés provinciaux sans une implication suffisante sur le devenir de ceux qui étaient derrière nous et dont, du reste, la mauvaise gestion a aggravé l'équation. Ne pas corriger cela et continuer à jouir du pouvoir serait tout simplement irresponsable. LA PROS : Pourquoi, selon vous, certains notables ont combattu l'opération du PAREC, en l'occurrence que pensez-vous d'une certaine opinion de MASISI qui affirme que l'opération ne peut pas réussir parce que les armes sont un moyen de protection et d'autodéfense? K.J.L.E : Au MASISI comme ailleurs, il y a trois catégories qui résistent : ceux qui bénéficient des souffrances des kivutiens, ceux qui ne comprennent pas le bien fondé et ceux qui sont simplement jaloux du PAREC et du Chef de l'Etat.

Cependant ils sont très minoritaires. Mes premiers contacts sont très positifs : plus de 95% des gens nous encouragent. Il n'a aucune communauté qui s'y est ouvertement opposé faute de justification ou d'arguments. Mais je sais que le travail contre l'opération se fait en coulisses, et se base sur les faiblesses actuelles du processus de Paix en cours et des arguments ethniques. LA PROS : Quels sont leurs arguments ? K.J.L.E : Ils disent aux gens qu'ils ne doivent pas accepter de rendre les armes parce que la menace n'est pas terminée, ils ajoutent que la terre du Nord Kivu serait en danger, ils terminent en affirmant que laisser les villages sans armes c'est les mettre en situation de fragilité face aux forces négatives.

Enfin ils disant craindre une occupation rwandaise. Tout ceci démontre très peu de pertinence. En effet, nous sommes désormais dans un état de droit et c'est la police et l armée seules qui doivent nous défendre et plus nous-mêmes. C'est dangereux de dire aux gens de défendre, c'est demander au gens de se rebeller, tout simplement. Aujourd'hui, nous avons el devoir de renforcer la police et l'armée. Ils doivent nous sécuriser. En plus il est clair que chercher à avoir une arme peut pousser à régler tout pas la violence. Cependant il serait malhonnête de ma part- de dire qu'aujourd'hui la police et l'armée protègent correctement le Nord Kivu. Oui. Beaucoup reste à faire mais encore demander aux jeunes gens de remplacer les forces de l'ordre serait dangereux. Je croîs qu'il faut emprunter les voies officielles. Nous devons exiger des autorités provinciales et nationales de maximiser le déploiement de la police, de caserner l'armée et d'assurer une vraie justice.

Ceci est possible mais nous devons savoir que la tâche est immense et les moyens de l'Etat très limités. Au MASISI comme ailleurs, je ne croirai jamais que la possession des armes par les civils est la solution. D'abord parce que armer le gens suppose les entrainer et les doter de munitions. C'est renforcer le trafic et des armes. C'est mettre la vie des gens en danger car ils croiront que les moindres conflits se règlement par les kalachnikovs, c'est laisser croire que la guerre sera toujours là et donc décourager la scolarité, le travail productif au profit du maniement des armes qui entrainent des gains faciles par des atrocités.

On ne dit même pas aux jeunes que la future armée et la future police seront inaccessibles aux délinquants et aux analphabètes. Dans moins de 10 ans nous auront des forces très différentes. Que certains notables continuent à prendre la jeunesse pour de la chair à canon est scandaleux. En effet parmi les jeunes qui ont des armes, vous ne verrez jamais ni le fils de MBUSA, ni celui de RUBERWA, ni celui de KYAVIRO, ni celui de SERUFULI, ni celui de NYARUGABO. Les nôtres étudient. Nous devons chercher que ceux de personnes qui nous ont suivi dans nos causes, justes ou pas eussent -elles été, le fassent aussi. Il est aussi incroyable que des adultes bien avertis, pour sauvegarder les avantages obscurs, laissent croire qu'il est nécessaire de sacrifier les jeunes.

Je dis aux jeunes qu'ils ont constamment été instrumentalisés et que ça suffit. Je demande ici à tous les élus et aux notables d'appuyer le Pasteur NGOYI MULUNDA. Par ailleurs, je dénonce le fait que certains s'apprêtent à ne remettre qu'une partie des armes : NON, madame, TOUTES LES ARMES DOIVENT ETRE REMISES AU PAREC ET CECI EST LA DERNIERE CHANCE. LES PROCHAINS BOUCLAGES ET LES PROCHAINES FOUILLES POLICIERES, QUI SONT INEVITABLES SUR TOUTE L'ETENDUE DE LA PROVINCE, VERRONT LES POSSESSEURS ILEGAUX DES ARMES ETRE TRADUITS EN JUSTICE. C'EST LA DERNIERE FOIS QUE L'ETAT CONGOLAIS, A TRAVERS LE PAREC, PEUT OFFRIR DE L'ARGENT A DES PERSONNES DETENANT ILLEGALEMENT DES ARMES DE GUERRE.

Dans la foulée, je félicité la position du CNDP qui a repris la route du dialogue et n'a pas fait de la non réalisation des accords avec le Gouvernement une raison de relancer la guerre. Cependant je suis persuadé que le Gouvernement devra tôt ou tard honorer ses engagements et je ne crois qu'un retard dans l'application des accords puisse justifier le retour de la violence. LA PROS : CROYEZ-VOUS POSSIBLE QUE L'OPERATION PRENNE TOUTES LES ARMES QUI SONT CE JOUR AUX MAINS DES CIVILS ? KJ.L.E : Le succès de l'opération se sent déjà, et le monde est motivé. Nous aurons la majeure partie des armes même si quelques une nous échappent car la perfection n'est pas de ce monde.

Une seule arme récupérée signifie autant de vies, de jeunesses, de dangers sauvés. Tout est fonction de la sensibilisation et du degré d'implication dans la recherche de la Paix. Il nous faut avoir un discours clair et rassurant mais surtout je suis encouragé par les récents travaux intercommunautaires qui ont abouti à des conclusions qui rendront la vie plus harmonieuse et permettront de régler les contradictions. Il n'y a pas d'assurance dans l'isolement des communautés, mais un avenir merveilleux est garanti pour cette province paradisiaque si ses élites s'assument positivement. Ce qui compte c'est la direction où l'on va.

Quitter le désespoir et les affres qui ont entrainé l'autodéfense pour ouvrir l'ère de l'espoir où la République panse ses plaies et assure la protection des ^personnes et de leurs biens. De toutes les façons après le ramassage des armes et selon le niveau de pacification, la démilitarisation de nos campagnes sera la prochaine exigence. Il y a trop de militaires aujourd'hui dans cette contrée et vivement le jour où ils prendront quartier ailleurs. Mais chacun doit donner sa contribution pour que la présence des soldats de se justifie plus. LA PROS : Quel est votre message aux populations du Nord Kivu et particulièrement aux femmes qui célèbrent leur journée aujourd'hui ? K.J.L.E: Mon message est un appel d'espoir et de responsabilité. Le Kivu est un paradis qui a trop été pris pour un champ de bataille alors qu'il a une des populations les plus entreprenantes, si pas la plus entreprenante de la République.

Plusieurs observateurs croient que le Nord Kivu sert d'exemple d'un Congo qui s'assume en termes de responsabilité des citoyens. Les gens ici n'attendent pas de l'Etat plus que de leur sueur. Nous n'avons la mentalité de l'attente, ni celle des paresseux, ni celle d'eternels assistés. Le fait que nous puissions être assistés en nourriture par le PAM après avoir nourri le Congo entier constitue pour nous un motif d'une révoltante humiliation. D'ailleurs, nos paysans rejettent souvent ces aides d'un monde qui a laissé pourrir la situation chez nous. Nous voulons juste la paix pour nous occuper de nous-mêmes. Ici, chacun a le besoin d'être indépendant et de se prendre en charge. L'Etat doit nous permettre de travailler et non nous nourrir.

Nous détestons les dons stupides sur fond d'insécurité. C'est avec des larmes que les hommes et les femmes du Nord Kivu se voient se jour réduits à vivre de dons alors qu'ils ont toujours vécu à la sueur de leurs fronts. Ca énerve et ça doit cesser au plus vite. Et nous y veillons. Ceci est traduit par le fait que par exemple les impôts du Nord Kivu sont les deuxièmes du pays en termes de production malgré que nous sortions de la guerre. En nous débarrassant des armes, nous diminuons notre sale dépendance et réduisons en même temps les chances de continuer à dépendre de ces orgueilleuses ONGs internationales, lesquelles ne s'installent que là où le malheur fait rage. Rendons les armes pour que la paix vienne et que nous cessions de dépendre de ces étrangers. Les gens aiment travailler et ont construit leurs propres villes. La guerre a transformé une partie d'entre nous en eternels enfants à vêtir et à nourrir. Débarrassons-nous de ces engins de la mort pour aller de l'avant. Il est temps que le spectre le la guerre s'éloigne et que nous reprenions notre rôle naturel de grenier de l'Afrique centrale.

En matière d'esprit d'initiative et de développement, nous voulons garder notre position de leader. Ce qui compte c'est la qualité du Kivutien. Nous n'avons pas besoin de pérenniser les horreurs qui nous ont tant humiliés. Il nous fait simplement savoir qu'il n'y a pas de possibilité de reculer. Il ne faut plus voir la main du voisin rwandais partout. Je ne jure pas que KIGALI s'est complètement sanctifié, mais il faut plutôt capitaliser nos nouvelles relations pour régler les contradictions au travers les mécanismes mis en place de commun accord. On ne changera jamais de voisin. J'y crois : L'avenir du Nord Kivu surprendra le monde moyennant des attitudes responsables des nos élites actuelles. Avant de terminer, je dis à mes frères que le tribalisme est une grave faiblesse de notre province.

Nos communautés viennent de décider de vivre dans l'harmonie et nous en sommes fiers. Mais il faut joindre de geste à la parole, il faut cesser d'empêcher aux enfants de se marier entre les tribus, il faut cesser de dire aux enfants que tel ou tel autre est mauvais, porte malheur ou veut nous ravir nos terres. Il faut que ceux qui ont vécu de la guerre et du pillage de nos ressources naturelles sachent que maintenant c'est fini ; il faut que les populations cessent de suivre les leaders paroissiaux et que les jeunes les rejettent. Ceux qui ont joui de la guerre doivent changer de comportement tout en sachant que les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, les génocides et les meurtres ne peuvent être effacés ni par les accords, ni par la complaisance passagère. L'heure de la justice viendra.

Enfin, j'invite donc tout particulièrement les femmes, dont nous célébrons le mois, à s'impliquer corps et âme dans la pacification. Ceux qui ont des armes sont soit leurs fils, soit leurs frères, soit leurs maris. Ces armes ont fait couler trop de larmes de nos soeurs, elles ont facilité les viols et autres horreurs, elles ont fait perdre des êtres chers. Il est du devoir de chaque femme du Kivu de faire pression sur ceux qui l'entourent pour que personne ne garde une arme dans la maison. Je demande aux femmes de faire chacune, individuellement, la sensibilisation dans sa maison, dans son village, dans son église, son école, son université et sa tribu afin que nous puissions le plus vite possible fermer cette parenthèse de sang à travers la merveilleuse initiative que Dieu nous envoie à travers son serviteur, le Pasteur NGOY MULUNDA.


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