Ibrahima Diallo est un prévenu hors du commun. Prévenu pour vente illégale de terrain appartenant au domaine national, il soutient mordicus que le terrain qu'il a vendu se trouve dans le champ que son grand-père puis son père ont cultivé depuis longtemps. Pour lui, cela suffisait pour montrer qu'il était le vrai propriétaire du champ.
Ibrahima Diallo et Samba Guèye comparaissaient pour les délits de vente illégale de terrains appartenant au domaine national. Le premier prévenu a soutenu mordicus que le terrain qu'il a vendu se trouve dans le champ que son grand-père puis son père ont cultivé. Donc il lui appartenait. « C'était le champ de mon grand père. Par la suite, mon père l'a cultivé. Depuis l'âge de huit ans, je fréquentais ce champ », a-t-il déclaré. « Avez-vous des papiers attestant que ce terrain appartient à votre grand-père ou père », lui demande le président du tribunal. La réponse est négative. « Pour pouvoir vendre une parcelle issue de ce champ qui relève du domaine national, il faut avoir des pièces comme un bail ou un permis d'occuper attestant que vous êtes le propriétaire du terrain. Il faut faire des démarches administratives pour établir votre possession coutumière dudit champ », lui fait remarquer le président du tribunal. Le prévenu a fini par reconnaître sans difficultés qu'il ne possédait aucun papier attestant que le champ appartenait à son grand-père ou père ni à lui. Il a indiqué qu'il était en train de faire des démarches administratives pour entrer en possession du champ. Quant à l'autre prévenu, Samba Guèye, il a reconnu les faits.
Le représentant du parquet est formel. Selon lui, aucun des deux prévenus ne détient un titre attestant qu'il est propriétaire des champs en question. Sa conviction est que les prévenus doivent montrer les pièces des champs dont ils prétendent être les propriétaires avant de procéder à la vente de terrains. Pour la répression, il s'est rapporté à la décision du tribunal. Il n'y avait pas de partie civile car la procédure a été déclenchée par un des démembrements de l'Etat qui faisait une enquête domaniale dans cette zone.
Me Ibrahima Diagne, avocat de la défense, a reconnu la culpabilité de ses clients. Pour lui, le vrai propriétaire d'un terrain doit avoir des pièces. Sa position est qu'Ibrahima Diallo, l'un des prévenus, a été victime de sa prétention. Donc il doit nécessairement appartenir à leur famille, à lui. « Il croyait qu'il avait un droit définitif sur le champ », a regretté l'avocat qui ajoute en ces termes : « nous sommes fautifs. Tout ce qu'on a dit n'a pas été étayé par des éléments probants auxquels on peut apporter du crédit ». Me Diagne a sollicité une peine assortie de sursis à l'endroit de ses clients. Selon lui, les conséquences des actes de ses clients allaient être beaucoup plus graves s'il y avait une comparution d'une quelconque partie civile. Le tribunal, après en avoir délibéré, a déclaré les deux prévenus coupables des faits qui leur sont reprochés et les a condamnés à trois mois assortis de sursis et à payer une amende de 100.000 francs Cfa.

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