Wid-Tooghin, un quartier situé au secteur N°27 de Ouagadougou, a connu une animation particulière, le mercredi 10 mars, et pour cause, c'est ce jour que les femmes de la localité célébraient en léger différé, la fête du 8-Mars. Même la mobilisation était des grands jours, les habits « d'apparat » à l'instar de ce que l'on peut faire de mieux avec le pagne du 8 mars, les balafonistes ont quasiment été muselés. Les femmes avaient d'abord des choses à dire aux autorités présentes avant éventuellement, de songer à se réjouir...
Wid-Tooghin ressemble en tout point de vue, à tous les quartiers périphériques de Ouagadougou. Nouvellement loti, son sort aurait pu être plus enviable si et seulement certaines infrastructures sociales avaient suivi. La maternité est par exemple, construite mais, le bâtiment en dur et de construction moderne, a pour l'instant pour seuls hôtes les margouillats et autres bestioles du même genre, faute d'équipements et de personnels.
Ce qui rend encore plus difficilement supportables les drames vécus notamment par les femmes de Wid-Tooghin qui n'entendent plus se taire et souffrir en silence. Elles ont dit toute leur peur d'être enceintes pour donner la vie dans cette partie de la ville de Ouagadougou. « Qu'avons-nous fait pour mériter un tel sort.
Les femmes enceintes et à terme entament généralement, on ne sait pas pourquoi, le travail, tard la nuit. Etant en majorité d'origine modeste, il leur est difficile de joindre le CMA de Kossodo faute de moyens de déplacement. Les taximen refusent de circuler à pareille heure dans la zone s'ils n'exigent pas de fortes sommes que les familles n'ont pas. Aidez-nous avec l'équipement et l'ouverture de notre maternité...
Là-bas, au moins on peut aller à pied », martèle Dihanatou Guindo, très attristée par ce qui est arrivé à sa voisine. Handicapée et d'origine modeste, celle-ci a finalement accouché dans sa maison sans assistance et malgré son transport ultérieur au service de santé, elle a perdu son bébé. Dans d'autres cas, c'est la maman et le bébé qui sont perdus...
En dehors de l'accès aux structures sanitaires, les femmes de Wid-Tooghin sont également confrontées aux dures conditions de travail au Centre d'enfouissement technique de Ouagadougou où nombre d'entre elles sont employées comme trieuses ou broyeuses de plastiques.
Malgré les équipements de protection (blouses, chaussures, masques et gants), les femmes de la charge restent vulnérables et exposées à la poussière voire aux morsures de serpents qui infesteraient les lieux. Pauline Taspoba qui a été mordue par un serpent sur la décharge municipale n'a eu la vie sauve que grâce à la solidarité de ses collègues dont l'une d'elles avait par devers elle, la scolarité de ses enfants.
Ce qui a permis de réunir les 50 mille francs nécessaires à l'achat du vaccin qui fut, du reste, trouvé en pharmacie plusieurs heures après la morsure. Aussi les femmes de la décharge qui abattent un grand travail souhaitent-elles que la mairie de Ouagadougou prépositionne sur le site, le vaccin et diligente des visites médicales annuelles pour les travailleuses en raison des risques encourus.
Le 8-Mars fêté à l'initiative de l'ONG Voix de femmes et ses partenaires, l'ONG Aidos et la coopération italienne se présentait donc comme une tribune de plaidoyer que les femmes de Wid-Tooghin n'ont voulu manquer en rien. Directement interpellée, la direction régionale de la Santé du Centre, représentée par Mme Béatrice Ouattara, attachée de santé au bureau de protection des groupes spécifiques, a promis de transmettre fidèlement les préoccupations des femmes à qui de droit.
Elle a indiqué que la direction tenait à coeur les questions de bien-être des femmes et des enfants et que si des équipements et du personnel venaient à être mobilisés, la maternité de Wid-Tooghin ne sera pas oubliée.
En attendant, elle rappelle aux femmes que les consultations prénatales sont gratuites et les accouchements subventionnés à 900 F CFA. « Ce que j'ai entendu comme témoignages est touchant et je puis assurer que le personnel de santé de la région et du district se soucie du bien-être des populations de son aire géographique », a souligné Mme Ouattara.
Elle a enfin, informé les femmes de la décharge que l'OST pouvait les prendre en compte dans les visites médicales qu'elles organisent, chaque année. « Les associations (Association des femmes pour la valorisation des déchets plastiques, Groupement Bao Wend Manegré de Donsin et les clubs de femmes qui fréquentent le Centre pour le bien-être des femmes) qui célèbrent aujourd'hui, le 8-Mars à Wid-Tooghin font partie d'un programme appelé "suites de Bamako".
Ce programme financé par la coopération italienne soutient les initiatives visant à renforcer l'égalité entre les sexes, ainsi que l'autonomisation des femmes au Burkina », précise Mme Assétou Diendéré de l'ONG Voix de femmes. Elle vient ainsi de permettre à ces femmes de s'adresser directement à des responsables pour plaider personnellement leur cause.
Quant au Centre pour le bien-être familial conçu par l'ONG Aidos et réalisé en partenariat avec l'ONG Voix de femmes, il offre depuis 2007 aux femmes de Wid-Tooghin, des services en gynécologie, en consultations prénatales, en soins infirmiers, en psychologie et en assistance judiciaire, mais on constate qu'il y manque le maillon important, la maternité. Vivement que le cauchemar des femmes de Wid-Tooghin rencontre une oreille attentive et que bientôt nous soyons conviés à l'ouverture de leur maternité.

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