Depuis une dizaine d'années, l'Etat de Jos s'est révélé au monde sous un visage plus que macabre. Cette ville cosmopolite du centre du Nigeria draine un lourd bilan dans les conflits interreligieux.
L'Etat de Jos remporte de loin la palme des violences interreligieuses au Nigeria. Ce pays en proie à une rare violence au niveau social est aujourd'hui fortement ébranlé par des conflits aux relents confessionnels. Une spirale de la violence dont l'épicentre se trouve au coeur de Jos. Cet Etat central de la fédération nigériane est aussi une zone charnière entre le nord musulman où règne la Charia et le sud peuplé de chrétiens et d'animistes. Aujourd'hui, force est de constater que cette règle musulmane basée sur les prescriptions et les recommandations islamiques, régit 12 Etats du Nigeria. Mais, Jos a la particularité d'être un microcosme où se télescopent presque toutes les sensibilités religieuses du pays. C'est pourquoi, la difficile cohabitation de ces peuples aux confessions différentes se trouve être la lame de fond de ces multiples tueries dans cet Etat.
Ainsi, à l'origine de ces flirts meurtriers récurrents, des troupeaux d'éleveurs musulmans qui franchissent les champs d'agriculteurs chrétiens. Ou encore des projets de construction d'édifices religieux d'une communauté religieuse, récusés par d'autres. Le tout, dans un esprit de vengeance et d'intolérance qui frise l'inconscience. Mais toujours est-il que le bilan macabre reste plus qu'alarmant. Car, si les récents accrochages ont fait près de 500 morts, les affrontements de novembre 2009 entre nomades Peulhs et agriculteurs se sont soldés par un bilan de 700 tués. Cela, sans compter les violences de juillet 2009 et celles de janvier 2010 faisant respectivement 800 et 300 morts. Assez pour constater que les rivalités interreligieuses ont fini d'être un véritable 'cancer fédéral' qui prend sa source au centre du Nigeria. C'est pourquoi, cet aspect constitue la première préoccupation des autorités de ce pays, conscientes des risques dévastateurs de ce phénomène.
Ainsi, en 2009, près de 700 éleveurs ont pu être expulsés de l' Etat du nord-est de Borno. Cela, en attendant de mettre en place de vastes réserves délimitées, pouvant abriter 15 millions d'éleveurs. Pourtant, les causes profondes de ces violences sont souvent remontées à des questions d'ordre économique avec l'exploitation des multiples ressources du pays. Jos étant une zone centrale de plusieurs ethnies installées sur une bande de terre fertile, objet de plusieurs convoitises. Un cocktail explosif attisé par une forte urbanisation et une croissance démographique exponentielle. 'Les pâturages se réduisent face à une croissance démographique et une exploitation continue des forêts', fait remarquer Irin Kabiru Yammama, consultant dans une Ong et spécialiste des questions environnementales.
A cela s'ajoutent les phénomènes d'exclusion et de discrimination imputés depuis longtemps aux autorités, depuis le retour du gouvernement civil en 1999. Des méthodes utilisées contre les indigènes et qui ont contribué à accroître les fractures sociales dans ce pays. Mais parallèlement à ce retour permanent des cycles de violences, existe la menace des sectes religieuses dont le seul but consiste à se départir de la tutelle fédérale. C'est l'exemple de la secte islamique des Boko Haram appelés les 'Talibans du Nigeria', dont l'intervention musclée de l'armée nigériane, en juillet dernier, avait fait 800 morts.

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