Petit spectacle gratuit pour certains habitants du quartier Nsam à Yaoundé, non loin de la Société camerounaise de dépôts pétroliers (SCDP). Nous sommes en début d'après-midi du samedi 13 mars 2010.
Dans la cour de la direction régionale de la Société camerounaise des gaz liquéfiés de pétrole (CAMGAZ), on dénombre quatre camions pleins de bouteilles de gaz domestique, et de nombreuses autres entassées par terre. Une trentaine de personnes devisent avec animation. Ce sont pour la plupart des journalistes accourus aux nouvelles. Des policiers sont aussi présents. Dans leur véhicule, deux personnes sont assises, une est menottée pour avoir résisté lors de son interpellation. Il y a aussi la présence de Valère Mani, le secrétaire particulier du ministre du Commerce, ainsi que Jacqueline Koa, inspecteur général au même ministère. Très actif et surtout au centre de toutes les attentions, on a Jean-Marie Nemi Nkolo, chef de la brigade nationale des contrôles et de la répression des fraudes. C'est lui, accompagné d'un de ses collaborateurs, qui a réussi à démanteler un réseau de trafic de gaz domestique qui se développait dans ces locaux.
« Cela fait près de six mois que j'avais des informations sur le trafic de gaz qui se développait ici. Mais, je n'avais jamais réussi à mettre la main sur eux. Aujourd'hui, grâce à mes informations, je suis arrivé alors qu'ils s'apprêtaient à terminer leur besogne », raconte Jean-Marie Nemi Nkolo. Arrivé vers 12h30, il force dans un premier temps la porte qui lui est interdite par le vigile de CAMGAZ. Une fois entré, il trouve à l'arrière de deux camions une dizaine de personnes en train de s'activer. « Ils étaient en train de transvaser les gaz des bouteilles pleines vers les bouteilles vides », explique le fonctionnaire du Mincommerce. Après quelques échauffourées avec les trafiquants, ces derniers vont dans un premier temps se calmer et se mettre hors de la barrière de l'entreprise. C'est à l'arrivée de la police alertée par Nemi Nkolo qu'ils vont prendre la poudre d'escampette.
Le chauffeur d'un des camions concernés par le transvasement est arrêté. Ainsi que le responsable régional pour le Centre, le Sud et l'Est de CAMGAZ. Ce dernier, menottes aux poings, explique ne rien comprendre à cette histoire de trafic. « Je ne sais pas s'il se déroule un trafic de gaz ici. Je suis toujours dans mon bureau où j'établis les factures en fonction des bons que me présente le magasinier », soutient en effet Marc-Cédric Mayo Mouangue. Le directeur régional de CAMGAZ, accouru sur les lieux vers 14 heures, est dans la même logique. « A ma connaissance, nous ne faisons pas de trafic de gaz ici. Nous nous contentons de distribuer aux revendeurs le gaz qui nous vient de la SCDP », argue Guillaume Mpome, qui est dans tous ses états. Il faut donc se tourner vers le magasinier qui, selon eux, contrôle les entrées et les sorties du gaz. Ce magasinier, un prénommé Alain, est malheureusement porté disparu. il s'est enfui avec les autres trafiquants au moment où la police débarquait et ne décroche plus son téléphone malgré les sollicitations de son supérieur hiérarchique. Selon en tout cas la thèse de Guillaume Pome, l'insuffisance du gaz dans les bouteilles serait due à la vétusté des installations de la SCDP. « Nous ne contrôlons pas la contenance des bouteilles ici. Nous nous contentons de les mettre sur le marché à travers propriétaires des dépôts », serine-t-il.
Dans tous les cas, la direction régionale dont il a la charge est désormais mise sous scellés. Une dizaine de bouteilles de gaz, à moitié vides, ont été emportées par les agents du ministère du Commerce comme éléments de preuve pour une enquête administrative. Une autre, judiciaire, devrait être ouverte dès ce lundi. En espérant que l'on pourra très rapidement établir les responsabilités. Toujours est-il que c'est une grande victoire pour le Mincommerce qui depuis longtemps reçoit les plaintes des consommateurs à cause que « la bouteille de gaz ne dure plus une semaine ».
Focal: Gaz De 12 kg à 8 kg
Le réseau démantelé samedi dernier a permis de comprendre un peu le processus mis en place par les trafiquants de gaz. Tout part de la Scdp où les différents marqueteurs font leurs dépôts. Lorsqu'il faut approvisionner le marché, le marqueteur envoie ses bouteilles pour qu'on les charge. En principe, la bouteille de gaz qui coûte 6000 Fcfa sur le marché doit contenir 12,5 kilogrammes de gaz. Mais, à cause de la vétusté des équipements de la Scdp, il peut y avoir une perte de 0,5 kilogramme, selon ce que les missions de contrôles du Mincommerce ont constaté. Une fois le gaz arrivé chez le marqueteur, les trafiquants se mettent au travail. Trois à quatre kilos de gaz sont retirés de chaque bouteille pour en remplir d'autres. Donc, deux bouteilles produisent une troisième qui profite « gratuitement » aux trafiquants. Selon les estimations d'un employé chez un marqueteur, il y a des périodes où l'on peut sortir 5 000 bouteilles de gaz. Cela fait en principe 1500 bouteilles mises sur le marché par les trafiquants. On se rend bien compte de la richesse que certains se font sur le dos des consommateurs. Quant aux responsables régionaux de CAMGAZ à Yaoundé, comment comprendre qu'un tel trafic se déroule sous leurs yeux, en pleine journée et durant de longues années sans qu'ils n'y voient rien? That is the question.

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