Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Urgences - Pourquoi l'argent passe avant

Dans les hôpitaux abritant ces services, on dit privilégier le traitement,même quand le patient est démuni. Et pourtant...

Courte pause pour deux infirmiers des urgences de l'hôpital Gynéco-obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé (Hgopy). Un véhicule se gare à l'entrée de leur service. En sort une patiente, le bras gauche dans un bandage de fortune. Un des infirmiers appelle un brancard, et la patiente est tout de suite prise en charge. Une routine pour ces urgences au fonctionnement bien huilé. Les malades sont traités dans de brefs délais, car une pharmacie spéciale pour les urgences existe dans cet hôpital. Le matériel médical y est mis à la disposition du personnel. Une méthode pratique, afin d'éviter les longs déplacements jusqu'à la pharmacie de l'hôpital. Tandis qu'un patient est entre les mains des médecins, sa famille ouvre un dossier au niveau de l'accueil, s'occupant ainsi des modalités financières.

Le Dr. Oscar Ndema, chef du service des urgences à l'hôpital Gynéco-obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé, explique : « Quand un homme arrive, les premiers soins lui sont administrés, mais les cas graves sont transférés, par exemple, à l'Hôpital général. S'il s'agit d'une femme ou d'un enfant, nous les prenons en charge directement, sans parler d'argent. Ce n'est pas une priorité. » Il arrive régulièrement que certains patients se présentent sans le sou. Alors, le chef du service en réfère à la direction générale de l'hôpital. « Dans la plupart des cas, s'ils n'ont pas de quoi payer, ou s'ils n'ont pas où aller, nous les laissons partir. Nous agissons le plus souvent par pur humanisme », avoue le Dr Oscar Ndema. Les soins priment donc sur l'argent pour les urgentistes de l'hôpital gynéco obstétrique.

A l'hôpital Central de Yaoundé, les personnels médicaux sont continuellement confrontés aux problèmes de patients sans argent. Il arrive même que certains y abandonnent des malades. Comme l'a révélé le major du service des urgences de cet hôpital, Georges Bessalo, ici, pas de pharmacie spéciale. En général, c'est à l'entraide que le service fonctionne. « Nous faisons tout pour sauver les patients, mais il faut acheter à tout prix les produits de la pharmacie. S'il n'a pas d'argent, et c'est très fréquent, nous avons une communion. Tel donne une seringue, l'autre un perfuseur, un autre encore un sparadrap, etc. », raconte Georges Bessalo. Le major en vient à regretter le système des « bons d'urgences », où la pharmacie délivrait les médicaments, payés plus tard par la famille, sur la base d'une photocopie de l'ordonnance délivrée par les urgentistes. Dans les cas extrêmes, que ce soit un enfant de la rue ou un vieillard délaissé par sa famille, le patient incapable de s'acquitter des frais médicaux est confié aux affaires sociales.


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