Kinshasa — Urbain Mutuale Nkasa est Avocat au Barreau de Kinshasa, Assistant de Conseil à la Cour Pénale Internationale (CPI), Expert international en matière de Justice internationale et Doctorant en Droits de l'Homme et Gestion de l'Environnement. Il a accepté volontiers de pénétrer avec nous La Prospérité, le meilleur Quotidien de la place, dans le feu de l'actualité à travers un entretien à bâtons rompus.
Il a abordé principalement les questions relatives au fonctionnement de la Justice congolaise, au procès Bemba qui tient le peuple Congolais en haleine, au retrait de la Monuc exigé par le gouvernement congolais et bien sûr le cinquantenaire de la RD Congo. Que nos fidèles lecteurs découvrent ci-dessous cette enrichissante interview.
Chaque fois qu'il s'adresse aux députés et sénateurs réunis en Congrès, le président de la République tire à boulets rouges et se plaint du fonctionnement de la Justice. Peut-on affirmer que cette Justice congolaise est très malade ?
Effectivement, il va falloir reconnaître qu'au stade actuel de son fonctionnement, la Justice congolaise est gangrenée par plusieurs pesanteurs qui ne sont pas de nature à faire de cette Justice une Justice républicaine garante des droits fondamentaux des citoyens et des libertés individuelles. Au-delà de la corruption qui refait encore surface, il y a lieu aussi de relever les immixtions politiques dont cette Justice est prise en étau. La refondation de la Justice congolaise a plutôt besoin d'une volonté politique réelle et non pas apparente. Cette volonté réelle devrait entre autre être traduite même dans la manière du récent recrutement des magistrats dont les critères pour être retenus seraient plus tribal, politique, familial, amical, recommandation que le seul mérite d'après une certaine indiscrétion.
Dans le procès Bemba à la CPI, les avocats de ce célèbre leader politique congolais ont soulevé récemment une exception de poids : « Non bis in idem ». Autrement dit, Jean-Pierre Bemba « qui a été blanchi par un juge centrafricain , ne peut pas être jugé deux fois pour les mêmes faits ». Qu'en pensez-vous ?
L'on doit noter que le 8 mars 2010, la Chambre préliminaire 3 a pris l'option de consacrer l'audience du 5 juillet 2010, initialement prévue le 27 avril 2010, pour l'audience d'examen du fond à une audience de mise en état. En effet, la défense de Jean-Pierre Bemba a soumis à la Cour une requête tendant à obtenir l'irrecevabilité des faits dont elle est saisie du fait que ces mêmes faits pour lesquels le leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC) est poursuivi se basent de l'article 28 du statut de Rome, ont d'ores et déjà été examinés et vidés par un jugement au fond par la Justice centrafricaine qui, en son temps, avait jugé et condamné les troupes du MLC.
Maître Urbain Mutuale, militez-vous dans un parti politique ? Et quelles sont vos ambitions pour les joutes électorales de 2011 ?
Assurément et d'ailleurs, il a plu à la Direction politique de mon parti qui est le Front pour un Nouveau Type de Congolais (FNTC) présidé par le professeur Mathieu Kalele Ka-Bila de me responsabiliser comme Secrétaire national en charge des Droits de l'Homme et en même temps porte-parole du parti. En tant qu'acteur politique, nous avons certes des ambitions, lesquelles seront matériellement exprimées à un quelconque échelon selon l'orientation de la Direction politique de ma formation politique.
Cette année, notre pays la RD Congo célèbre son cinquantenaire. Quel bilan dressez-vous depuis que feu Kabasele a composé la mythique chanson « Indépendance cha-cha » ?
Le bilan de ce cinquantenaire me paraît mitigé. Je suis heureux comme tout Congolais que mon pays ait accédé à la souveraineté internationale, mais pour le reste le Congo est entrain de vieillir sans qu'il n'ait grandi. Le premier défi auquel il doit faire face, c'est de se défaire de ces Institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale et Fonds Monétaire International) et développer une politique économique en développant les atouts internes càd industrialiser l'agriculture, réorganiser efficacement le secteur fiscal et parafiscal, développer une politique de transfert des technologies pour l'exploitation et traitement internes de nos ressources minières. L'atteinte du point d'achèvement n'est pas une panacée pour l'émergence de l'économie congolaise sans une vision ni programmes clairs et risqués définis de l'intérieur et non de l'extérieur.
A quoi nous ont servi le programme DSCRP et l'initiative PPTE ? Le gouvernement congolais fait pression pour que la Monuc lui présente son calendrier de retrait. Que pensez-vous du départ de ces soldats de la paix qui ont vécu plus d'une décennie dans ce tumultueux Congo démocratique ?
La mission de la Monuc partant de Lusaka en passant par Gaberone et attérissant par Sun City était essentiellement : « Accompagner le gouvernement de Transition d'antan, de traquer et démilitariser tous les groupes armés et assurer, en symbiose avec le gouvernement issu des élections, le rapatriement des FDLR et Interhamwés ».
Il est curieux de constater que c'est sous la présence éminente de cette mission de la paix que les forces irrégulières se renforcent en armements et intensifient les actes de barbarie ; qui les ravitaillent-ils en armes et cela passe par quels canaux ?; que c'est sous la barbe de cette même mission que l'exploitation irrégulière des ressources diverses naturelles s'accentuent selon des sources crédibles. Nous relevons un silence coupable de la part de cette mission de paix. La pression du gouvernement congolais sur le retrait de la Monuc est à saluer et à soutenir tous azimuts.
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