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Afrique de l'Ouest: Valorisation des oléagineux en Afrique de l'Ouest - Voici les principaux enjeux

Alors que les importations de corps gras de l'Union européenne ont doublé entre 2000 à 2009, passant de 4,5 à 9 millions de tonnes, celles en provenance des pays ACP restent autour de 500.000 t. Quelle est la place des pays ACP sur le marché européen ?

En 2009, l'Union européenne (UE) a importé 4,9 millions de tonnes d'huile de palme, en hausse de 10% par rapport à l'année précédente. Bien que 80% de ces importations proviennent d'Indonésie et de Malaisie, la Papouasie Nouvelle-Guinée parvient à fournir près de 10% de cette demande. Les importations en provenance de ce pays ACP connaissent une progression continue depuis plusieurs années. Il faut souligner que la Papouasie Nouvelle-Guinée exporte ainsi la quasi-totalité de sa production d'huile de palme en Europe. La Papouasie Nouvelle-Guinée est donc le premier fournisseur ACP de corps gras de l'UE. Entre 2000 et 2008, sa part est passée de 48% à 80% du total.

Avec moins de 20.000 tonnes d'huile d'arachide exportées en 2008, le Sénégal vient derrière la Côte d'Ivoire qui a exporté plus de 30.000 tonnes d'huile de palme vers l'UE en 2008. Plusieurs îles du Pacifique, notamment les Îles Salomon fournissent l'huile de coco et de palme et de palmiste.

En revanche, les importations d'huile d'arachide, qui a longtemps été un des principaux produits agricoles d'exportation du Sénégal (et de la Gambie), perdent du terrain, passant de 150.000 tonnes en 2000 à moins de 20.000 tonnes en 2008. Le Sénégal conserve toutefois une place dominante dans ce commerce avec près de 60% des importations de l'UE en provenance de ce pays (données COMEXT). D'une manière générale, l'huile d'arachide est fortement marginalisée sur le marché international, notamment du fait de son prix élevé par rapport aux autres huiles.

Agro-carburants et marché régional : quels enjeux pour les pays ACP ?

Les agro-carburants sont généralement issus de deux filières, la filière huile (palme, colza, jatropha, ricin) qui donne du biodiesel et la filière alcool (à partir du sucre contenu dans le blé, le maïs, la betterave et surtout la canne à sucre) qui donne le bioéthanol. La production de biodiesel est essentiellement concentrée en Europe (Allemagne, France et Italie). On estime qu'en 2008, la production mondiale de biodiesel était de 16 milliards de litres, dont 8,7 milliards en Europe, ce qui est peu comparé aux 65 milliards de litres de bioéthanol produits dans le monde cette année provenant majoritairement des Etats-Unis et du Brésil (Plate-forme biocarburants, 2009). Il est plus difficile d'évaluer la production d'huile végétale utilisée directement comme carburant. En effet, sa production et son utilisation sont avant tout le fait de petites unités artisanales. Afin de lutter contre l'effet de serre, l'Union européenne a décidé d'augmenter les quantités d'agro-carburants consommés en Europe. La directive européenne 2003/30/CE prévoit que la part des agro- carburants dans la consommation européenne de carburant passe de 2% en 2005 à 10% en 2020. Cela se traduira par une demande accrue de graines oléagineuses, même si d'autres technologies permettent de produire de l'huile comme la pyrolyse de la biomasse. La capacité de production de l'UE étant limitée, elle devra avoir de plus en plus recours aux importations d'huile. Devant les protestations soulevées par cet objectif et les impacts non maîtrisés des importations, le Parlement européen a décidé de réduire le seuil d'incorporation minimum à 6% au lieu de 10% en 2020. Il est donc délicat de prévoir l'évolution de la demande internationale pour les cultures transformées en agro-carburants. Plusieurs aspects difficilement prédictibles entrent en interaction : cours du pétrole et des matières premières agricoles (qui conditionnent le coût relatif des agro-carburants par rapport aux carburants pétroliers) et soutiens politiques à la filière (qui peuvent faire baisser de manière importante les coûts pesant sur la production d'agro-carburants par des incitations fiscales). Il n'en demeure pas moins que les investisseurs continuent de croire en une rente issue des agro-carburants comme en témoigne les acquisitions massives de terres destinées à cette production.

Concernant l'huile de palme, le dynamisme du marché international depuis une vingtaine d'années a essentiellement profité aux pays producteurs d'Asie du Sud-Est. Devant la saturation progressive de l'expansion des plantations dans cette zone, l'Afrique tropicale humide pourrait devenir un nouvel eldorado pour la production d'huile de palme. De grandes manoeuvres ont déjà été engagées par les géants du secteur, avec par exemple l'alliance entre deux puissants groupes industriels de Singapour (Olam et Wilmar) et une holding ivoirienne, la Sifca, qui regroupe des industriels africains dans le caoutchouc et l'huile de palme. Cette joint-venture est destinée à investir massivement dans le secteur de la production et de la transformation d'huile de palme en Côte d'Ivoire et dans les pays voisins.

Au Libéria, le géant indonésien de l'huile de palme Golden Agri-Ressources prévoit d'investir 1,6 milliard de dollars dans des plantations de palmier à huile et des raffineries. De nombreux articles de presse témoignent régulièrement des négociations entre des grands groupes industriels asiatiques ou européens et les gouvernements de différents pays africains (comme le Libéria, le Congo, le Cameroun ou la RDC) autour d'investissements massifs dans la production d'huile. Les investisseurs s'intéressent également au jatropha, plante résistante à des conditions semi-arides et dont l'huile est exclusivement destinée à des usages non-alimentaires. La concurrence de cette plante avec les productions alimentaires pour l'accès aux meilleures terres agricoles questionne la pertinence de développer la culture du jatropha dans des zones touchées par une insécurité alimentaire chronique (Sahel).

Les risques environnementaux et sociaux liés à de telles plantations sont nombreux et bien connus mais les intérêts économiques en jeu semblent prendre le dessus. De plus, un passage à des plantations industrielles modifierait en profondeur le paysage de l'huile de palme africaine qui était jusque-là dominé par des plantations de petite taille insérées dans le tissu d'exploitations familiales de polyculture.

Favoriser l'approvisionnement régional en huile

Le Tarif extérieur commun (TEC) des différents espaces régionaux qui négocient des APE avec l'UE devrait donc être suffisamment élevé pour protéger la production d'huile des pays ACP des produits bon marché des autres pays en voie de développement. En Afrique de l'Ouest, où le TEC de la Cedeao est en cours de finalisation, il a été décidé de créer une cinquième bande permettant de relever le niveau maximal du TEC à 35% au niveau de l'UEmoa. Dans les pays de l'Union, les huiles importées sont taxées généralement à 10% ou 20% suivant qu'il s'agit d'huiles brutes ou raffinées. Dans la zone Cedeao, un pays comme le Nigeria, important producteur d'huile de palme, applique une prohibition sur les importations d'huile de palme. Les produits assujettis à cette cinquième bande devraient être des produits considérés comme importants à protéger dans l'objectif en particulier d'encourager la production locale. Les huiles végétales importées pourraient rentrer dans cette catégorie afin de favoriser le développement des huiles locales pour satisfaire les besoins de consommation au niveau national et régional.

La réflexion sur la protection des huiles locales dans le cadre des processus d'Union douanière et des APE est articulée avec la réflexion au niveau de l'OMC sur les produits spéciaux. Il s'agit là encore de protéger des produits jugés stratégiques, pour des raisons de sécurité alimentaire, de lutte contre la pauvreté et de développement rural. Les huiles locales dans les pays ACP répondent généralement à ces critères et devraient en toute logique être désignées comme produits spéciaux par chacun des pays ACP membre de l'OMC. En l'absence de mesures de soutien aux filières oléagineuses existantes qui reposent principalement sur des exploitations familiales, le développement de la production d'huiles en Afrique pour la consommation locale risque aussi de passer par l'essor des grandes plantations portées par des investisseurs étrangers.


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