L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Nigeria: Violences - Quand le Guide montre la voie, il faut s'en détourner

S'il fallait décerner le prix de la déclaration la plus saugrenue de la semaine, il irait sans doute au guide libyen qui n'en finit pourtant pas de s'égarer chaque jour qu'Allah fait jaillir du pétrole des entrailles de l'ancienne colonie italienne. Horrifié par les violences communautaires qui ont encore endeuillé le Nigeria la semaine dernière, Mouammar Kadhafi, qu'on ne pourra pas en tous cas accuser d'être insensible aux drames qui frappent un « pays frère », y est allé de sa thérapeutique.

Comme d'habitude, lorsque l'homme fort de Tripoli se met à parler, l'auditoire écoute, la peur au ventre, redoutant des dérapages verbaux. Et pas plus tard que mardi dernier, pan ! dans le mille.

« La situation douloureuse que vit le Nigeria actuellement ressemble à la situation du sous-continent indien avant 1947, lors des massacres entre hindous et musulmans auxquels a mis fin Mohamed Ali Jinnah, qui a fondé un Etat pour les musulmans qu'il a appelé Pakistan [pays des Purs, jadis constitué du Pakistan oriental et du Pakistan occidental] ».

En un mot comme en deux, celui qui était, il y a quelques semaines, président en exercice de l'Union africaine, propose une partition du Nigeria en deux entités : un Etat musulman au Nord et un autre, chrétien, au Sud.

On se serait gaussé si cette énième kadhafiade ne pourrait pas prospérer, qui sait, dans l'esprit de certains extrémistes de tous bords. Surtout que lorsqu'il s'agit de soutenir son idée le Crésus libyen est d'une largesse à toute épreuve.

Déjà, pour montrer que ce ne sont pas des paroles en l'air, le Guide a appelé l'ex-président nigérian, Olusegun Obasanjo, à revêtir le djellaba du père fondateur de l'Etat islamique du Pakistan. Reste à lui forger le sabre pour tailler ce à quoi il tente.

Pour mémoire, c'est la même potion maléfique que le druide de Syrte avait voulu administrer aux Grands Lacs, lors du génocide rwandais. En effet, on se rappelle qu'il y avait préconisé, contre les conflits ethniques, un transvasement, si ce n'est une déportation, des Tutsis vers le Rwanda et des Hutus vers le Burundi. Afin de former des pays ethniquement homogènes.

Bien que religieusement homogène, on sait ce qui est advenu du bloc pakistanais : le « Pays de Purs » n'a pas résisté aux démons de la division qui ont entraîné une guerre civile, laquelle a abouti, en 1971, à l'indépendance du Pakistan oriental, aujourd'hui le Bangladesh.

Comme on le constate, la mixité religieuse ou ethnique n'est pas, en elle-même, belligène. Bien au contraire, elle est source de richesse humaine que malheureusement d'affreux imprécateurs pointent du doigt comme la cause des maux qui assaillent un groupe social donné.

Pour revenir au Nigeria, certes, le pays est en proie à des conflits religieux et ethniques. Certes chrétiens et musulmans, nordistes et sudistes se massacrent à l'envi.

Mais cet état de fait n'est que la manifestation d'une conjonction de problèmes : la mauvaise répartition des ressources qui a pour corollaire la massification de la pauvreté, l'explosion du chômage, l'exclusion sociale et l'intolérance sous toutes ses formes.

Concernant la situation au Nigeria, prière de s'abstenir de suivre le Guide.


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